Trois sources de financement des œuvres de l’abbé Saunière

Outre le trafic de messe révélé par certains, j’ai étudié comment les prêtres de cette époque cherchaient du financement pour leurs réalisations car Saunière n’a pas été le seul à construire en cette fin du 19e siècle.

Nulle part il n’y a eu de trésor mais des méthodes pour récupérer de l’argent ; ces systèmes ont pu avoir lieu déjà dans les siècles passés mais il a pris à ce moment-là de grandes proportions et s’est perpétué jusqu’à nos jours.

Aujourd’hui, pas un jour sans recevoir par courrier une sollicitation pour envoyer de l’argent à une ONG, une association, une fondation et, depuis la montée d’Internet, apparition de cagnottes ou de financement participatif.

Trois pistes furent utilisées par les religieux ou ordres religieux au 19e siècle :

  • Les Ames du Purgatoire
  • Les Souscriptions
  • L’œuvre de la Propagation de la Foi

Tout cela pouvait se faire à cette époque, dans un siècle où l’Eglise comptait beaucoup et représentait encore un pouvoir temporel et spirituel.

Financement de la tour Magdala grâce aux congrégations
Tour Magdala au-dessus des nuages – Johan Netchacovitch ©

Les Ames du Purgatoire dans le financement

Le culte des morts était très présent et beaucoup de personnes fortunées ou pas donnaient pour s’assurer d’un passage restreint au Purgatoire.

Ce lieu fut créé par l’Eglise au début du Moyen âge et connu de Dante dans sa Divine Comédie. Consacré au concile de Lyon au 13e siècle, il s’ajouta au Jugement dernier présent sur le portail des Cathédrales qui ne connaissait que le Paradis pour les justes à droite de Dieu, et l’Enfer pour les damnés à sa gauche.

Au départ, il fut créé 5 lieux différents : le Paradis, l’Enfer, le Purgatoire et deux limbes, lieux intermédiaires d’attente et de rédemption. Les Actes comptaient plus que la Grâce ; seul le limbe concernant les enfants morts-nés avant d’avoir reçus les sacrements du baptême fut conservé, celui concernant les pères morts avant la deuxième venue du Christ fut abandonné.

C’est ainsi que Delacroix décorera la Chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice à Paris qui correspond aux enfants mort-nés sans baptême ! Il y fera intervenir dans les fresques des Anges contre le Démon, contre Jacob et contre Héliodore.

Ainsi en donnant pour soi-même ou pour les autres, on pouvait matériellement se garantir un transfert plus rapide pour le Paradis à condition que le péché soit véniel et non capital ; des chapelles furent créées dans les églises et les fidèles pouvaient prier pour leur famille, leurs amis ou les hommes en général en donnant de l’argent dans les troncs pour des cierges, des messes pour les défunts… Cela fut organisé par beaucoup de curés comme Saunière pour maximiser les gains. Beaucoup localement étaient les confesseurs de riches personnes et, par la confession, ils pouvaient accélérer la décision de donner : qui n’avait pas un péché à se faire pardonner ? Ainsi les hommes d’Eglise, sans avoir de grands biens, pouvaient mettre en œuvre de fabuleuses réalisations avec les fonds reçus.

Prosper Mérimée en fera un roman « Les Ames du Purgatoire » en 1834 ce qui démontre l’intérêt du sujet à l’époque.

Les Souscriptions et le financement des constructions

Après la Révolution, de nombreux lieux de culte sont dévastés et nécessitent d’être construits, reconstruits ou rénovés…

Comme l’indique Mme Nadine-Josette Chaline dans son article « Les Constructions des églises paroissiales aux 19e et 20e siècles », voir https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1987_num_73_190_3396 !

« Point de construction sans souscription »

Il faut trouver de l’argent et les préfets recommandent à l’Eglise de trouver des fonds. L’Etat et les Communes peuvent être sollicités en partie mais ce qui va rapporter le plus est la souscription : cela peut aller jusqu’à 90 % de la somme pour une église évaluée à plus de 50000 frs or ; comme pour les Ames du Purgatoire, on joue sur la peur des adversaires de l’Eglise : Le communisme et la République. Les fidèles doivent donner pour se garantir leur lieu de culte même si cela est peu. Dans certains cas, c’est l’Etat qui organise même la souscription comme pour la construction du Sacré Cœur de Montmartre : les pauvres paient une pierre, une tuile, les riches une colonne, une chapelle… Localement, ce sont principalement les fabriques, les curés et les évêques qui sollicitent. Ces derniers, étant souvent confesseurs privés de personnes fortunées, détournent aussi à leur avantage des legs et des donations.

Voir l’article

Cela sera reproché à Monseigneur Billard pour le Monastère de Prouilhe !

Saunière s’en justifiera, lui, dans son procès en disant qu’il ne peut citer ses donateurs sans porter préjudice à leur famille.

la foi justifie les moyens !

Financement de la vierge de Lourdes dans le jardin de Rennes-le-Château
Vierge de Lourdes – Johan Netchacovitch ©

L’œuvre de la Propagation de la Foi

Marie-Pauline Jaricot, née à Lyon le 22 juillet 1799 et décédée au même endroit le 9 janvier 1862, fonde en 1822 l’œuvre de la Propagation de la Foi à Lyon pour financer la mission de son frère jésuite en Chine Philéas Jaricot.

Le principe est de donner 1 sou par semaine et de trouver 10 donateurs. Ainsi on assiste à un flot d’argent continu qui va fonctionner telle la pyramide de Ponzi sans faire de redistribution aux donateurs. Celui qui est en haut capte des sommes fabuleuses sans faire grand-chose !

Cela remplace le financement ou mécénat des précédents siècles qui, aujourd’hui réalisé pour la culture, était orienté vers des actions liées aux missions de l’Eglise : création d’hôpitaux, d’écoles, d’orphelinats. Ainsi a-t-on vu aujourd’hui les dons affluer pour reconstruire Notre-Dame de Paris après son incendie.

Education et évangélisation du monde sont les deux axes qui vont drainer des fonds importants et susciter le développement d’ordres missionnaires dont le plus important sera celui de la rue du Bac : les Missions Etrangères issu des Lazaristes ce qui peut expliquer ensuite certaines choses liées à l’énigme du trésor de Rennes-le-Château.

On a pu parler du trésor des Congrégations avant la loi de 1905…

L’initiateur de ce mouvement de Mission sera un prêtre de Saint Sulpice Louis Dubourg qui en 1815 à la Nouvelle Orléans (la Nouvelle France) crée en Louisiane une association de bienfaisance. Il va consolider l’idée de Pauline Jaricot qui avait sollicité les ouvriers du textile de Lyon pour financer petitement mais régulièrement les Œuvres, et non plus grâce à un don important mais aléatoire d’un bourgeois ou d’un aristocrate.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières d’où naissent les fleuves, et le fleuve, c’est le pactole qui va couler pour l’Eglise.

D’autant qu’en 1840, le pape Grégoire XVI reconnait la Société comme une institution catholique universelle, ce qui donne un élan très important à ce mouvement et va faire de Lyon la principale place de financement des Missions et des actions de l’Eglise. En 1904, Pie X la recommande pour une charité universelle et, en 1922, Pie XI l’intègrera dans les Œuvres Pontificales.

Ainsi il ne faut pas s’étonner de voir l’abbé Saunière venir à Lyon rue des Maccabées au Séminaire Saint Irénée où se trouvait la tête de ce système de financement. De même, reçoit-il à Rennes-le-Château des Missionnaires et fait graver sur le pilier de la Vierge à l’extérieur de son Eglise « Mission 1891 ».

Saunière vient là de trouver un autre moyen de financer son œuvre créée à l’identique de Lourdes (1854) : un pèlerinage pour Marie-Madeleine, la sainte du lieu.

Saunière a réussi à faire venir beaucoup de monde à Rennes-le-Château, pas autant qu’à Lourdes mais c’est là le miracle, le trésor. Mais le vrai trésor n’est-il pas dans le cœur ? et non dans la poche !

7 juillet 2021, Johannus ©

Eglise sainte Marie-Madeleine de Rennes-le-Château qui aurait bien besoin d'un financement
Eglise sainte Marie-Madeleine de Rennes-le-Château qui aurait bien besoin d’un financement – Johan Netchacovitch ©


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1 Commentaire

  1. Il s’agit de trois sources de financement de l’abbé Saunière ! Il y en a d’autres…

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