Pyramide de Falicon 215 ans après… Un mystère niçois non élucidé

Cinq auteurs et un réalisateur réunis à Falicon ce samedi 24 mars 2018 pour évoquer l’énigmatique pyramide coiffant la grotte du Mont-Chauve la fameuse Ratapignata (chauve-souris en nissart) dont la date de construction et sa finalité posent encore question. Un film documentaire inédit de Bernard Hof a été projeté pour illustrer les différentes facettes de cette affaire.

Christian Maria, Pierre Bény, Henri Broch, Catherine Ungar et Yann Duvivier à Falicon
De gauche à droite, Christian Maria (Le Mystère de Falicon), Pierre Bény (La pyramide de Falicon), Henri Broch (La mystérieuse pyramide de Falicon), Catherine Ungar (coauteur des Mémoires de l’institut d’Archéologie des A.M avec Y. Duvivier et P. Bény) et Yann Duvivier – Photo JL Gendron

La piste turinoise de Domenico Rossetti

Tout aurait commencé en 1804 par un long poème publié à Turin par un certain Domenico Rossetti intitulé La Grotta Di Monte Calvo divulguant non sans fierté la découverte d’une grotte extraordinaire sur le flan d’une colline des hauteurs de Nice ceci précisément le matin du 24 mars 1803. D’après une retranscription du texte, celle-ci égalerait en beauté celle des sybilles de Rome et celle d’Antiparos. Pouvant contenir plus de quatre cents personnes, elle serait garnie de colonnes de stalactites en alabastrite dont certaines s’élèvent sur un socle de trois mètres de circonférence.

Cette description constituera le premier document répertorié de l’existence de la grotte. Le frontispice de l’ouvrage figure le portrait de l’auteur avec en arrière-plan ladite colline quoi de plus normal sauf un détail qui va passer inaperçu au départ et intriguer par la suite. Rossetti pointe intentionnellement son doigt en direction d’une pyramide, une pyramide étonnamment absente du texte. 

Domenico Rossetti La Grotta di Monte Calvo
Domenico Rossetti avec la pyramide de Falicon en arrière-plan
Domenico Rossetti avec une pyramide en arrière-plan

La pyramide est bien visible. L’autre construction semble correspondre à un bâtiment de la Bastide située à proximité.

Intérieur de la grotte de Falicon avec une référence maçonnique
Détail d’une planche sur Nice et ses Environs (1818) de l’intérieur de la grotte. L’œil averti peut y déceler un élément extérieur de maçonnerie correspondant à la pyramide (suivez la flèche) !
En 1901, Jules Gayet dessinera le plan de la grotte – Source Catherine Ungar
Photo de la pyramide de Falicon en 1926
Photo de 1926 de la pyramide de Falicon

Une première photo de la pyramide de Falicon en 1926

Il faudra attendre 1926 pour un premier cliché de la pyramide dont le sommet se révèle déjà tronqué. Malheureusement, nul n’a rendu compte du texte de l’inscription placée au-dessus de l’entrée. L’intérieur est aménagé avec échelles et escaliers sculptés facilitant l’accès aux nombreux visiteurs. – Source Catherine Ungar

La pyramide de Falicon en 1973
La pyramide en 1973 – Source Catherine Ungar
La pyramide de Falicon photo de Catherine Ungar
Pyramide aujourd’hui – Source Catherine Ungar
Piliers de la grotte
Piliers – Intérieur de la grotte – Source Catherine Ungar

L’arête de la pyramide est évaluée à 9 mètres de hauteur. Celle-ci surmonte un gouffre composé de deux salles souterraines sur des niveaux différents. De rares vestiges de l’aménagement intérieur sont encore visibles mais l’exploration est devenue risquée.

De nombreux auteurs se penchèrent sur la datation : Robert Charroux en 1967 (Maîtres du Monde), Serge Hutin, Maurice Guingand et sa pyramide templière construite en 1260 selon des principes astronomiques. Cette hypothèse n’est pas dénuée d’intérêt, une tradition locale relatant que les Templiers du nord de Nice empruntaient un souterrain débouchant sur cette colline. 

Pour Guy Tarade et Henri Broch, il s’agirait d’un vestige de l’époque romaine, possiblement un temple dédié au culte de Mithra. Il est dit que les jours de solstice le soleil éclaireraient une pierre en forme d’autel et une stalactite à visage humain apportant au lieu une connotation mystique voire ésotérique. Des forces chtoniennes émergentes favoriseraient la célébration de rituels ou d’opérations magiques. Falicon est désormais auréolé de mystères.

Le chercheur Pierre Bény

Le chercheur et auteur Pierre Bény planche sur le sujet depuis une vingtaine d’années. L’association grotte-pyramide serait à ses yeux empreinte de symbolique maçonnique (la grotte comme lieu d’initiation et de mort à un état, la pyramide comme lieu de renaissance) ce qui nous ramène au découvreur officiel de la grotte, le bien nommé Domenico Rossetti (1772-1816). Avocat, lettré et poète, ce dernier né à Vasto en Italie après un court séjour niçois se rend à Turin où vit Jean-Jacques Vinay, conseiller de préfecture et propriétaire du terrain sur lequel se trouve la grotte.

Rossetti dédie son poème à Vinay qui appartient à la loge maçonnique de Turin laquelle compte parmi ses membres le Docteur Sébastien Giraud qui fut, quelques années auparavant, un proche du célèbre maçon lyonnais Willermoz et du Docteur Mesmer, inventeur du Magnétisme Animal. La maçonnerie à Turin, qui s’était réveillée début 1802, sera interdite par Napoléon en septembre 1802. On a trouvé la présence de Rossetti sur un tableau de loge quelques mois plus tard, à Parme. Une Loggia Gabriele Rossetti (frère de Domenico) Oriente di Vasto est toujours en activité. 

Pyramide de Falicon : de l’égyptomanie ?

Enfin, cette pyramide pourrait tout simplement découler de l’Egyptomanie née à la suite de la campagne d’Egypte de Napoléon en 1798 se traduisant par l’érection de pyramides et d’obélisques à travers le territoire. Celle de Falicon pouvait faire office de repère pour marquer l’emplacement de cette grotte mais la question est de savoir pourquoi déployer autant d’efforts pour un site escarpé et isolé.

La pyramide est alignée sur d'autres pyramides en France : celle du Parc Monceau, de Couhard.
Alignement de pyramides en France

Sylvain Tristan dans son ouvrage “Numbers of the Gods” (2017) envisage une piste avec d’autres pyramides érigées en France.

Propriété privée, le site est classé par les monuments historiques depuis 2007 mais n’a à ce jour fait l’objet d’aucune restauration. Source intarissable d’inspiration, ce lieu est loin d’avoir livré tous ses secrets – Texte Kris Darquis avril 2018 !

Merci à Pierre Bény (auteur de La Pyramide de Falicon / une vue de l’esprit) et Catherine Ungar (Mémoires de l’institut de Préhistoire et d’Archéologie AM) pour les photos et documents.

Mise à jour 23 aout 2019, 21 juin 2018, Kris Darquis ©

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