Le manoir de la Salamandre et ses sculptures

Au milieu de la place centrale d’Etretat, face à la magnifique bâtisse du marché datant de 1936 et à deux pas de la Taverne des “Deux Augustins” qui doit son nom au fait que propriétaire et locataire portaient le même prénom et dont l’excellente cuisine bourgeoise fut citée en 1905 par le guide Conty, se trouve le “Manoir de la Salamandre” construit en 1912 par l’architecte Emile Mauge pour le compte du promoteur Ulrich Henry de la Blanchetais.

Maison Plantefor de Lisieux
La Maison Plantefor de Lisieux a inspiré une copie inversée au manoir de la Salamandre d’Etretat

Cette maison dénommée “Rôtisserie Marquise de Sévigné” avant de devenir “Manoir de la Salamandre” est une copie inversée de la maison du cirier Plantefor de Lisieux démolie en 1899.

L’ébéniste Rabot a ornementé l’ensemble de bois sculptés, copiés sur un premier “Manoir de la Salamandre”, situé 19 rue aux Fèves à Lisieux, datant de François 1er et dont on ne sait par qui il fut construit ni qui furent les artistes qui la décorèrent. Ces copies constituent donc l’unique témoignage de la magnifique demeure lexovienne détruite en 1944.

Signature de l'architecte Mauge
Le Manoir de la Salamandre a été construit en 1912 par l’architecte Emile Mauge

En 1834, elle fit cependant l’objet d’une notice qui en décrit les sujets et M. de Caumont se borna à quelques lignes dans sa Statistique monumentale du Calvados.

Fulcanelli lui consacre un chapitre dans ses “Demeures Philosophales” : “… le constructeur du Manoir fut un alchimiste instruit, ayant donné la mesure de son talent, en d’autres termes un Adepte possesseur de la pierre philosophale… que son affiliation à quelque centre ésotérique ayant, avec l’ordre dispersé des Templiers, de nombreux points de contact, se révèle indiscutable .”

Le manoir de la Salamandre

La maison de la Salamandre à Lisieux
Manoir de la Salamandre à Lisieux – DR

Salamandre, en latin salamandra, vient de sal, sel, et de mandra, qui signifie étable, et aussi creux de roche, solitude, ermitage. Salamandra est donc le nom du sel d’étable, sel de roche ou sel solitaire.

L’hiéroglyphe dissimule, en effet, la nature physico-chimique des fruits du jardin d’Hespéra, fruits dont la maturité tardive ne réjouit le sage qu’en sa vieillesse, et qu’il ne cueille guère qu’au soir de la vie, au couchant d’une laborieuse et pénible carrière. (1).

Outre la représentation symbolique de l’esprit élémentaire du Feu, les Alchimistes associent également la Salamandre au mercure, le vif-argent, c’est-à-dire l’esprit créateur.

La Salamandre est également utilisée symboliquement comme marquant l’emplacement du trésor qu’elle a en garde.

Le singe au pommier

Sur le pilier médian du rez-de-chaussée, le visiteur découvre un curieux bas-relief. Un singe y est occupé à manger les fruits d’un jeune pommier.

L’ancien lien entre Thot-Hermès et le singe a disparu. Cependant, comme le Mercure a quelque chose de commun avec le diable, le singe réapparaît une fois de plus en tant que simiae dei (singe de dieu). Cela fait partie de l’essence de la substance transformante qu’elle soit extrêmement commune, voire méprisable (ce qui est exprimé dans la série d’attributs qu’elle partage avec le diable, comme le serpent, le dragon, le corbeau, le lion, le basilic et l’aigle) d’une part et, d’autre part, qu’elle exprime aussi quelque chose de grande valeur, voire le divin lui-même. Car la transformation va précisément du plus bas au plus haut de ce qui est bestialement et archaïquement infantile à l’homo maximus mystique (2).

“Dans son désir de vouloir monter à l’Arbre solaire, le primate s’essaye à acquérir cette âme qui lui fait défaut.” (E. Canseliet)

Le cynocéphale, singe à tête de canidé, a été identifié parfois au magot (par cabale, le lieu où l’on entrepose les fruits et, en langue vulgaire, le lieu où gît un trésor).

Singe au pommier de LiseuxSinge au pommier de la Salamandre d'Etretatr la façade du manoir
Singe au pommier de Lisieux – DR Singe au pommier d’Etretat – © Anne de Varax

Le Guerrier chevauchant le griffon (aigle) du manoir de la Salamandre

Sur ce même pilier, au premier étage, nous découvrons un personnage serrant entre ses jambes un aigle. A l’origine, sur le Manoir de Lisieux, il s’agissait d’un griffon dont les pattes, pourvues de serres, étaient très apparentes, ainsi que la queue de lion prolongeant la croupe.

“Du combat que le chevalier, ou soufre secret, livre au soufre arsenical du vieux dragon, naît la pierre astrale, blanche, pesante, brillante comme pur argent, et qui apparaît signée, portant l’empreinte de sa noblesse, la griffe, ésotériquement traduite par le griffon, indice certain d’union et de paix entre le feu et l’eau, entre l’air et la terre.”

Un bestiaire fantastique, guirlandes de fruits, animaux musiciens (un chien et un pourceau debout, faisant un duo d’instruments à vent), chimères et une galerie de personnages mystérieux complètent ces figures.

L’ébéniste Rabot, en reprenant ces thèmes du Manoir de la Salamandre a donc sauvé une représentation qui demeure encore ésotérique.

Le guerrier au griffon d'Etratat
Le guerrier chevauchant un aigle sur la façade de La Salamandre d’Etretat – © Johan Netchacovitch

8 février 2010, mise à jour 20 aout 2019, A. de Varax ©

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Les sculptures du manoir

En marge de cette étude, nous vous proposons des sculptures de l’intérieur de “Manoir de la Salamandre” et une surprise. Elles sont inédites !

Sculpture du buveur dans le manoir de la Salamandre d'Etretat
Le buveur sculpté dans le manoir de la Salamandre à Etretat – Johan Netchacovitch ©
Le serveur dans le manoir de la Salamandre
Le serveur sculpture du manoir d’Etretat – Johan Netchacovitch ©
Le pèlerin sculpté au maoinr d'Etretat
Un pèlerin sculpté dans la salle à manger du manoir d’Etretat – Johan Netchacovitch ©
Un boulet du siège du château cathare de Montségur
Un boulet du siège du château cathare de Montségur à côté de l’âtre du manoir de la Salamandre – Johan Netchacovitch ©

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Arcanes en Caux envoyé par larocheauxloups.

Pierre-Antoine Dumarquez, président de l’AAAL (Association des Amis d’Arsène Lupin), commente la construction du manoir et nous délivre des clés de compréhension dans le film “Arcanes en Caux” réalisé par Franck Balmary lors du week-end étretatais organisé par la Gazette de Rennes-le-Château !

20 aout 2019, Johan Netchacovitch ©

(1) Fulcanelli : Demeures philosophales p 42
(2) C. Jung – Psychologie et Alchimie p 177

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  1. AG de l'AAAL et Salon du livre et des Patrimoines littéraires

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