Anton Parks, Isis et les Templiers

Entretien exclusif avec Anton Parks

Anton Parks et la Grande saga des ancêtres
Anton Parks

J’ai rencontré Anton Parks en janvier 2011, à l’occasion de la sortie du tonitruant tome 3 des « Chroniques », Le Réveil du Phénix. Deux mois plus tard, paraissait dans Nexus (n° 73, pp. 62-73) un compte-rendu sur « La grande saga de nos ancêtres ». Eh oui : ces dieux et déesses aux noms et visages multiples sont bien nos ancêtres. Plus ou moins directs… Quel rapport avec Rennes-le-Château ou les cathares ? L’essentiel : le « sang réal » désigne en toute rigueur le sang bleu d’origine divine. (Après tout Pharamond et Mérovée, dont découle la lignée mérovingienne, ont pour ancêtre Oannès, derrière lequel se reconnaît assez vite le dieu Enki, personnage qui se retrouve aussi bien derrière des figures comme Lucifer, l’archange Mickaël, le dieu Janus ou encore le titan Prométhée.)

Il s’agit donc des différents protagonistes des Chroniques du Girkù — dieux et déesses, Élohim et Nephilim… — qui eurent des relations parfois intimes avec des hommes et des femmes. Et leur laissèrent un héritage si précieux que les Templiers, à la suite des Cathares, y furent sacrifiés par les Romains et les Capétiens (successeurs, quant à eux, des Pharisiens qui firent assassiner Jésus-Christ et s’acharnèrent sur sa descendance)…

Voici donc, en exclu et en hors-d’œuvre, un entretien avec Anton Parks, sur un aspect particulier de ce vaste sujet : les sources isiaques de la spiritualité templière.

Comment as-tu fait le lien — qui sert de thèse à Corpus Deae — entre le culte de la déesse en Égypte (les Mystères d’Isis) et les éléments de gnose que les Templiers ont adoptés (que ce soit le Baphomet, leur science de bâtisseurs ou leur culte de Marie) ?

Anton Parks : Quand on s’intéresse de près aux mythologies de Mésopotamie et d’Égypte, on remarque vite les liens et la convergence avec les indices doctrinaux laissés par les Templiers, éléments qui passèrent ensuite dans la Franc-maçonnerie. Dans Corpus Deae, je montre que les Templiers furent en contact de nombreuses années durant avec l’Égypte et ses Mystères. C’est un fait trop souvent ignoré. Les Mystères de la Vierge Marie, effleurés par Bernard de Clairvaux, devinrent rapidement ceux d’Isis-Hathor chez les Templiers restés en Orient. C’est sans doute la raison pour laquelle Bernard, d’abord allié aux Templiers, fit marche arrière à plusieurs reprises en s’apercevant de leur évolution doctrinale.

Autre point capital : les fameux textes gnostiques connus à ce jour — les 52 documents de la bibliothèque de Nag Hammadi, la Pistis Sophia (Codex Askew), le Codex de Bruce et celui de Berlin, tous, je dis bien tous proviennent d’Égypte.

En plus d’avoir eu connaissance de ces textes (que nous n’avons découverts qu’entre 1750 et 1945), les Templiers furent donc aussi, selon toute vraisemblance, en contact direct avec la gnose égyptienne (à titre ésotérique et initiatique, soit lors d’une transmission orale de maître à disciple). L’essence même du Baphomet, sa physionomie ainsi que sa symbolique, proviennent d’Égypte ancienne. Certains pharaons des premières dynasties portaient le Baphomet attaché à leur ceinture, et les hauts dignitaires du roi l’arboraient comme talisman. À la lecture du procès des Templiers, on comprend que certains hauts gradés chez eux faisaient de même ! Cet objet, représentant la Déesse des Origines, procurait force et protection. J’explique tout cela dans Corpus Deae.

Tu soulignes aussi le rôle du docteur byzantin Michel Psellos comme étant à l’origine de l’ésotérisme templier. C’est lui, et la Société des Frères d’Orient qu’il avait fondée, qui transmirent aux Templiers leur connaissance en géométrie et en architecture. Est-ce, là aussi, au culte de la déesse (et aux mystères d’Isis) qu’il faut faire remonter la gnose de Psellos et des Frères d’Orient ?

C’est un fait avéré, connu des spécialistes : entre 1104 et 1107, Hugues de Champagne et Hugues de Payns firent un premier voyage à Constantinople (Istanbul). Sur place, ils établirent des contacts avec l’Académie de Byzance et la Société des Frères d’Orient fondée par Michel Psellos, ancien chambellan des empereurs byzantins de la seconde moitié du 11e siècle. Avant de se lancer en politique, Michel Psellos fit de longs séjours en Égypte et en Orient, acquérant des connaissances en théologie, histoire, philosophie, géométrie et médecine.

Parmi ses grandes réflexions, il y a celles sur la nature de la Vierge et du Saint-Esprit. Psellos créa une École des Lettres à Constantinople où il enseignait la science égyptienne, et les nombreux emprunts que Platon fit à l’Égypte ancienne. Il connaissait donc la gnose égyptienne. Il parla à ses élèves des rois d’Égypte, de Ninos le sage, d’Oannès à la peau de poisson qui accomplit en Babylonie une mission civilisatrice, des divinités égyptiennes, de la symbolique et de la magie en usage chez les prêtres d’Égypte… Psellos laissa aussi un recueil d’oracles babyloniens, dont certains attribués à Zoroastre. Plusieurs traités de Psellos sont d’ailleurs consacrés à la tradition babylonienne dont l’influence fut précoce dans le monde grec. Considérant que toute la sagesse hellénique avait des antécédents orientaux, il affirmait la supériorité de la sagesse égyptienne et babylonienne sur la pensée grecque…

Michel Psellos créa un Ordre !

Entre 1054 et 1057, au couvent de la Belle-Source (au mont Olympe), Michel Psellos s’entoura d’initiés pour exercer l’alchimie et mettre en pratique les connaissances acquises en Égypte et en Mésopotamie. L’Ordre ainsi créé fut une fraternité de bâtisseurs et d’architectes, une organisation initiatique dont l’activité s’étendit des rives du Bosphore à celles du Nil. Or nous savons que les Templiers enrôlèrent certains d’entre eux lorsqu’ils édifièrent leurs châteaux, leurs villes fortifiées ou leurs églises en Terre sainte. Et si les Templiers connurent l’école de Psellos, alors ils connurent l’histoire de Meri (« bien-aimée » en égyptien), Isis, et de sa sœur Meri Miktal (la « bien-aimée de la Tour »), à savoir Nephtys, la Marie-Madeleine égyptienne, maîtresse du sauveur Horus, lui-même dénommé le Mesi (« fait à la ressemblance [de Dieu] » en égyptien). 

Tu signales aussi un événement fondamental et méconnu : la mort d’Isis, décapitée par Horus. Quelles furent les principales conséquences de ce drame ?

Oui, cet épisode méconnu de la mort d’Isis est relaté dans plusieurs documents : dans le papyrus égyptien Sallier IV (19e dynastie, vers 1225 av. J.-C.) ou dans un texte du règne de Ramsès V (20e dynastie, vers 1160 av. J.-C.). Le papyrus Jumilhac (fin de l’époque ptolémaïque) et le papyrus grec Chester Beatty I (copie chrétienne, 3e et 4e siècles de notre ère) l’évoquent également. Plutarque en parle aussi dans son Isis et Osiris.

Dans tous les cas, Isis meurt décapitée par son fils Horus lors d’une bataille entre ce dernier et son rival Seth. Les conséquences directes ou indirectes de ce drame nous amènent aux épisodes de la Passion et de la Résurrection d’Horus, fils de Dieu. Dans Corpus Deae, je commente les versions sumériennes et akkadiennes de cet épisode où le dieu solaire se retrouve sous la forme de Bel-Marduk (le « maître des lois »). Les versions égyptienne et mésopotamienne semblent raconter le même événement où, de façon identique, le héros tue une déesse — la Déesse-Mère en personne — et doit alors subir l’humiliation, la mort rituelle et la résurrection pour connaître l’absolution. Dans les deux cas, le héros — Horus ou Marduk — est pleuré, secouru et soigné par sa maîtresse, elle-même sœur ou jumelle de la Déesse-Mère décapitée. Il s’agit de Nephtys en Égypte et d’Inanna-Ištar en Mésopotamie.

Que révèle ton étude ?

Mon étude révèle et illustre la similitude entre ces événements et ces personnages. Les textes sur argile babyloniens vont jusqu’à préciser que la maîtresse et le fils solaire ressuscité s’unissent en pratiquant le hieros gamos (mariage sacré). Le héros est invité à partager l’énergie vitale de la déesse dans le lit nuptial sacré où il obtenait l’immortalité et devenait ainsi le « Taureau du Ciel ». À l’issue du rituel, l’homme était l’époux de la déesse et portait la fonction royale. On trouvera le même rituel à Babylone, lors du 10e jour de la fête de l’Akitu, où, chaque nouvelle année, le roi prenait la place de Marduk et s’unissait à une prêtresse de haut rang, image d’Inanna-Ištar, afin de recevoir protection et prospérité pour l’année nouvelle. Il n’y a qu’à regarder : la coupe de Nephtys-Ištar s’identifie au vase de parfum de Marie la pécheresse (dite Marie de Béthanie), Marie-Madeleine.

Véritable porteuse du Graal primitif, Madeleine incarne un personnage composite, assemblé à partir de récits orientaux bien plus anciens, où domine cependant la figure d’Inanna-Ištar. On imagine dès lors la réaction des Templiers en découvrant ces différentes traditions… Que devint Jésus-Christ dans leur esprit après la découverte de la Passion et de la Résurrection d’Horus-Bel-Marduk ? C’est toute la relation des Templiers avec Marie qui dut aussi être bouleversée : leur relation à Marie, mère de Jésus, et donc au Christ lui-même, ainsi que son identité véritable… Ainsi s’expliquent, chez les Templiers, le crachat sur le crucifix et le reniement du Crucifié, attestés dans certains de leurs rituels. [Attitude identique à celle des Cathares, scandalisés par le culte catholique de cette croix d’infamie.]

Malgré cette assimilation entre Isis et Nephtys, peux-tu, Anton Parks, nous dire ce qui distingue ces deux personnages, et ce qui les rapproche ?

Anton Parks : Tous les aspects les plus profonds de la gnose relèvent du principe féminin incarné par les deux faces d’une même énergie présente depuis la nuit des temps : Marie (Isis) et Marie-Madeleine (Nephtys-Ištar). Marie et Marie-Madeleine forment un duo de saintes particulièrement vénérées par les Templiers. Je raconte, au début de mes Chroniques du Ğírkù (Le Livre de Nuréa), que cette énergie féminine primordiale — le principe Yin, si l’on veut — assemble Pištéš (Pistis en grec : Foi) et Šuhia (Sophia en grec : Sagesse), que l’on retrouvera sous la forme de Pistis Sophia dans les textes gnostiques d’Égypte : la Divine Sagesse, la Mère des Origines, seule apte à opérer le Salut. [C’est elle que les Romains ont appelé Saint-Esprit dans leur trinité Père-Fils-Saint-Esprit.]

A la mort d’Isis, Nephtys doit prendre les fonctions de sa sœur sous la forme de la déesse Hathor, image que se partageaient de toute façon les deux déesses. Hut-Heru (Hathor en égyptien) — qui évoque assez le mot « utérus » — veut dire « demeure d’Horus ». Isis enfanta Horus et Nephtys devint sa nourrice et sa maîtresse. Ces deux personnages ne s’appréciaient pas du tout… Seule apaisait leur rivalité l’idée d’assurer la protection du futur roi Horus.

Les Templiers ne connurent sans doute pas cette dualité entre Isis et Nephtys : ils s’attachèrent plutôt à la puissance symbolique du talisman de la Déesse-Mère Hathor. Le concept même du Baphomet égyptien réside en cette protection de l’élu guidé par la Sagesse de l’Esprit. Les hauts gradés templiers reprirent sans doute ce concept millénaire afin de se préserver des « ennemis de la Lumière », comme le faisaient bien avant eux les pharaons et hommes de lois de l’Égypte ancienne !


Évolution de l’idéogramme sumérien qui donna Dingir, « Dieu ». On a donc une croix à huit branches qui finit par évoquer un D.


Anton Parks, c‘est la première fois que tu viens dans le Razès et à Bugarach. Comme tu le sais, les mystères locaux incluent la présence extraterrestre, le mont Bugarach ayant même la réputation, en plus d’être un fameux « garage à ovnis », d’avoir été le véritable mont Sinaï. Que penses-tu de cette réputation ?

Très franchement, je ne sais pas ! J’ai seulement entendu parler de Bugarach à partir de 2010-2012, quand il était question du calendrier maya, de la « fin du monde » et de cette montagne comme refuge… Je connais plutôt Bugarach pour sa proximité avec Rennes-le-Château. Il est question de souterrains, de bases secrètes, dans la région. Quant à l’assimilation du mont Bugarach avec celui du Sinaï, je n’étais pas au courant non plus. Il paraîtrait que l’armée survole régulièrement le mont, à défaut de posséder des bases dans le coin… Si les militaires sont présents, tout est possible. C’est aussi pourquoi je me fais une joie de participer à cette deuxième édition du festival Paratge de Bugarach !

23 juin 2018, màj 06 aout 2019, Alexandre Rougé ©

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