PAUL ROUELLE UNE HISTOIRE D’APOCALYPSE

La rédaction a rencontré longuement Monsieur Paul Rouelle à la suite de la publication de son livre-magazine “Rennes-le-Château, Une Histoire d’Apocalypse”, numéro spécial été du magazine Top Secret. Le directeur de Top Secret, Roch Saüquere, propose une nouvelle collection de livres au format d’un magazine avec de nombreuses illustrations! Et tout cela pour… 9 euros ! Ce premier numéro est un coup de maître : clarté, lisibilité, qualité de l’iconographie tout au long des 80 pages. Le choix du sujet était périlleux, Rennes-le-Château, sujet ressassé et servi à toutes les sauces au gré du goût des convives. Dès lors, l’auteur était prépondérant pour ce lancement. Roch Saüquere a choisi Paul Rouelle ; il le définit comme “un homme discret et complexe, personnalité d’exception et d’une grande érudition”. Cet esprit humaniste et opiniâtre nous a relaté sa découverte de l’affaire et de la région, ses premières recherches, ses coups de coeur et de gueule, en bref sa passion. Il ne fut point avare de révélations et de conseils !

Interview de Paul Rouelle

Gazette de Rennes-le-Château : Monsieur Rouelle, pourriez-vous vous présenter aux internautes ?
Paul Rouelle : J’ai exercé une profession scientifique, j’apprécie de découvrir le dessous des cartes et d’appréhender des domaines différents. Je suis passionné par les recherches et leur diversité ! Ah oui ! je suis Liégeois, ce qui dans l’affaire de Rennes-le-Château n’est pas négligeable.

Gazette de RLC : Comment avez-vous découvert Rennes-le-Château et l’histoire de l’abbé Saunière ?
Paul Rouelle : Comme beaucoup, j’ai lu en vacances “Le Trésor maudit de Rennes-le-Château” de Gérard de Sède, ou plutôt je l’ai dévoré. Des Saintes-Maries, je me suis rendu à Rennes-le-Château et j’ai été conquis immédiatement. J’ai constaté que Gérard de Sède ne disait pas tout ou était imprécis. J’y suis revenu l’année suivante, en 1970. Depuis, j’y suis allé 59 fois !

Gazette de RLC : Certains entrent en religion, peut-on dire que vous êtes entré en Rhedaesie ? Vous avez cherché seul et tous azimuts. Vous êtes retourné sur les bancs de l’université pour les besoins de vos recherches. Quelles furent les étapes de ce parcours ?

Station 3 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza – © Paul Rouelle

Paul Rouelle : J’ai repris effectivement le chemin de l’université pendant deux années et demie pour suivre des études d’hébreu biblique, je lis l’occitan et je le parle un peu ; j’ai de bonnes connaissances dans les domaines de l’héraldique, du symbolisme, de la guématrie, etc. Ma bibliothèque est riche de 2800 livres. Mais je ne suis d’aucune obédience et, en cela, j’assume ma solitude. La chance m’aida également le jour où Henri Buthion, propriétaire du domaine de l’abbé Saunière, me confondit avec une de ses connaissances et me révéla en cinq heures plus que ce que Gérard de Sède ne connaissait de l’affaire ! Il me montra des extraits des carnets de Saunière et des cartes postales prouvant ses voyages à Liège et dans les grandes villes françaises.
J’ai noué aussi des amitiés avec Philippe de Chérisey et Gérard de Sède, j’ai rencontré Pierre Plantard. J’ai élaboré des raisonnements différents des leurs et j’ai gratté car je suis tenace : Poussin, Delacroix, Gérard de Nerval, Bertholet Flémalle, etc.

Gazette de RLC : Vous avez bien connu Gérard de Sède dont vous avez été l’ami pendant 15 ans. Quel fut son rôle dans la divulgation de l’affaire et quelles furent ses relations avec Pierre Plantard et Philippe de Cherisey ?
Paul Rouelle : Ces trois personnes ont été manipulées par un groupe qui possède une façade connue, le Prieuré de Sion. Derrière celui-ci, se trouvent des personnes plus sérieuses et plus dangereuses… Philippe de Chérisey me l’a dit, Gérard de Sède me l’a avoué et Pierre Plantard l’a sous-entendu ! Pour en revenir à Gérard, il a cherché pendant 15 années mais ne paraissait pas croire en un arrière-plan dangereux.

Gazette de RLC : La vision de Gérard de Sède a évolué de « L’Or de Rennes » en 1967 en passant par « Rennes-le-Château – Le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses » en 1988. Les dernières années, il avait pris beaucoup de recul par rapport à l’affaire. Vous, son ami, comment interprétez-vous cette attitude ?
Paul Rouelle : J’entrevois trois possibilités : il fut énormément déçu d’avoir été manipulé ou il décida de ruer dans les brancards parce qu’il en avait assez de ce fait ou il céda aux pressions!

Gazette de RLC : Vous êtes Liégeois comme Philippe de Chérisey, vous l’avez côtoyé. Certains lui font jouer un rôle capital dans l’élaboration des parchemins publiés dans « L’Or de Rennes ». Selon vous, les a-t-il créés ou modifiés ?
Paul Rouelle : En fait, Philippe était français, mais vivait à Liège, comme de Sède le fera plus tard. Une sorte de passage obligé… ? Philippe fut mon ami trop tôt disparu et notre amitié se noua bien avant et en dehors de cette affaire. Il fut également l’ami de Pierre Plantard. Ils s’étaient connus à l’université et avaient fréquenté le même groupe littéraire des “Alpha Galates”. Philippe a prétendu avoir truqué les parchemins, mais je n’y crois pas. Il voulait noyer le poisson pour éviter les pressions.

Gazette de RLC : Comment avez-vous perçu Pierre Plantard, personnage central de cette affaire?
Paul Rouelle : J’avais pris un rendez-vous à Rennes-les-Bains parce qu’il s’y trouvait aussi. Je le comparerais à Louis XI, intelligent, futé, faisant tout pour se rendre insignifiant, mais plus sûr de lui qu’il n’y paraissait. Il fut un maillon entre le Prieuré de Sion et ce qui est derrière car, ce qui lui importait, c’étaient ses prétentions mérovingiennes.

Station 7 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza - Paul Rouelle
Station 7 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza © Paul Rouelle

Gazette de RLC : Quelle était l’ambiance dans la région de Rennes-le-Château au début des années 70 ?
Paul Rouelle : Il y avait peu de monde. On rencontrait des illuminés très sympathiques, des passionnés. On ne cherchait pas à nuire. Dans les années 80, cela s’est déterioré !

Gazette de RLC : Quelles furent vos premières recherches ?
Paul Rouelle : Dès mon premier séjour, j’ai listé tout ce qui était possible. J’ai photographié en noir et blanc, à l’infrarouge, j’ai réalisé des dias. J’ai constaté très vite que le chemin de croix et la chaire de vérité indiquaient deux trajets.

Gazette de RLC : Vous insistez sur l’importance de très bien connaître le terrain, de le quadriller, de visualiser les lieux-dits, etc. Sans cela pas de découverte possible ?
Paul Rouelle : Je nuancerai ! Découvrir la région permet de mieux comprendre l’énigme comme connaître l’occitan permet de décrypter les toponymes, mais cela s’arrête là car il n’y a plus rien à Rennes-le-Château…

Gazette de RLC : Vous avez mené des recherches fructueuses qui vous ont conduit au coeur du secret. Est-il constitué d’or, de documents, lié à la fin des temps ?
Paul Rouelle : D’or assurément ! Il provient de différentes sources.
D’abord du dépôt de familles nobles (Negri, Fleury, …) assemblé lors de la révolution française ; ensuite, de mines d’or et d’argent exploitées par les Templiers qui employaient des fondeurs allemands et suédois ; enfin, sans doute, du trésor du Temple de Salomon vu les signes de piste laissés par Nicolas Poussin dans ses peintures “Les Bergers d’Arcadie”, “La conquête de Jérusalem par l’empereur Titus”, etc.

Gazette de RLC : Venons-en à l’homme central de cette affaire, l’abbé Bérenger Saunière. Quelle fut sa véritable place ?
Paul Rouelle : Les curés des environs sont au courant du dépôt et s’en servent. Mais Saunière a déplacé le magot ! Le monastère de Prouilhe fut restauré grâce aux fonds de Saunière et Boudet via, sans doute, Monseigneur Billard. Vers 1911, Saunière a des ennuis financiers et entame une période de vache maigre. Cela me fait penser à une passe d’armes entre un maître-chanteur et ses “victimes” qui se rebellent quelques temps, puis cèdent de nouveau. Et, en 1917, Saunière accepte un devis de huit millions de francs de l’époque de l’entrepreneur Elie Bot pour le bâtiment ! Concernant le chantage, je m’interroge toujours sur la cause des décès de Saunière et Boudet …

Gazette de RLC : Bérenger Saunière a laissé des signes de piste dans son église. Vous nous conseillez entre autres de décrypter la chaire de vérité, les stations du chemin de croix, le bas-relief peint par lui. Pouvez-vous nous donner quelques indices ?
Paul Rouelle : Oh ! Pour cela, je renvoie les internautes à la lecture de mon livre !
Bon, deux exemples quand même. La première station, personne ne l’a jamais analysée…, j’insiste !
La 8ème station : on y voit un enfant quasi nu recouvert d’un tissu “écossais”… peint par Bérenger Saunière !

Station 8 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza - 
 © Paul Rouelle
Station 8 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza –
© Paul Rouelle

Gazette de RLC : De plus, ce codage serait en rapport avec le livre de l’abbé Henri Boudet de Rennes-les-Bains « La Vraie Langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains ». Quelles furent leurs relations ?
Paul Rouelle : Boudet est dans le secret avant Saunière. Devenus amis, Saunière est contacté via Boudet. Mais Bérenger fait cavalier seul…
Boudet rencontra Jean Orth à Axat et y mourut… empoissonné. Deux groupes étaient manifestement en présence !

Gazette de RLC : Vous évoquez dans votre livre l’existence d’un dépôt sacré millénaire placé sous la surveillance d’une société secrète, peut-être de prêtres. Cette société aurait perdu le trésor ! Elle aurait suscité les vocations en donnant des informations via la presse et les livres. Dès lors, nous en revenons au rôle joué par le trio Plantard, de Cherisey, de Sède !?
Paul Rouelle : Assurément !…
Disons que Plantard défend la thèse mérovingienne, de Cherisey, l’érudit, a beaucoup plus de recul par rapport à tout cela et de Sède, auteur de grande qualité, se rebelle dans son livre de 1988.

Gazette de RLC : Nous parlions de signes de piste au début de notre entretien et vous avez retrouvé de nombreuses allusions à notre énigme dans la littérature, la peinture et même la chanson. Pourriez-vous nous donner quelques exemples connus et moins connus (Christiane Rochefort, Alain Peyrefitte, Mallet-Joris, Delanoé-Sardou, Bertholet Flémalle,.)
Paul Rouelle : Oh ! C’est très vaste, je ne peux que renvoyer à mon livre !

Gazette de RLC : Vous avez déjà publié un premier livre « Court Circuit » en 1984, en collaboration avec Philippe de Cherisey.
Paul Rouelle : C’était surtout un aide-mémoire rédigé en 1983 et déposé en 1984. J’y analysais déjà la cathédrale Saint Paul de Liège, l’église de Moustiers Sainte Marie, j’y citais des poètes, etc. J’en ai d’ailleurs repris des extraits dans mon dernier livre !

Gazette de RLC : Vous présentez votre livre-magazine « Histoire d’Apocalypse » comme un ensemble de signes à suivre comme un jeu de piste. Vous apportez donc une nouvelle clé pour décrypter l’énigme ?
Paul Rouelle : Oui. Tout est cohérent de A à Z, dès le titre d’ailleurs qui fait référence à Saint Jean.

Gazette de RLC : Vous mettez en garde le chercheur contre certains risques. En avez-vous été victime ?
Paul Rouelle : Ma voiture a été sabotée, mon domicile et mon cabinet professionnel ont été cambriolés, on m’a tiré deux fois dessus, … J’ai donc décidé de publier pour avoir la paix !

Gazette de RLC : Quel est votre regard de chercheur sur l’affaire ?
Paul Rouelle : Tout le monde s’est fait mené en bateau avec un enthousiasme passionnant ce qui, d’une part, induit la puissance de ceux qui manipulent mais, d’autre part, ne les met pas à l’abri de gens qui ne tombent pas dans le premier piège connu !

Mise à jour 21 novembre 2019, 25 juin 2006, Johan Netchacovitch ©

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