Christ d’Antugnac

Le Christ d’Antugnac est toujours en souffrance

Christ d’Antugnac ressuscité ?

Le Jésus ou le Christ d’Antugnac ? On l’avait un peu oublié, n’est-ce pas ? Erigé à la limite haute du village, il a pour taille celle d’un homme et, de surcroît, se trouve juché sur un piédestal !

Le Jésus ou Christ d'Antugnac en pied sur socle, fin des années 80 - © J-M Villette
Le Jésus en pied sur socle, fin des années 80 – © J-M Villette

Ceux qui naviguent sur les sites consacrés à Rennes-le-Château en ont entendu parler et connaissent les photos publiées. Certains d’entre eux, je pense, lui auront rendu visite. Ce n’est pas un monument très ancien. Cela se reconnaît à son style dit néo-sulpicien avec une facture ressemblante à celle des statues de l’église de Bérenger Saunière. Il proviendrait, selon quelques auteurs, de chez Giscard, le célèbre atelier toulousain, créateur des œuvres commandées jadis par l’abbé, grande maison prospère à la fin du dix-neuvième siècle et au début vingtième.

Il existe pourtant une grosse différence entre le Christ d’Antugnac et les statues de Rennes-le-Château ! En effet, si l’on connaît par les documents d’archives, l’histoire de chaque pièce du mobilier statuaire de l’église de Bérenger Saunière, il n’en va pas de même pour le Jésus d’Antugnac. Officiellement, nous ne savons rien sur lui ! Et chez Giscard, apparemment point d’archives. Il n’y aurait plus de mémoire, vraiment, pour le Jésus d’Antugnac ?

Incroyable, n’est-ce pas, pour une statue si imposante et par le temps, encore relativement proche de nous ! Aucun document à son sujet n’est soi-disant trouvable à la mairie, à la paroisse, ni à l’évêché, et pire, personne (du moins à notre connaissance) n’a jamais su témoigner ou conserver, même par ouï-dire, une quelconque mémoire concernant l’identité probable de son (ou de ses) commanditaire(s). C’est du moins ce qu’on se complait à nous répéter. Quant aux gens que l’on croirait en principe directement concernés en la région, historiens et sociétés savantes, mutisme et silence radio ! S’agit-il d’un tabou ? Amateurs d’énigmes, dressez l’oreille … cela sent l’intrigue ! Voyons, sommes-nous en présence d’un phénomène d’amnésie générale ou est-ce le résultat d’une omerta sans faille ? Je pense qu’en effet, son passé fut consciemment (autant qu’inconsciemment) aboli.

Notons au passage ce détail insolite, révélateur, mais jamais évoqué puisque personne n’aura encore appréhendé l’histoire volée de cette statue unique au pays.

Le Jésus ou Christ d'Antugnac avec sa main gauche en mauvais état fin des années 80
Le Jésus avec sa main gauche en mauvais état fin des années 80, celle que j’ai sauvée. Une réparation au ciment blanc est visible au niveau du poignet. Déjà dans les années 70, les mêmes mains avaient souffert au point qu’elles avaient été enlevées, puis scellées de nouveau – © J-M Villette

Le Christ d’Antugnac et Bérenger Saunière

Selon la rumeur, lors de son année de remplacement à la paroisse d’Antugnac (1890-91), Bérenger Saunière, alors prêtre à Rennes-le-Château, passait souvent seul ou accompagné de ses ouailles à l’occasion de processions devant la croix du carrefour à Antugnac, la fameuse croix au N inversé qui n’est d’ailleurs pas un crucifix puisque Jésus se trouve en retrait, bien vivant, à peine plus bas ! Naturellement l’abbé se signait devant la croix vide et ses compagnons l’imitaient. Mais nul ne sut témoigner formellement que Bérenger alla une seule fois en son séjour à Antugnac par devant le Jésus présent à quelques mètres seulement de la croix nue (mais semblant tourner ostensiblement le dos à celle-ci !), afin de le saluer comme il sied lors d’une procession religieuse en se signant encore, y réciter la prière d’usage avant de revenir vers l’église avec les processionnaires, après une génuflexion rituelle. Personne n’aurait vu Bérenger pratiquer cela lors des processions, ni même n’aurait surpris une seule fois le prêtre se tenant face à la statue ! Bérenger Saunière snobait-il le Jésus d’Antugnac ? Etrange, n’est-ce pas, comme si l’abbé et ses ouailles passaient en ce lieu, la vue et l’esprit bridés par de drôles d’oeillères. Nul ne se souvient au pays d’avoir surpris, non plus, un quelconque autre prêtre ou évêque de la région rendant hommage à ce grand et beau Jésus. Très surprenant, non ?

Certains autres prétendront non sans aplomb, qu’à l’époque de Bérenger Saunière, curé suppléant à Antugnac, cette statue n’existait pas encore ! Combien de troublantes révélations, mêlées certainement à de pures et simples désinformations, jusqu’à de vraies balivernes telle, par exemple, qu’un de ses doigts désignait le sol. Impossible quand on a la paume ouverte vers le ciel et offerte au regard du passant de tendre un doigt vers le bas ! Pour vous dire avec quel manque de rigueur certains auteurs rapportent des ragots sans vérifier. Décidément, ce Jésus mal-aimé doit se sentir très seul et passablement négligé !

Alors, ce monument cacherait-il un mystère ? Trop lourd ? Quelque chose qu’on aura voulu vite oublier ? Question lancinante et j’aurais quelques raisons de le croire, mais nous en reparlerons, si vous le voulez bien, un peu plus tard.

Où regarde le Jésus d’Antugnac ?

Dur à dire. Personne n’est d’accord. On prétend qu’il regarde vers l’église d’Antugnac… Cela me semble indiscutable. Idem, on a fait remarquer que le socle, par son orientation, désignait le mont Cardou dont on aperçoit la courbe extrême et bleutée du sommet percé au-dessus des premières collines. C’est vrai. Mais alors pour la direction théorique du regard, celle-ci ne s’arrête sûrement pas aux murs du clocher. Passé l’église, la ligne semble éviter la colline de Rennes-le-Château ! Va-t-elle sur le pic de Bugarach fermant majestueusement l’horizon ? C’est qu’elle est délicate à repérer, la direction de ce regard qui court au-delà du clocher du village, et que, carte en main, j’imagine traverser la barre des premières collines, pour aller en direction de Rennes-les-bains sud et poursuivre en filant à gauche du Pech de Bugarach, sur le vaste site dit la Verrerie et du Col de la Lumière, au nord de la ferme des Capitaines ! C’est bien là pourtant que se dirige l’amorce de la droite partant du Jésus vers le chœur de l’église d’Antugnac … Au fait, ai-je bien dit : regard ?

On voit émerger le sommet du Cardou à l'horizon à partir du Christ d'Antugnac
On voit émerger le sommet du Cardou à l’horizon – © J-M Villette

Oui, et bien justement, aviez-vous remarqué comment ont été façonnés les yeux ? Au contraire des autres Christs au Cœur Sacré de la région qui nous montrent des yeux bombés avec les pupilles franchement marquées, celui d’Antugnac observé de face semble, au contraire, avoir les yeux caves, sans pupilles, creusés à la romaine. Mais le statuaire aura esquissé toutefois le bourrelet des paupières, détail plus remarquable sur les photos prises de profil et sur lesquelles les yeux semblent (aperçus sous ces angles), quasiment normaux ! Il y va ainsi de certaines figurations d’aveugles ! … Mais serait-ce aller trop loin que de supposer que le Jésus d’Antugnac soit résolument aveugle ?

Au fait, ce beau visage aux yeux creux, ne reçoit-il pas aux matins clairs, et de plein fouet, la lumière aveuglante du soleil ? Idem, aviez-vous contemplé soigneusement cette face vénérable à l’heure où elle soutient cette insoutenable lumière… ? Le Jésus esquisse comme une très légère crispation … tel en l’occurrence n’importe lequel d’entre nous qui craindrait que les UV ne lui altérassent la vue jusqu’à risquer la cécité ! Comportement étrange pour… mais oui, pour le fils unique de Dieu, lequel, mieux que l’aigle ou Jupiter devrait savoir, sans ciller ni en être ébloui, regarder le soleil en face. Qu’a donc voulu signifier le sculpteur ? A vrai dire, je ne connais pas de cas semblable.

La face du Christ d'Antugnac en plein soleil
La face du Jésus recevant le soleil plein les yeux chaque matin – © J-M Villette

Jésus-Christ de profil, fin des années 80
Jésus-Christ de profil, fin des années 80 – © J-M Villette

Alors, dites-moi, que regarde-t-il encore aujourd’hui, ce Jésus tellement humain ? Oh, eh bien, il ne regarde plus grand-chose, que les murs des nouveaux pavillons poussés là comme champignons de printemps ! Ainsi va le destin du Jésus. Les maisons d’un lotissement nouveau viennent de se construire sous son nez. C’est la vie. Dorénavant, il se contentera de regarder pousser les pâquerettes sur les gazons des jardinets et les petits enfants y venir jouer avec leurs tracteurs en matière plastique ou leurs dînettes, et puis il y verra les adultes piloter leurs vrais tracteurs tondeuses le samedi matin, et, le soir, venir déguster sur la pelouse fraîchement toilettée les entrecôtes et les merguez odorantes au barbecue, comme ça, à la bonne franquette avec les amis après le pastis rituel. Voilà.

Mais, en tous cas pour lui, cela n’aura rien de déshonorant. Après le grand espace, ce sera le train-train routinier et le regard court, quoi, prêchant même, pourquoi pas, aux rutilants nains de jardin en terre cuite, ses probables alter ego !

Le Christ aux mains d’or

Encore … Vous souvenez-vous de ses extraordinaires mains d’or ? De mystérieux peintres acrobates lui entretenaient jadis régulièrement les mains couleur or, or métallique ! Puis quelques bourreaux anonymes prirent un malin plaisir à lui rogner chaque année un peu plus les premières phalanges des doigts de la main droite, enfin ce fut les secondes, on amorça les premières phalanges de la main gauche jusqu’à la nuit fatale où un ultime persécuteur lui arracha carrément le moignons gauche au niveau du poignet, le droit ayant déjà disparu, ne laissant pointer vers le cœur à sa gauche ou vers Bugarach à sa droite que deux vilains bouts de tiges de fer rouillé ! Certaines âmes compatissantes crurent bon d’y accrocher une main de récupération, trop grande et qui, manifestement, lui prêta quelque temps un aspect plutôt emprunté !

Main gauche du Christ d'Antugnac sauvée par Jean-Marie Villette
Main gauche sauvée par Jean-Marie Villette – © J-M Villette

Main droite fin des années 80, graffiti sur la paume soulignant l'absence de stigmates
Main droite fin des années 80, graffiti sur la paume soulignant l’absence de stigmates – © J-M Villette

Que reprochaient ces drôles d’inquisiteurs nocturnes aux mains d’or du beau Christ d’Antugnac ? Allez savoir… ? Il est vrai pourtant que ces mains-là, dont la droite (qui restera largement ouverte durant plus d’un siècle offerte aux regards des curieux, passants chrétiens, gnostiques ou agnostiques), ne présentèrent jamais au contraire de ses frères Jésus au cœur sacré, tel le Christ beaucoup plus récent du monument aux morts de La Serpent (proche d’Antugnac, mais semblant être l’antithèse absolue du Jésus aux yeux caves, présentant une figure lisse, les yeux très bombés, la prunelle affirmée, et des stigmates très marqués), les moindres marques, même discrètes, des stigmates des clous de la croix… de plus en plus stupéfiant. Un graffiteur (bien connu des observateurs des deux Rennes et qui sévit partout) lui dessina même une croix avec des cœurs à l’emplacement du stigmate manquant, main droite.

Monument aux morts de La Serpent avec le Christ au cœur flamboyant
Monument aux morts de La Serpent – © J-M Villette

Etrange aussi est cette propension à l’oublier et de le laisser tranquillement s’abîmer au rythme d’une lente déliquescence vers une mort inéluctable, ce Jésus, qui finira par tomber en ruine dans l’apathie générale et sera finalement jeté à la déchetterie cantonale, comme jadis le corps de Mozart en la tombe commune de Saint Marx près de Vienne, à cette différence près qu’il n’aura même plus un quarteron d’alliés ou seulement un chien jaune pour l’y accompagner et, plus tard, savoir en témoigner, aller déposer des fleurs sur sa trace originelle ou seulement venir se recueillir en se souvenant. Il partira seul recouvert du linceul noir de son histoire occultée. On a déjà oublié le nom des personnes qui le commandèrent, celui de l’atelier et des ouvriers qui le créèrent puis l’installèrent, des gens qui payèrent, et surtout de ceux qui décidèrent de l’ériger en ce point ultra précis, devant un point d’horizon à mon sens parfaitement déterminé ; et aussi sans doute pour commémorer quelques évènements douloureux de la tragique et grande Histoire du Midi occitan sous la grande Inquisition (et plus précisément un évènement douloureux de l’histoire de ce village… et, de cela, j’en serais presque convaincu d’après certains indices révélateurs et les dernières recherches sur ce brûlant sujet).

C’est la vie, c’est la mort, et ainsi risquent de disparaître un à un les derniers témoins majeurs des mystères historiques, non seulement d’Antugnac, mais aussi ceux appartenant à l’énigme des deux Rennes.

Absence de main droite du Christ d'Antugnac en 1995
Absence de main droite en 1995 – © J-M Villette

Beaucoup d’entre eux ont déjà disparu… ou ont été seulement trahis, comme fut la tombe de l’abbé Saunière, délocalisée de sa concession perpétuelle regardant à l’Est (emplacement que B. Saunière encore jeune avait pourtant soigneusement réservé pour l’éternité), reconstruite hors le cimetière sur un terrain privé et regardant plein Sud ! Je considère un tel acte comme un viol suprême et prémédité de sépulture. O ironie, ce fut justement là le prétexte du forfait : la tombe de l’abbé avait été profanée à deux reprises par qui ? Par des inconnus ! Ah, bon, cela change donc tout quand l’acte est assumé par des gens parfaitement connus et reconnus et dont le devoir aurait été de s’opposer de toutes leurs forces aux pressions d’un groupe voulant créer la confusion sous le prétexte fallacieux de sécurité et de profit ? Sans rire, va-t-on nous refaire le coup de la délocalisation (à but touristique ?), avec le pauvre Jésus d’Antugnac, au risque de trahir le message voulu par les mécènes, comme on a sans doute fait avec la sépulture de Bérenger Saunière ? On reviendra sur ce sujet car tout n’a pas été dit…

Car, ma foi, il semble aujourd’hui gêner trop de monde, ce Jésus hors norme, et sa visite n’est pas du tout rentable, pensez donc… Mérite-t-il vraiment qu’on entame des frais pour lui ? Car maintenant, et de surcroît, ce sont ses nouveaux voisins qui vont être dérangés par les pèlerins qui viendront le saluer… et peut-être ces derniers n’oseront même plus l’approcher, craignant les gros toutous privés qui ne manqueront pas de leur aboyer comme des cerbères en grattant furieusement le grillage côté jardin ! En effet, le Jésus semble maintenant se trouver seulement à un mètre (+ dix petits centimètres !) de la première et nouvelle propriété privée, c’est ce que, du moins, j’avais mesuré début septembre dernier ! Il se trouve donc déjà enclavé ! (Et j’en profite pour souhaiter bon séjour aux nouveaux habitants du lotissement, qui certes, n’y sont pour rien, mais qui auront la chance de vivre là, sous la bénédiction permanente du Jésus.)

Ah, encore un coup, avez-vous vu comme moi que l’ultime vestige d’une main du Jésus, la gauche, celle du cœur, qui fut arrachée par un vandale, venait de refaire surface et montrée sur un site Internet bien connu des aficionados des deux Rennes ? Cette image avait été déjà éditée en Italie, il y a quelques années, par un chercheur bien connu des familiers de R.L.C.

Fausse main de Jésus en 1997
Fausse main de Jésus en 1997 – © J-M Villette

C’est cette main même, authentique, et par chance récupérée de justesse au lendemain du désastre par votre serviteur, avant que d’innocents bovins parqués ce jour-là devant le monument, et qui paissaient candidement l’herbe fraîche, n’en viennent à piétiner par mégarde cette ultime pièce à conviction. Quant aux ruminants, qui furent peut-être les placides témoins de l’acte de vandalisme, ils ne nous ont rien dit, eux non plus. 

C’est qu’on s’intéresse beaucoup dans le monde au Jésus d’Antugnac, plus encore que vous ne le croyez. Vraiment ? Encore une fois, pour quelle raison ? En tout cas, soyez assurés qu’il en existe de très bonnes, de raisons, et que nous aurons, moi-même avec de nombreux autres personnes concernées, j’espère, l’occasion d’en reparler.

Peut-être faut-il voir là un signe de renouveau … un printemps inespéré annoncé pour le Christ d’Antugnac … Savoir ? Mais faudrait-il que nous nous éveillions un tantinet après ce trop long et dévastateur hiver, n’est-ce pas ? À nous de recouvrer notre calme, l’usage de nos regards intérieurs, si faire se peut, sur la réalité et nos responsabilités vis-à-vis de son très mauvais état, hélas, quasi généralement accepté ou tout bonnement ignoré.

Mais qu’en pensent donc les édiles du pays, et les associations responsables du patrimoine ? Nous aimerions tellement le savoir …

Mise à jour 24 mars 2020, 8 mars 2011, Jean-Marie Villette ©


Le Christ d’Antugnac restauré…

A l’occasion de l’organisation de Toques et Clochers du 31 mars 2012, le Christ d’Antugnac a été restauré… En fait, il a été repeint en blanc, la végétation abattue et remplacée par de nouvelles pousses. Le socle et la croix mitoyens ont subi le même sort…

Christ d'Antugnac repeint en blanc en 2012
Johan Netchacovitch ©

Johan Netchacovitch ©

Croix avec un n inversé dans le INRI et derrière le Christ d'Antugnac
Johan Netchacovitch ©

Mise à jour 25 mars 2020, 4 avril 2012, Johan Netchacovitch ©


A suivre…


Soutien au site

Vous avez apprécié cet article. Vous pouvez soutenir la Gazette de Rennes-le-Château en laissant un pourboire en cliquant sur ce lien https://fr.tipeee.com/gazetterenneslechateau !

Abonnez-vous à la liste de diffusion pour être tenu au courant des prochains articles en cliquant ICI !

1 Rétrolien / Ping

  1. News Gazette Rennes-le-Château : Cénacles S.I.,Film RLC,Marche du Sel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


dix-sept − treize =