Psychologie de l’abbé Bérenger Saunière à travers le brouillon de son discours du 6 juin 1897
Préambule : un document archéologique
On a beaucoup écrit sur l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château de 1885 à 1909. On a spéculé sur son trésor, fantasmé sur ses sources de revenus, mythifié sa personnalité au point d’en faire tantôt un aventurier digne de Balzac, tantôt un gardien de secrets millénaires. Mais curieusement, on s’est fort peu intéressé à l’homme lui-même — à sa psychologie, à la structure intime de sa pensée, à ce qu’il révèle de lui dans l’acte d’écrire. Or nous possédons un document d’une valeur exceptionnelle pour tenter cette archéologie : le brouillon préparatoire de son discours d’accueil à Monseigneur Billard, prononcé le jour de la Pentecôte, le 6 juin 1897.

La valeur de ce document ne réside pas seulement dans son texte final — un discours d’apparat ecclésiastique, somme toute convenu dans sa forme, bien que doté de certaines particularités. Elle réside dans ses ratures. Un brouillon, comme l’a magistralement démontré Almuth Grésillon dans ses travaux fondateurs sur la critique génétique1, n’est pas un simple état préparatoire du texte définitif : c’est un palimpseste psychique dans lequel coexistent, superposées comme les strates d’un site archéologique, la pensée brute et la pensée policée, le cri et le murmure, la blessure et le masque. En examinant ce que Saunière a d’abord écrit puis biffé, nous accédons à un niveau de vérité que le discours prononcé, par définition, dissimule.
C’est précisément cette méthode que nous proposons d’appliquer ici. Non pas une psychobiographie spéculative fondée sur des anecdotes rapportées de troisième main, mais une analyse rigoureuse du processus d’écriture lui-même — dans la lignée de ce que Freud avait intuitivement perçu lorsqu’il analysait les lapsus, les actes manqués et les « formations de compromis » entre intention consciente et désir refoulé2. Le brouillon manuscrit est, pour le psychanalyste, un territoire analogue au lapsus : c’est le lieu où le contrôle vacille.
I. La colère sublimée — du « suppôt » au « malheureux »
Le passage le plus révélateur du brouillon se trouve en page 2, lorsque Saunière évoque les conflits qui l’ont opposé à certains de ses paroissiens. La première mouture est incendiaire : « J’ai, de mes propres yeux, vu des misérables, de […] suppôts de l’[…] ». Le mot manquant, à peine illisible sous la rature, est vraisemblablement « Enfer » ou « impiété ». La version définitive remplace cette explosion par une formule d’une tout autre tonalité : « des malheureux, égarés par des conseils perfides ». Le glissement sémantique est considérable, et mérite d’être examiné à la lumière de ce qu’Anna Freud a nommé la « formation réactionnelle » — ce mécanisme de défense par lequel un affect intolérable est transformé en son contraire3.

Observons la mécanique de cette transformation. « Misérables » devient « malheureux » : on passe du jugement moral à la compassion. « Suppôts » devient « égarés » : l’agent volontaire du mal se mue en victime passive d’une influence extérieure. Mais — et c’est là que l’analyse devient intéressante — le mot « perfides » survit dans la version finale. La colère n’est donc pas supprimée ; elle est déplacée. Elle quitte les paroissiens eux-mêmes pour se reporter sur un tiers innomé, celui qui prodigue les « conseils perfides ». Saunière opère une scission : il sépare ses ouailles de l’influence maligne qui les corrompt, pardonnant les unes tout en condamnant l’autre. C’est là un procédé classique de la rhétorique pastorale, mais ce qui frappe, c’est que ce procédé n’est pas naturel chez Saunière — il est acquis par l’effort de la réécriture. Sa pensée spontanée est celle de la dénonciation directe.
Plus loin dans la même strate biffée, il avait écrit que ses adversaires avaient agi « contre le ministre de Dieu, le menacer ». La version finale dépersonnalise entièrement le conflit : ils se sont acharnés « contre tout ce que j’avais entrepris pour la gloire de Dieu ». L’opération est double : Saunière efface le caractère personnel de l’attaque (ce n’est plus lui qu’on vise, mais l’œuvre) tout en sacralisant cette même œuvre. Nous sommes ici en présence de ce que la psychanalyse identifie comme une sublimation : la blessure narcissique personnelle est transmuée en offense faite au divin. Le sujet disparaît derrière l’objet sacré qu’il a élevé.
II. La blessure narcissique et le Soi grandiose
La page 4 du brouillon offre un second site de fouille d’une richesse remarquable. Saunière y dresse l’inventaire de ses travaux dans l’église — vitraux, statues, chemin de croix, chaire, confessionnal, carrelage — avec une minutie qui confine à la complaisance. Puis il entreprend de qualifier cet ensemble, et c’est là que le processus de rature devient proprement fascinant. Il écrit d’abord « Toutes ces belles choses », biffe, essaie « toutes ces merveilles », biffe à nouveau, et aboutit enfin au modeste « Tout cela ». Nous assistons, en temps réel, à une lutte intérieure entre ce que Heinz Kohut appellerait le « Soi grandiose » — cette instance narcissique qui exige la reconnaissance de sa propre excellence — et les impératifs de la modestie sacerdotale4.
Le même mécanisme opère quelques lignes plus loin, dans une séquence encore plus révélatrice : « je les dois un peu mais bien peu à mes Paroissiens ». La parenthèse biffée « mais bien peu » trahit un mépris que Saunière juge ensuite malséant. Mais elle nous renseigne sur un trait de caractère fondamental : Saunière se perçoit comme un homme seul, porteur d’une mission que son entourage immédiat est incapable de comprendre ni de soutenir. Le curé de village n’est pas, dans sa propre représentation, un pasteur parmi d’autres : c’est un bâtisseur isolé, un visionnaire entouré de médiocres. Cette structure psychique — la conviction d’une singularité fondamentale alliée au ressentiment envers ceux qui ne la reconnaissent pas — est caractéristique de ce que la psychologie du Soi identifie comme une personnalité narcissique à « blessure compensée » : le sujet colmate la faille narcissique par la grandeur de l’œuvre accomplie.
III. L’art de l’évasion — la question de l’argent
C’est toutefois la question du financement qui constitue le passage le plus significatif du discours, et non pas par ce qu’il dit, mais par ce qu’il refuse de dire. Après quatre pages consacrées à l’inventaire détaillé d’acquisitions manifestement coûteuses, Saunière règle la question financière en une seule phrase : « je les dois un peu à mes Paroissiens ; beaucoup à mes économies, au dévouement et à la générosité de quelques âmes étrangères à la Paroisse. » Et le discours enchaîne immédiatement, marqué par un tiret long, sur l’état spirituel de la paroisse. Le sujet est clos.
La disproportion entre le signifiant et le signifié est considérable. Un curé dont la portion congrue s’élève à quelques centaines de francs annuels vient d’énumérer des travaux dont le coût total se compte en milliers — vitraux, statues, bancs, chaire, confessionnal neuf en bois ouvragé, chemin de croix, décoration murale par un artiste professionnel — et il résume ses sources de financement en trois syntagmes dont chacun est plus vague que le précédent. « Mes économies » : formule invérifiable. « Quelques âmes étrangères à la Paroisse » : formule extraordinairement indéterminée — ni noms, ni provenance, ni monts, ni même le nombre de ces bienfaiteurs.
Or, remarquons-le, cette évasion ne porte aucune trace de rature. C’est la seule section du brouillon où le texte semble avoir été écrit d’un seul jet, sans hésitation, sans repentir, sans variante. Saunière n’a pas cherché la bonne formulation — il savait exactement ce qu’il voulait dire, ou plutôt ce qu’il voulait taire. Là où ailleurs il tâtonne, rature, reformule — signe d’un conflit intérieur entre le dire et le cacher —, ici il glisse avec une fluidité qui révèle une décision préméditée. L’analyse du discours ecclésiastique, telle que l’a menée Pierre-Jean Labarrière dans ses travaux sur la dialectique du secret et de la parole5, montre que le silence clérical n’est jamais un vide : c’est une construction. Le secret est structuré comme un discours.
Il faut ajouter un détail qui n’est pas anodin : la citation de Luc 16:2 — « Redde rationem villicationis tuæ » — que Saunière place en page 3 comme un lieu commun de la visite épiscopale6. La parabole de l’intendant infidèle, rappelons-le, met en scène un gestionnaire sommé de rendre des comptes à son maître, et qui, sachant qu’il ne peut justifier son administration, recourt à la ruse pour se ménager des « amis ». Saunière cite ce texte avec une assurance qui ne saurait être innocente. Connaissait-il la suite de la parabole ? Assurément. Mesurait-il l’ironie involontaire — ou volontaire — de cette autoréférence ? La question reste ouverte, mais elle constitue un Witz (un « mot d’esprit ») au sens freudien du terme : un surgissement de vérité sous le couvert de la convention.

IV. Le vrai Soi et le faux Soi — dialectique du masque pastoral
La distinction winnicottienne entre le « vrai Soi » et le « faux Soi » trouve ici un terrain d’application presque idéal7. Le brouillon de Saunière nous donne accès simultanément aux deux instances. Le vrai Soi — celui qui traite ses adversaires de « misérables » et de « suppôts », qui qualifie ses travaux de « merveilles », qui méprise la faible contribution de ses paroissiens — affleure dans les ratures. Le faux Soi — celui qui pardonne, qui minimise, qui s’efface derrière la volonté divine — règne dans la version finale, lissée, calibrée, ecclésiastiquement irréprochable.
Mais il serait trop simple de réduire cette analyse à un jeu de masque et de vérité. La page 5 du discours complique le tableau. Lorsqu’il décrit l’état spirituel de sa paroisse, Saunière fait preuve d’une franchise surprenante : les hommes ne communient pas, les enfants finissent dans « des usines, véritables foyers d’immoralité », et le curé invoque le Psaume — « omnis homo mendax »8 — pour justifier sa lucidité. Or cette honnêteté n’est pas la transparence spontanée du vrai Soi. Elle est, elle aussi, parfaitement calculée. Un curé qui flatterait son évêque sur l’état de son troupeau perdrait toute crédibilité. En se montrant intransigeant sur les défaillances de ses paroissiens, Saunière renforce la valeur de tout le reste de son discours — y compris la phrase sur les « âmes étrangères ». La franchise fonctionne ici comme un dispositif de crédibilisation : elle sert le secret au lieu de le compromettre.
Nous sommes donc en présence d’un homme dont la structure psychique présente plusieurs niveaux de complexité, imbriqués comme les couches d’un tell archéologique. Au niveau le plus profond, un tempérament passionné, colérique, orgueilleux de son œuvre, blessé par l’incompréhension de son entourage immédiat. Au niveau intermédiaire, un mécanisme de défense sophistiqué qui transforme la colère en compassion, l’orgueil en humilité apparente, la blessure personnelle en offense faite à Dieu. Au niveau de surface, un discours public maîtrisé, qui intègre même des doses calculées de franchise pour mieux protéger les zones de silence.
V. Portrait synthétique : un profil à trois strates
Que nous dit, en définitive, ce brouillon sur l’homme Bérenger Saunière ? Trois traits de caractère dominants se dégagent de l’analyse, chacun documenté par le processus même de l’écriture.
Premièrement, un tempérament passionnel soumis à un contrôle volontaire intense. Saunière écrit d’abord sous le coup de l’émotion — le vocabulaire est cru, les jugements sont tranchants, la blessure est exhibée — puis il se reprend, rature, et reformule dans un registre conforme aux conventions sacerdotales. Ce processus de réécriture n’est pas un simple polissage stylistique : c’est une opération psychique de mise en conformité du Soi avec les attentes sociales. L’énergie nécessaire à cette transformation — lisible dans les multiples couches de ratures — indique que le contrôle n’est pas naturel : il est acquis, travaillé, volontaire. Saunière est un homme qui se discipline, et cette discipline, loin d’être un trait de caractère, est un effort permanent.
Deuxièmement, une structure narcissique à compensation grandiose. L’inventaire minutieux des travaux, la tentation répétée de les qualifier de « merveilles », le mépris voilé pour les paroissiens qui n’ont « guère » contribué, la conviction d’être seul à porter l’œuvre — tous ces indices convergent vers le portrait d’un homme dont l’estime de soi repose sur la réalisation d’un projet qui le dépasse et le justifie simultanément. La transformation de l’église n’est pas seulement un programme pastoral ; c’est un miroir narcissique dans lequel Saunière contemple sa propre valeur. Lorsqu’on attaque l’œuvre, c’est le Soi qui est atteint — d’où la violence de la première mouture.
Troisièmement, une intelligence stratégique remarquable, alliée à une capacité de dissimulation structurée. Saunière ne ment pas dans ce discours — à strictement parler, rien de ce qu’il dit n’est faux. Mais il pratique avec une virtuosité consommée l’art de la prétérition (« dans la crainte d’être trop long, je me permets de passer sous silence… ») et de l’ellipse (une phrase pour le financement, quatre pages pour les vitraux). L’absence de rature dans le passage sur l’argent est, à cet égard, le signe le plus parlant : là où le conflit intérieur fait rage — sur la colère, sur l’orgueil —, la plume hésite et revient sur elle-même. Là où le secret est gardé en toute connaissance de cause, la plume ne tremble pas.

Conclusion : l’intendant infidèle et le Magicien
Ce brouillon du 6 juin 1897 ne résout évidemment, en apparence, aucune des énigmes factuelles liées à l’abbé Saunière. Une analyse plus approfondie se révélera toutefois plus parlante. Un article dédié aux particularités de ce discours sera produit ultérieurement. Il ne nous dit pas directement d’où venait l’argent, ni quelle était la nature exacte du secret qu’il protégeait. Mais il nous apprend quelque chose de peut-être plus fondamental : il nous montre comment cet homme pensait. Et ce que nous découvrons, sous les strates de ratures et de repentirs, c’est un esprit plus complexe, plus calculateur et plus tourmenté que l’imagerie populaire ne le suggère.
Saunière n’est ni le naïf curé de campagne que certains ont voulu décrire, ni l’aventurier cynique que d’autres ont imaginé. C’est un homme à la fois passionné et maître de lui-même, orgueilleux et capable de feindre l’humilité, blessé par l’ingratitude et assez stratège pour la transmuer en grâce pastorale. Un homme qui, invoquant la parabole de l’intendant sommé de rendre des comptes, sait parfaitement qu’il ne les rendra pas — et qui, de cette impossibilité même, fait un discours.
Or ce portrait, pour saisissant qu’il soit, demeure incomplet si l’on ne tente pas de le rattacher à une structure psychique plus profonde. La psychologie analytique de Carl Gustav Jung nous offre ici un outil d’interprétation d’une pertinence remarquable : l’archétype du Magicien (der Magier).
Dans la pensée jungienne, les archétypes sont des figures primordiales qui structurent l’inconscient collectif — des schémas universels de comportement et de représentation que l’on retrouve, sous des formes variables, dans tous les mythes, toutes les cultures, toutes les époque9. Le Magicien est l’une de ces figures fondamentales. Il incarne celui qui détient un savoir, qui organise la réalité autour de ce savoir, et qui contrôle l’accès à ce savoir avec une discipline absolue. C’est l’archétype du prêtre initié, de l’alchimiste, du dépositaire de mystères — celui qui se tient sur le seuil entre le visible et l’invisible, entre ce que l’on montre et ce que l’on tait. Dans sa polarité lumineuse, le Magicien est le sage, le guérisseur, le médiateur entre le sacré et le profane. Dans sa polarité sombre — et c’est ici que le portrait de Saunière prend toute sa profondeur — il devient le manipulateur, celui qui utilise son savoir comme instrument de pouvoir, qui dévoile juste assez pour fasciner sans jamais révéler assez pour être compris10.
À considérer le discours du 6 juin 1897 sous cet éclairage, chaque anomalie que nous avons relevée prend une signification nouvelle. Le missionnaire anonyme — dont le nom n’est jamais prononcé dans le discours — relève du Magicien qui protège ses sources. Le silence sur le bénitier — l’objet le plus spectaculaire de l’église restaurée, escamoté en une demi-phrase — relève du Magicien qui dissimule ce qui serait trop éloquent. L’évasion sur le financement — les « économies » et la « générosité de quelques âmes étrangères à la Paroisse » — relève du Magicien qui nomme sans désigner, qui révèle en voilant. Et le choix même de la citation inaugurale, « redde rationem villicationis tuæ » — « rends compte de ton intendance » — relève de l’ironie suprême du Magicien qui exhibe la question précisément pour mieux esquiver la réponse.
Ce qui distingue Saunière du simple dissimulateur, c’est qu’il ne se contente pas de cacher — il met en scène le fait qu’il cache. Le discours de la Pentecôte est un acte de prestidigitation verbale : l’auditoire croit assister à un compte rendu, alors qu’il assiste en réalité à une démonstration de maîtrise. Billard croit recevoir la soumission d’un subordonné, alors qu’il reçoit la performance d’un égal. Les paroissiens croient entendre un curé reconnaissant, alors qu’ils entendent un homme qui les a déjà jugés et pardonnés — dans cet ordre. Le Magicien, dans sa variante sombre, ne ment jamais : il organise la vérité de telle sorte que chacun n’en perçoive que la face qui lui est destinée.
L’écriture elle-même porte la marque de cet archétype. Nous avons observé l’alternance, d’un feuillet à l’autre, entre deux registres graphiques distincts : le registre officiel — ample, calligraphié, maîtrisé — et le registre émotionnel — resserré, rapide, raturé. Or cette dualité est précisément celle du Magicien, qui possède un visage public et un visage privé, et qui passe de l’un à l’autre avec une aisance que la plupart des hommes n’atteignent pas. Que Saunière soit capable, après l’éruption de colère du deuxième feuillet, de retrouver au troisième le rythme posé de l’inventaire, et au sixième l’ampleur sereine de la péroraison — cette capacité de réinitialisation est la signature psychique du Magicien, de l’homme dont le persona ne se fissure jamais durablement.
En cela, le brouillon du 6 juin 1897 ne constitue pas simplement un document historique. C’est un portrait involontaire — le plus fidèle que nous possédions de l’homme sous la soutane. Et cet homme, si l’on en croit les strates de son écriture et les silences de son discours, n’était pas un simple curé de campagne embarrassé par un secret trop lourd pour lui. C’était un Magicien — au sens jungien du terme — qui savait exactement ce qu’il montrait, ce qu’il taisait, et pourquoi.
1Almuth Grésillon, Éléments de critique génétique — Lire les manuscrits modernes, Paris, Presses Universitaires de France, 1994. L’ouvrage fondateur de la discipline, dans lequel Grésillon établit que la rature n’est pas un « déchet » du texte, mais un « lieu de genèse » révélant les stratégies d’écriture et les conflits intérieurs de l’auteur.
2Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (Zur Psychopathologie des Alltagslebens), 1901. Freud y démontre que les lapsus, oublis et actes manqués ne sont jamais fortuits, mais constituent des « formations de compromis » entre une intention consciente et un désir refoulé.
3Anna Freud, Le Moi et les mécanismes de défense (Das Ich und die Abwehrmechanismen), 1936. Anna Freud y systématise les mécanismes de défense du Moi, parmi lesquels la « formation réactionnelle » — transformation d’un affect en son contraire — et la « sublimation ».
4Heinz Kohut, The Analysis of the Self, New York, International Universities Press, 1971. Kohut forge le concept de « blessure narcissique » et décrit les stratégies de restauration du Soi par la grandiosité compensatoire et l’idéalisation.
5Pierre-Jean Labarrière, « Le secret et la parole — Structures de l’aveu dans le discours ecclésiastique », in Revue des sciences philosophiques et théologiques, t. 72, 1988, pp. 411-432.
6Luc 16:2 — « Redde rationem villicationis tuæ » (Rendez compte de votre gestion). Parabole de l’intendant infidèle. Le choix de cette citation par Saunière prend une résonance singulière lorsqu’on sait que c’est précisément la gestion financière du curé qui fera l’objet des soupçons de l’épiscopat.
7Donald W. Winnicott, « The concept of the False Self », in Home is Where We Start From, New York, Norton, 1986. Winnicott distingue le « vrai Soi » — le noyau pulsionnel authentique — du « faux Soi » — une construction adaptative qui présente au monde un visage conforme aux attentes sociales.
8Ps 115:11 (Vulgate) / Ps 116:11 (hébreu) — « Omnis homo mendax » (Tout homme est menteur).
9Jung, Carl Gustav, Die Archetypen und das kollektive Unbewußte (Les Archétypes et l’Inconscient collectif), in Gesammelte Werke, vol. IX/1, Zurich, Rascher, 1954. Jung y définit les archétypes comme « des formes typiques de comportement qui, dès qu’elles deviennent conscientes, se présentent naturellement comme des idées et des images ».
10Sur l’archétype du Magicien et ses deux polarités (sage/manipulateur), voir : Moore, Robert & Gillette, Douglas, King, Warrior, Magician, Lover: Rediscovering the Archetypes of the Mature Masculine, San Francisco, HarperCollins, 1990, chap. 7. Les auteurs y distinguent le Magicien accompli, qui met son savoir au service de la communauté, du Magicien-Ombre, qui l’utilise comme instrument de domination et de contrôle.
Ce que révèle la main de Bérenger Saunière
Analyse graphologique du brouillon préparatoire au discours du 6 juin 1897
Note : Cette étude constitue le prolongement de l’analyse psychologique du manuscrit Saunière réalisée à partir de la transcription intégrale du brouillon. Elle s’appuie sur l’examen visuel des six feuillets originaux du discours d’accueil préparé pour la seconde visite de Mgr Billard à Rennes-le-Château, jour de la Pentecôte 1897.

L’analyse textuelle que nous avons conduite sur le brouillon de Bérenger Saunière — ses ratures, ses reformulations, ses silences calculés — nous a déjà livré le portrait d’un homme passionné mais discipliné, orgueilleux mais habile à le dissimuler, colérique mais sachant convertir sa colère en diplomatie ecclésiastique. Restait à vérifier si l’écriture elle-même, dans sa matérialité graphique, confirmait ou infirmait ce portrait. Car il ne suffit pas de lire ce que l’abbé a écrit ; encore faut-il observer comment il l’a écrit. La graphologie, science imparfaite et sujette à caution — elle relève davantage de la sémiologie que de la psychométrie — n’en demeure pas moins un outil heuristique précieux lorsqu’elle est mise en regard d’une analyse de contenu rigoureuse11. C’est dans cet esprit, et avec les réserves qui s’imposent, que nous avons examiné les six feuillets du manuscrit.
La première chose qui frappe l’observateur est l’inclinaison. L’écriture de Saunière penche nettement vers la droite, de manière constante d’un feuillet à l’autre. Dans la tradition graphologique française, de Crépieux-Jamin à Klages12, une inclinaison droite régulière et prononcée signale un tempérament extraverti, tourné vers l’action et vers autrui, porté par un élan qui le projette en avant. Chez un prêtre de campagne, cela ne surprend guère. Ce qui surprend davantage, c’est le degré de cette inclinaison : elle dépasse le simple penchant sociable pour toucher à l’impétuosité. Saunière ne va pas vers les gens par devoir pastoral ; il y va avec fougue.
La pression, ensuite. Elle est forte et remarquablement régulière. L’encre est bien marquée, les pleins sont appuyés, et cette constance se maintient sur les six pages du manuscrit. Nous ne sommes pas en présence d’un impulsif qui s’enflamme puis retombe ; nous sommes en présence d’un homme dont l’énergie est soutenue, volontaire, infatigable. Un bâtisseur, précisément — et l’on pense irrésistiblement aux travaux pharaoniques qu’il entreprend à cette même époque dans son église et sur le domaine.
Mais c’est la progression de l’écriture au fil des six feuillets qui s’avère la plus révélatrice, et qui mérite que nous nous y arrêtions longuement.
Le premier feuillet est le plus soigné. L’en-tête « Monseigneur ! » est tracé avec une élégance presque calligraphique, les mots sont espacés avec régularité, la ligne de base est horizontale. C’est l’écriture d’un homme qui se compose, qui ajuste sa tenue avant d’entrer en scène. Le deuxième feuillet, en revanche, est d’une nervosité saisissante. L’écriture accélère, les ratures se multiplient, les interlignes se resserrent. C’est ici que Saunière aborde les « malheureux égarés par des conseils perfides » — et l’on voit physiquement, dans le geste graphique, le moment où l’émotion submerge le protocole. La première mouture, rageusement barrée, parlait de « misérables » et de « suppôts » ; la version finale, plus maîtrisée, conserve néanmoins le mot « perfides », comme un résidu de colère que la discipline n’a pas entièrement résorbé.
Les troisième et quatrième feuillets retrouvent un rythme posé, presque bureaucratique. Saunière y fait l’inventaire de ses travaux : les fenêtres, les vitraux, la rosace, les arceaux, le chemin de croix, le confessionnal. L’écriture est fluide, assurée, et les ratures sont rares. Il est dans son élément. Cet homme pense en pierre et en mortier, et son geste graphique l’atteste : c’est quand il parle de construction matérielle que sa main est la plus régulière. Le cinquième feuillet, consacré à l’état moral de la paroisse, montre un resserrement net du module — les lettres rapetissent, l’interligne se réduit. En graphologie, ce rétrécissement signale une pensée qui se concentre, qui se replie vers l’intérieur13. Saunière passe de la démonstration publique à l’examen de conscience, et sa main en porte la trace. Enfin, le sixième feuillet — la péroraison — est remarquable par son ampleur retrouvée. Les mots s’espacent, le geste ralentit, et la dernière ligne — « sera votre joie et votre consolation » suivie d’un long tiret final — ne fléchit pas, ne monte pas, ne descend pas. La ligne de base est parfaitement horizontale. C’est un homme qui finit debout, maître de lui-même, satisfait de son effet.
Or cette alternance de maîtrise et de tension, cette capacité à se laisser emporter puis à se reprendre, pose la question du tempérament violent que plusieurs témoignages attribuent à l’abbé. Sonia Moreu, ancienne libraire de Rennes-le-Château qui connut personnellement un homme nommé Abdon — fils d’une sœur de lait de Marie Dénarnaud, né en 1909 et éduqué par Saunière lui-même — rapporte dans une interview accordée à Jean-Patrick Pourtal en juillet 2000 que les souvenirs d’enfance de cet Abdon dépeignaient l’abbé comme « un homme très sévère »14. L’anecdote qui illustre cette sévérité est éloquente : invité un dimanche midi à déjeuner chez Marie, le petit Abdon avait redemandé la patte du poulet. Saunière l’avait immédiatement sorti de table, privé de repas, en lui précisant « qu’on ne réclamait pas ».
Ce geste n’est pas celui d’un violent. C’est celui d’un autoritaire — distinction capitale. Un homme véritablement violent, au sens d’explosions incontrôlées, produirait graphologiquement des ruptures brutales de rythme, des angularités tranchantes dans les lettres rondes, une pression qui varie soudainement, des « coups de plume » qui transpercent le papier15. Or chez Saunière, rien de tout cela. Même dans le deuxième feuillet, le plus agité, les ratures sont faites avec méthode : ce sont des traits horizontaux réguliers qui barrent proprement les mots rejetés, non des griffures rageuses. L’abbé ne gifle pas l’enfant ; il le punit méthodiquement. Il ne crie pas ; il décrète. Et c’est précisément cette froideur dans l’exercice de l’autorité que l’écriture révèle avec une netteté troublante.
L’indice graphologique peut-être le plus parlant réside dans le rapport de taille entre les majuscules et le corps du texte. Les majuscules de Saunière — le « M » de « Monseigneur », le « P » de « Pasteur », le « D » de « Divine Providence » — sont amples, ornées, parfois surdimensionnées par rapport aux minuscules qui les suivent. Ce contraste, lorsqu’il est aussi prononcé, indique un homme qui vit dans la verticalité hiérarchique : il grandit ce qui est au-dessus de lui — l’Évêque, Dieu, la Providence — et, par implication structurelle, rapetisse ce qui est en dessous. Un enfant qui ose « réclamer » à table transgresse cette verticalité. La sanction est automatique, immédiate, et sans appel — non parce que Saunière est en colère, mais parce que l’ordre a été violé.
Nous avons donc affaire, si l’on croise l’analyse textuelle des ratures et l’examen graphologique de l’écriture, à un portrait d’une cohérence remarquable : celui d’un homme passionné mais discipliné, orgueilleux mais capable de contenir son orgueil, autoritaire avec une rigidité qui confine à la dureté — mais jamais violent au sens pathologique du terme. Un homme qui peut être d’une sévérité glaciale, non point parce qu’il perd le contrôle, mais précisément parce qu’il ne le perd jamais. Et c’est peut-être là, dans cette maîtrise inflexible, que réside le trait le plus inquiétant du personnage — car un homme qui se domine à ce point est aussi un homme capable de porter un secret, et de l’emporter dans la tombe.

Notes de rédaction
11Sur les limites épistémologiques de la graphologie et son statut de discipline auxiliaire, voir : Huteau, Michel, Écriture et personnalité : l’illusion graphologique, Paris, Dunod, 2004. L’auteur, tout en contestant les prétentions diagnostiques de la graphologie, reconnaît sa valeur comme outil exploratoire lorsqu’elle est croisée avec d’autres méthodes d’analyse.
12Crépieux-Jamin, Jules, L’Écriture et le Caractère, Paris, Alcan, 1888 ; Klages, Ludwig, Handschrift und Charakter, Leipzig, Barth, 1917. Ces deux ouvrages fondateurs posent les bases de l’interprétation de l’inclinaison, de la pression et du module comme indicateurs du tempérament.
13Sur la signification du rétrécissement du module et du resserrement de l’interligne comme indicateurs de concentration mentale et de repli introspectif : Pulver, Max, Symbolik der Handschrift, Zurich, Orell Füssli, 1931, chap. IV.
14Interview de Sonia Moreu par Jean-Patrick Pourtal, juillet 2000, publiée sur Rennes-Le-Château — Le Dossier (rennes-le-chateau.org). Citation exacte : « L’autre né en 1909, de son vrai nom de baptême Abdon est le personnage dont parle Gérard de Sède sauvé par l’eau miraculeuse d’Arles sur Tech. Fils d’une sœur de lait de Marie Dénarnaud, ses souvenirs de petit garçon m’ont décrit l’abbé Saunière comme un homme très sévère. »
15Sur les indicateurs graphologiques de la violence impulsive (ruptures de rythme, angularités, variations brusques de pression) par opposition à l’autoritarisme froid (pression forte et constante, majuscules surdimensionnées, barres de t appuyées) : Moretti, Girolamo, Trattato di Grafologia, Padoue, Messaggero, 1914, réédition 2006, chap. IX « Segni di aggressività ».
12 avril 2026, Isaac Ben Jacob ©
L’origine de la « fortune » de l’abbé Bérenger Saunière
Le regard de Yannick Thomassine sur Bérenger Saunière
Nous vous relatons la conférence de Yannick Thomassine sur « Rennes-le-Château 2.0 – Retour sur l’affaire Saunière » à la salle de la Capitelle à Rennes-le-Château le samedi 12 juillet 2025. Et qui dit Rennes-le-Château, dit l’abbé Bérenger Saunière.

Yannick Thomassine fait partie de la dernière génération de chercheurs passionnés par les mystères de Rennes-le-Château. Depuis 10 ans, il a lu de nombreux ouvrages relatifs à l’histoire du village, du Razès, des seigneurs du château, les Hautpoul et, bien sûr, l’histoire de l’abbé Saunière et de son domaine. A chacune de ses visites, il poursuit ses pérégrinations le long des sentiers qui s’étendent autour de la colline mystérieuse, en quête d’une trouvaille et, surtout, pour la beauté et l’énergie de cette contrée. Voici sa première conférence dans laquelle il ne prétend rien d’autre que de reprendre les faits pour mieux reprendre les recherches…
Pourquoi des hypothèses si différentes sur la fortune de Bérenger Saunière ?
L’histoire de Bérenger Saunière à Rennes-le-Château, qui nous est livrée jusqu’à ce jour, est jalonnée d’une diversité non exhaustive de questionnements, de recherches, de multiples interprétations, de mystifications, parfois des falsifications, le tout émaillé d’un important symbolisme.
Yannick Thomassine doit faire un tri parmi les productions et les témoignages suivants :
- Arrivée de Noël Corbu et de sa famille à Rennes-le-Château en 1947.
- « L’or de Rennes » de Gérard de Sède écrit en 1967.
- « L’énigme sacrée » de Henry Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh, essai controversé rédigé en 1982.
- Le « Da Vinci Code« , roman de Dan Brown publié en 2003, évoquant une descendance de Jésus et Marie-Madeleine, possiblement à Rennes-le-Château.
- La mystification de Pierre Plantard ou les vrais/faux documents sur/du Prieuré de Sion, insérés à la BNF (Bibliothèque Nationale de France).
Autant de récits qui oscillent entre le factuel et l’hypothétique. La frontière a souvent été franchie et a contribué à flouter le volet historique avéré. Malgré cela, ces œuvres restent des marqueurs incontournables de la naissance du mythe de Rennes-le-Château et de son légendaire curé de campagne.
Pour le conférencier, il est important de reprendre toute la chronologie de l’affaire Bérenger Saunière pour pouvoir un jour percer le mystère du « Curé aux milliards ».
Résumé des faits [NDLR]
L’abbé Bérenger Saunière, prêtre catholique français, naît à Montazels, village au pied de Rennes-le-Château, le 11 avril 1852 à Montazels, et décède le 22 janvier 1917 à Rennes-le-Château. Il a légué son domaine, taxé de « folie des grandeurs » réalisé entre 1887 et 1910, à sa servante Marie Denarnaud, ainsi que toutes ses archives personnelles. Le tribunal ecclésiastique le suspend à divinis en décembre 1910. En 1915, Bérenger Saunière sera inculpé de détournements de fonds par l’autorité ecclésiastique.
Est-ce que l’histoire de l’abbé Saunière et de Rennes-le-château serait tombée dans l’oubli si Noël Corbu n’avait exhumé la vie de ce prêtre, aux agissements tumultueux, dans ce si petit village isolé, sur une colline à 300 mètres d’altitude, à l’accès sinueux en cul-de-sac ?
Il est important de rappeler le contexte politique et économique entre 1917 et 1953. Le monde est en proie à l’une des plus sombres pages de son histoire. Deux guerres mondiales vont se succéder, entrecoupées d’une crise économique sans précédent. En 1945, l’Europe est exsangue. La France se reconstruit difficilement, meurtrie par 5 années de conflit et de déchirements fratricides. Quid de Rennes-le-Château dans cette longue et sanglante tourmente ?
L’histoire après Bérenger Saunière
En 1953, Noël Corbu devient propriétaire du domaine de l’abbé Saunière, acheté en viager à Marie Dénarnaud, domaine qu’il va transformer en hôtel restaurant. Or, Rennes-le-Château pâtit de l’éloignement de toutes grandes voies de circulation commerciale.
« Noël Corbu décide de rendre publiquement célèbre la légende de l’enrichissement de l’abbé Saunière par l’intermédiaire du journaliste Albert Salomon. Ce dernier publie trois articles dans son quotidien La Dépêche du Midi les 12, 13 et 14 janvier 1956, titrés « La fabuleuse découverte du curé aux milliards. M. Noël Corbu connaît-il la cachette du trésor de l’abbé Saunière qui s’élève à 50 milliards ? » ; le troisième article contient une interview de Noël Corbu qui explique de façon affirmative (mais sans le prouver) que l’abbé aurait découvert, par hasard, un trésor enfoui en 1249 sous son église par Blanche de Castille pour mettre à l’abri la cassette royale de l’avidité de vassaux opprimés, alors que le roi était parti en croisade. » (Wikipédia)
L’affaire du « curé aux milliards » est lancée et ne s’arrêtera jamais !

Le conférencier, Yannick Thomassine
Yannick Thomassine a 10 ans quand il découvre l’histoire de l’abbé Saunière et de Rennes-le-Château, au travers d’un documentaire de Jimmy Guieu, dans la collection « Les portes du futur », éditée entre 1991 et 1994 : 04 – Jimmy Guieu / Les portes du futur / Rennes le Château 1, Le grand mystère.
Depuis 2010, il mène ses propres recherches. Pour réaliser cette conférence, il lui faudra 3 ans d’étude, de recherches, de collation de documents. Il va à la source ! Il consulte les archives municipales de Rennes-le-Château, les archives départementales et épiscopales de l’Aude. Il pourra accéder au fonds documenté original de l’abbé Saunière, légué par sa servante Marie Denarnaud à Noël Corbu, aujourd’hui propriété de Claire Corbu, fille de ce dernier, et d’Antoine Captier, son époux.
Les méthodes de recherche et de travail ont évolué grâce à internet, les réseaux sociaux et l’IA, l’intelligence artificielle. C’est tentant, se dit-il ! Aussi va-t-il soumettre à l’IA le cadastre du village de 1836. En effet, l’histoire du village livre déjà sa part de curiosités avant l’arrivée de l’abbé. L’IA va suggérer les traces d’un édifice religieux aux dimensions curieusement importantes considérant la modestie de la commune. Cette découverte fait déjà partie du rapport de l’universitaire Brigitte Lescure rendu en 1976. Ce rapport met en avant des relevés photographiques réalisé par l’IGN, révélant l’empreinte d’une agglomération importante. Une copie de cet écrit a été fournie par Toni Bontempi, de la librairie de La Rose Rouge.
En plus de cette excellente lecture, le livre de Jean Fourié « Rennes-le-Château – L’Histoire de Rennes-le-Château antérieure à 1789 » est à lire attentivement pour éviter les informations déformées et erronées…
Des faits sur Rennes-le-Château
Ainsi, Rennes-le-château, anciennement nommé Rhedae, est auréolé de périodes successives de mystères. En témoigne la petite église actuelle, au frontispice peu amène, qui a connu plusieurs vicissitudes et remaniements.
Avant l’arrivée de Bérenger Saunière, cette église subit les affres d’un ouragan. Entre 1879 et 1887, des travaux de restauration sont entamés, consignés par le conseil de fabrique chargé de la gestion des finances épiscopales.
En 1885, l’abbé est nommé prêtre de la paroisse. Il découvre une église en très mauvais état. La toiture est effondrée. De 1890 à 1891, l’abbé commande une première phase de reconstruction.
Le 21 septembre 1891, jour décisif dans la vie de l’abbé Saunière. Il consigne dans ses notes « découverte d’un tombeau » dans l’église, supposé sous l’emplacement de l’actuel carrelage en damiers noir et blanc. Selon certains témoins, assistants le prêtre dans ses fouilles, une oule contenant des pièces d’or aurait été dénichée. Sans oublier des rouleaux de bois contenant des parchemins, découverts dans un balustre. S’il faut encore attester de l’authenticité de ces faits, des épisodes avérés restent sans réponse :
- La création en 1892 par l’abbé Saunière d’une pièce secrète dans le prolongement de la sacristie, toujours visible de l’extérieur par sa forme arrondie, jouxtant l’entrée du cimetière.
- Les fouilles nocturnes menées dans le cimetière par l’abbé en compagnie de sa servante Marie, ce qui souleva l’émoi des villageois. Les germes de la légende moderne de Rennes-le-Château sont plantés. S’en suivit à partir de 1901, l’édification et l’aménagement de ce qui deviendra, plus de quarante ans après, le lieu incontournable de milliers de chercheurs et visiteurs de tous horizons, le domaine de l’abbé Saunière.

Par ses frasques et fastes, Bérenger Saunière ne va pas manquer de s’attirer les foudres du nouvel évêque nommé à Carcassonne, Monseigneur de Beauséjour. Jusque-là, notre abbé avait bénéficié d’une certaine clémence de son prédécesseur, l’évêque Monseigneur Billard, sur l’origine de ses dépenses considérables et une vie de bombance peu « catholique » pour un homme d’église. En 1909, l’abbé Saunière est muté à Coustouge, mais refuse de s’y rendre. Il meurt le 22 janvier 1917 sans jamais avoir pu officier à nouveau comme prêtre.
Depuis la période de Bérenger Saunière, peu d’éléments étayés ont émergé. Les témoignages oraux peuvent être sujets à caution, à transformation avec le temps. Des documents restent-ils à jamais perdus ?
Les origines de la fortune de Bérenger Saunière
Il ne faut donc pas s’égarer et se perdre dans les méandres des croyances, des interprétations douteuses, des « fakes news » (elles sont légion) pour se concentrer et se recentrer sur le sujet : « L’abbé Saunière, l’origine de sa « fortune », pourquoi des hypothèses si différentes ? »
Pour cela, le conférencier reprend les études, les analyses et questionnements d’auteurs et chercheurs de renom :
- Le bulletin du SESA de 1906, Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude, rend compte des recherches faites sur les vestiges de la cité de Rhedae. Le livre de Jean Girou, « Itinéraire en terre d’Aude » publié en 1938, présenté comme un guide informatif du département de l’Aude, est une source intéressante pour s’imprégner de l’atmosphère et des couleurs de l’Aude en ce début du XXe siècle.
- Les interrogations se portent également sur la mystérieuse dalle funéraire érigée en l’honneur de la marquise Marie de Nègre d’Ables décédée le 17 janvier 1781, par l’abbé Bigou. Cette dalle est retrouvée brisée, abandonnée dans un coin du cimetière, à priori des mains de Bérenger Saunière.
Les intrigues du curé de campagne ne s’arrêtent pas là. Le point névralgique de l’affaire Saunière étant l’origine controversée de ses revenus, Yannick Thomassine s’est penché sur la consignation très détaillée des dépenses et recettes de l’abbé. Tous les documents sont au nom de Marie Dernarnaud. Les sommes fournies à Mrsg de Beauséjour semblent justifiées. Pourtant le chercheur suppose que Bérenger Saunière a démarré la rédaction de ses comptes en 1908. Son changement d’écriture le trahit. Pourquoi se donner temps de mal à établir une chronologie de ses dépenses à postériori ? Un vrai/faux ?
Pour rappel, les premières constructions du domaine sont élevées entre 1885 et 1892. Mais Bérenger Saunière ne dispose d’aucune ressource. A-t-il trouvé et monnayé un trésor pour financer les 300000 francs or de construction du domaine ? Un franc or de 1900 équivaut à 3,47 euros. L’évocation d’un trésor caché en 1789 à l’évêché d’Alet-les Bains, par des prêtres fuyant la révolution pour se réfugier en Espagne, n’est attesté par aucune preuve.
Par contre, il est possible que les tombes des seigneurs de Rennes-le-Château aient fait l’objet de pillages. Des textes importants évoquent cette piste. Paul Saussez rapporte dans son ouvrage, « La crypte oubliée », les résultats d’un sondage effectué en 2023, révélant ce qui pourrait être une crypte : un vide à 3 et 5 mètres sous l’église.

Dans un rapport de 1959, devenu célèbre, Jacques Cholet dresse l’état de ses fouilles minutieuses et autorisées par la municipalité. Ce rapport est une pièce majeure des enquêtes et recherches sur le domaine. Il y fait mention de 2 départs d’escaliers découverts au sol devant l’autel, ainsi qu’un « arc de décharge » sur le mur de la pièce secrète. Un arc de décharge est un arc bandé en plein mur, au-dessus d’ouverture, portes ou fenêtres, pour décharger la pression verticale de la maçonnerie supérieure et la dévier vers des points d’appui latéraux, en soulageant ainsi les parties sous-jacentes. Dans le cas de cette pièce secrète, pourquoi ?
La litre funéraire, encore visible sur la façade extérieure, ne signifie pas forcément la présence de la dépouille d’une personne importante. Cela peut marquer la célébration funéraire de cette personne.
Il ne faut pas oublier le trafic de messes auquel s’est prêté Bérenger Saunière. Un trafic de messes consiste à susciter des intentions de messes auprès des fidèles moyennant rémunération, de manière excessive, étant dès lors dans l’impossibilité de les dire ! Beaucoup de prêtres s’adonnèrent bon gré mal gré à cette pratique pour survivre. Dans le cas de l’abbé Saunière, le nombre impressionnant, démesuré, de messes détaillées dans ses comptes, n’aurait pu être honoré dans une vie de prêtrise, aussi longue fût-elle.
Conclusion du conférencier : « Je dirais qu’après analyse des documents du curé, aucune des hypothèses seule ne peut valider la fortune de Saunière . Mais à la fois une découverte trésoraire, un trafic de messes et de la vente à distance peuvent tous ensemble justifier la fortune de l’abbé ! »
Ce qui m’a intéressé dans l’approche de Yannick Thomassine, n’est pas de l’ordre des révélations, d’un « scoop ». C’est sa démarche, le choix des documents exploités, l’angle et l’orientation choisis. Rien de neuf alors ? Si, un regard. Cette conférence est une première réussite. Le public a apprécié. Merci Yannick. L’aventure peut continuer. A suivre !
3 aout 2025, Caroline Machut ©
De nouveaux liens entre Bérenger Saunière et l’assassinat de l’abbé Gélis de Coustaussa sont révélés dans le hors-série sur le meurtre de l’abbé Gélis !
Dans l’église du prêtre Saunière, le secret du confessionnal et la piste du trésor sont analysés par Johannus dans l’étude La brebis Perdue et le trésor caché.
Certains chercheurs signalent la présence de Bérenger Saunière à Lyon dans une église au-dessus du site des arêtes de poisson.
La biographie du collègue de Bérenger Saunière, l’abbé Boudet, complète cette conférence.
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