Otto Rahn, Rudolf Rahn, Bérenger Saunière et quelques autres

Depuis plusieurs années, la Gazette de Rennes-le-Château vous informe des conférences organisées dans la région de Rennes-le-Château. Elle a parfois rendu compte de certaines. Paul Rouelle en donnait une à la “Table de l’abbé” de RLC ce vendredi 7 juillet sur les personnages principaux de l’affaire. Après avoir témoigné de ses relations avec Philippe de Cherisey, Gérard de Sède et Pierre Plantard, il aborda les investigations d’un chercheur méconnu des années 1931-45… Otto Rahn !
La rédaction avait interviewé Paul Rouelle lors de la publication du résultat de ses recherches dans le magazine “Top Secret”. Lire l’interview ! Elle remercie Monsieur Paul Rouelle pour le cadeau offert aux internautes !

Cette conférence sur Otto Rahn sera bientôt complétée par des informations récentes en aout 2021… A suivre donc !

Avant Otto Rahn, quelques mises au point

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je voudrais avant tout vous remercier pour le courage qui vous a poussés à venir si nombreux pour écouter un inconnu. Je veux, en particulier remercier chaleureusement Jean-Luc Robin pour sa sympathie et la qualité de son accueil.

J’aimerais dédier cet exposé à la mémoire de Christian Bernadac, qui fut un historien remarquable et un journaliste d’investigation exceptionnel.

Je me dois aussi de vous préciser que je n’ai – pour ma part – aucun contact privilégié avec l’au-delà. J’éviterai donc de faire parler les morts, surtout pour leur faire dire n’importe quoi après avoir survolé quelques bouquins sans en vérifier la valeur, en me targuant d’une quelconque autorité au bout d’une “enquête approfondie” pour asséner des vérités aussi définitives que superficielles et incomplètes. Je me contenterai de vous parler de gens que j’ai connus et fréquentés de leur vivant, ou dont j’ai pu vérifier soigneusement l’histoire par moi-même et au travers d’études réellement critiques faites par des gens passionnés, certes, mais scrupuleux.

Il est de bon ton, aujourd’hui, dans certains milieux intellectuels solidement relayés par les médias, de ne reculer devant rien pour ramener l’affaire de Rennes à une banale escroquerie de trafic de messes organisé par un curé astucieux mais malhonnête. Un exemple ? Le 3 juillet dernier, la télévision belge diffusait un téléfilm de FR3 auquel elle avait participé, intitulé “Le paradoxe du mythe de Rennes-le-Château”. Chiffres erronés, citations sorties de leur contexte, tronquées ou déformées. Et, bien entendu, pas le moindre argument en faveur d’une autre thèse que celle du trafic de messes. Un chef-d’oeuvre de désinformation. Les fabricants d’oeillères ont encore de bien beaux jours devant eux.

Il n’y a pas que la télévision, la presse et le net ne sont pas en retard. Je vous cite au hasard de mes lectures.

Pierre Plantard ? Un nasillon, un illuminé fascisant ! C’est un peu lâche, maintenant qu’il n’est plus là pour se défendre. J’ai rencontré Pierre Plantard et, même si je n’ai jamais marché dans ses utopies politico-christo-mérovingiennes, je n’ai jamais su éprouver d’antipathie pour ce bonhomme.

Gérard de Sède ? Un pisse-copie trotskyste à l’affut de n’importe quelle fumisterie pour autant qu’elle rapporte ! J’ai partagé quinze ans de sympathie avec Gérard de Sède, sympathie souvent houleuse, parfois orageuse, mais toujours renouvelée. J’ai même illustré certains de ses écrits, notamment celui où il se moquait de la “Race Fabuleuse”.

Philippe de Chérisey ? Un intellectuel décavé, un aristocrate décadent, l’âme damnée de Plantard, le moteur de cette histoire. Et pas seulement sur le net, mais dans une revue réputée sérieuse, sous la plume d’une personne dont l’autorité compense l’ignorance. J’ai très bien connu Philippe avec lequel j’ai partagé plus de vingt ans de profonde amitié, une amitié sincère née par hasard en dehors de tout ceci, et je peux vous dire que les termes que je viens de citer me font mal.

Quant à moi. Faites une petite recherche sur mon nom via le site de Wikipedia, vous verrez comment on crée une légende. “Plantard prit tout cela très au sérieux; mais un schisme se développa entre les deux hommes quand Chérisey dans le milieu des années 80 commença à collaborer avec Paul Rouelle sur un nouveau projet qui aurait intégré les principaux concepts du “Prieuré”.”

Je suis enchanté de l’apprendre.

L’histoire de Paul Rouelle par lui-même

Et si nous restions plutôt dans le domaine du raisonnable ? Et si je me contentais tout simplement de vous raconter ma propre histoire ? Vous me croirez ou non, vous en retiendrez ce que vous voulez, mais vous constaterez au moins que je n’insulte personne.

C’était en 1969, nous étions en vacances, mon Epouse et moi, et nous venions de lire “L’Or de Rennes”. Le livre nous avait plu et nous avions décidé de faire un détour pour nous rendre compte sur place. Il n’était pas requis d’être spécialement futé pour constater que de Sède ne disait pas tout, pas plus que la charmante jeune personne qui nous avait servi de guide locale. Il n’en fallait pas plus pour allumer franchement notre curiosité.

Sitôt remontés en Belgique, j’en parlai à un ami médecin qui s’enflamma aussi facilement que moi, et ce fut le début d’une aventure dans laquelle nous nous sommes jetés – à l’époque – comme deux jeunes chiens fous qui ont flairé l’odeur d’un nonosse particulièrement appétissant. S’en suivirent deux “descentes” à Rennes dans des conditions parfois rocambolesques, et surtout plus de 1.200 diapositives censées nous éviter de tracer près de 3.000 km chaque fois que nous voudrions vérifier sur place. S’en suivit également une véritable razzia sur tous les bouquins traitant de près ou de loin à tout ce qui nous paraissait toucher à cette affaire : histoire générale et locale, héraldique, Franc-Maçonnerie, symbolique, et j’en passe, et pas nécessairement de meilleurs.

En plus, nous étions tombés amoureux de la région, de sorte que les “descentes” se succédèrent. Cinquante-neuf en vingt ans. Je crois que nous tenons une sorte de record.

Entretemps, j’avais pris mon courage à deux mains et mon stylo dans la main droite, comme aurait dit Ponson du Terrail, et j’avais écrit à Gérard de Sède pour lui poser quelques questions. Surprise : il répondit ! Il me confia même son numéro de téléphone privé afin d’échanger plus facilement nos informations. Bref, de fil en aiguille et après un rendez-vous manqué à Alet, nous nous sommes retrouvés chez lui, à Paris, en train de lui montrer nos diapositives et d’en faire l’analyse. Il faut savoir que quand Gérard de Sède était sur des charbons ardents, il se rongeait les ongles. Quand nous l’avons quitté, il n’en avait plus. Et le pire, c’est que nous n’avions pas compris pourquoi, car – bien entendu – tout ce que nous lui avions appris, il le savait depuis longtemps.

Il nous retint quand même au moment de reprendre la route.

• Au fait, vous êtes Liégeois. Il y a quelqu’un à Liège que vous devriez rencontrer, qui connaît fort bien cette histoire. Je vous enverrai son adresse, c’est le Marquis Philippe de Chérisey.

• Philippe de Chérisey ? Mais c’est un de mes patients !

Hé oui, il y a de ces coïncidences, dans la vie ! Et il y en a eu bien d’autres dans notre aventure, à tel point que je comprendrais fort bien votre incrédulité, et que je la partagerais si j’étais à votre place. Tant pis ! Nous n’y sommes pour rien si elles sont authentiques et si nous ne les avons pas sollicitées.

Environ un an avant l’épisode que je viens de vous conter, j’avais effectivement fait connaissance par hasard d’un personnage assez extraordinaire. J’étais chirurgien-dentiste, il souffrait d’une rage de dents, il avait pris rendez-vous. C’était un garçon mince et de haute taille, aux favoris grisonnants, au regard vif et malicieux, qui marchait légèrement voûté comme l’éternel étudiant qu’il semblait être. J’étais certain de l’avoir déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à le situer. Il me déclina son identité au moment de remplir sa fiche-patient : “Philippe de Chérisey, mais il arrive que l’on me connaisse sous le pseudonyme d’Amédée”.

Là, j’y étais: “Jeux interdits”, “L’Eternel Retour”, “La Chambre Rouge”, “Porte des Lilas”.

• C’est bien vous qui faites du cinéma ?

• Disons que j’en fais un peu à tout le monde, et que le cinéma joue parfois de moi.

La sympathie réciproque est née durant les séances de soins pour se muer en amitié au bout de quelques mois durant lesquels, entre deux instruments de torture dont je garnissais sa bouche, il me racontait son métier d’acteur, ses anecdotes de tournage, ses passions pour certains auteurs, ses canulars avec Francis Blanche ou Pierre Selmas. Pour une fois, c’était moi qui me taisais : je m’amusais bien trop à l’écouter. Puis ce fut la rencontre avec de Sède. Je m’arrangeai pour recevoir Philippe en fin de consultation et je laissai négligemment traîner un exemplaire de L’or de Rennes sur mon bureau. Une heure plus tard, nous étions attablés devant un cassoulet succulent – si, même à Liège ! – et nous discutions à perte de vue.

Tout ceci peut vous paraître fort anecdotique et même en dehors du sujet. Pour ma part, j’imagine que cela peut éclairer ces personnages autrement que par des insultes d’autant plus méprisables que les intéressés ne sont plus là pour se défendre.

Pierre Plantard, comme je l’ai connu, était un être. je ne dirai pas bizarre, mais partiellement insaisissable. Un homme qui savait ne vous montrer qu’une facette de lui-même à la fois, et qui savait choisir cette facette en fonction de l’interlocuteur. Il serait vain de nier ses sympathies politiques pour l’extrême-droite, encore que sa collaboration avec un écrivain d’extrême-gauche puisse laisser rêveur. Avec d’autres arguments que ceux de L’Enigme Sacrée, je pense pouvoir vous montrer que Plantard n’était peut-être pas exactement celui que l’on décrit aujourd’hui, nous y reviendrons. Quant à ses visées dynastiques, je pense qu’il aurait pu aller un peu plus souvent à messe, histoire de rendre hommage à son ancêtre.

Gérard de Sède était à gauche de la gauche et ne s’en cachait pas, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir la plume agréable et d’être un excellent journaliste. Mais ce n’était pas un enquêteur de terrain. Il rencontrait, il questionnait, il comparait. mais il n’allait jamais voir sur place autre chose que ce qu’on lui montrait. Et pourtant, à sa manière, c’était un type bien. Malheureusement, sa compagne de l’époque fit progressivement le vide autour de lui et cassa les ponts entre ses amis et lui. Moi aussi, je me suis fait vider.

Philippe, lui, au premier abord, c’était bien l’éternel étudiant attardé dans un monde de fourmis mécanisées. Au second abord, c’était un garçon d’une érudition et d’une culture impressionnantes. De plus près encore, il était doté d’un sens de l’humour hypertrophié. Pour moi, qui l’ai connu au point de partager ses fous-rires et parfois ses colères, c’était un grand bonhomme.

Quoi qu’il en soit, de descentes à Rennes en soirées avec Philippe en passant par des rencontres avec de Sède et d’autres, mon ami toubib et moi commencions à nous faire une curieuse idée de l’aventure de François Bérenger Saunière.

Je ne vais pas vous faire l’injure de vous rappeler les différentes hypothèses à propos de l’origine du trésor trouvé par l’abbé. Beaucoup d’entre vous les connaissent mieux que moi et les autres peuvent se documenter utilement dans la flopée de livres disponibles à quelques pas d’ici, à l’Atelier Empreinte.

Cathares et trésor spirituel

Il en est pourtant un, de trésor, qui retient mon attention: le trésor du Desdichado. Fils de Ferdinand de Castille, le “Déchu” était aussi surnommé “l’Infant de la Cerda”, l’enfant de la truie, ce qui n’était pas précisément flatteur pour sa moman, Blanche de France, fille de Louis IX. Il était donc l’héritier de la couronne du royaume d’Aragon, qu’il refusa à la suite d’un méchant imbroglio politique, non pas pour un plat de lentilles comme telle andouille biblique l’avait fait avec son droit d’aînesse, mais bien pour une solide provision d’espèces sonnantes et trébuchantes. Il s’était établi à Lunel, et l’un des convois qui devaient lui apporter ses maravédis ne lui parvint jamais, détourné, selon les mauvaises langues, par Paul de Voisins, seigneur de Rennes-le-Château.

Pourquoi ce trésor plutôt qu’un autre ? Parce qu’il m’a amené à lire attentivement, très attentivement le sonnet de Gérard de Nerval, “El Desdichado”. Lisez-le aussi. Relisez-le. Ou alors, procurez-vous le numéro 14 du magazine Top Secret : tout y est expliqué.

En quelques mots : “Je suis le Ténébreux – le Veuf – l’Inconsolé”. Souvenez-vous de ce que les Parfaits Cathares, à quelques exceptions près, étaient vêtus de noir. Le Ténébreux. Souvenez-vous de ce que la dame idéale par laquelle les Cathares symbolisaient leur église, cette dame est morte. Le Veuf. Souvenez-vous encore de ce que le Consolamentum ne peut plus être administré. L’Inconsolé. Examinez bien le reste, et surtout ces vers extraordinaires:

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine,

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène.

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron:

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

• Holà, me direz-vous ! C’est un peu court : passer ainsi du trésor du Desdichado à celui des Cathares !

Oui, c’est court, et c’est même assez stupide d’envisager un trésor détenu par des gens qui se jetaient dans les bûchers de l’Inquisition pour respecter leur foi et leur idéal de pauvreté.

Quoique.

S’il est probable que, comme le dit justement René Descadeillas, Saunière n’a trouvé qu’un magot, qui vous dit qu’il n’a rien trouvé d’autre ? Un trésor documentaire, par exemple ? Un ensemble d’écrits capable de mettre le feu non plus aux bûchers, mais à l’Inquisition elle-même ?

En fait, voici notre idée telle qu’elle commençait à s’imposer. Je vais essayer d’être clair mais bref.

Il y eut deux évasions lors des derniers moments du siège de Montségur, à quelques semaines d’intervalle. A nos yeux, les premiers fuyards allaient préparer la mise à l’abri de ce que les suivants – Hugo, Poitevin et Amiel Aicard – allaient tenter de soustraire aux Dominicains. Les évasions réussirent et la légende veut aujourd’hui que les fuyards s’éloignèrent plein sud via les Gorges de la Frau vers le château de Montréal de Sos, où l’on trouvait encore naguère des peintures curieuses dont on n’a jamais su si elles étaient authentiques.

Il y a d’autres Gorges de la Frau, quelque part sur cette ligne est-ouest qui relie virtuellement le Bugarach à Montségur, pas loin d’Arques. Et ça ne m’étonnerait nullement que ces fameux feux qui s’allumèrent à l’horizon pour signaler aux assiégés la réussite de la mission, que ces feux aient brûlé sur le plateau de Saint-Salvayre, d’où ils étaient parfaitement visibles de Montségur. Et bien plus symboliques.

Le tout serait de savoir ce que ce qui a bien pu motiver les risques pris par les fuyards. En effet, s’ils avaient été capturés, la trêve était rompue et tout le monde passait au bûcher, y compris les défenseurs chrétiens auxquels les Dominicains avaient promis la vie sauve et la liberté s’ils faisaient preuve de leur foi.

Un trésor pécuniaire, je vous l’ai dit, je n’y crois pas. Je préfère vous lire ces quelques lignes écrites par Fernand Niel : “Il nous plaît de croire que les fugitifs ne sauvèrent pas un trésor matériel : celui-ci, – s’il avait jamais existé – n’avait-il pas déjà été évacué deux mois plus tôt par Mattheus et Pierre Bonnet ? Il s’agissait cette fois, croyons-nous, d’objets plus précieux, d’un trésor spirituel, peut-être de parchemins sur lesquels étaient écrits les secrets d’une religion qui empêchait ses adeptes de craindre la mort par le feu.”

Je partage entièrement cette opinion de Fernand Niel.

Mais revenons-en à notre hypothèse, dont je tiens à répéter – à clamer – qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. Pour l’instant.

Imaginons donc ce trésor, que j’appellerai dorénavant “document”, imaginons-le arrivé dans la région de Rennes et dissimulé quelque part dans un paysage qui accueillerait bientôt des dépôts de famille nobles fuyant la tourmente révolutionnaire. Imaginons un groupe de cathares survivant, ou même de sympathisants chrétiens, organisant la surveillance et la sécurisation de l’endroit en attendant des jours meilleurs. Fumisterie ? Bien sûr. Lisez quand même l’analyse de la Canço de lo Boye dans le magazine que je vous ai cité plus tôt.

Continuons quand même à imaginer.

Petit à petit, avec le temps, peut-être même inconsciemment, ces volontaires discrets s’astreignant à la garde du secret se constituent en société un peu à la manière des loges de compagnons et finissent par accepter dans leurs rangs des personnalités de la noblesse. C’est l’époque où Paul-Urbain de Fleury fonde la première loge du rite Ecossais à Limoux. On en arrive même à obtenir la complicité de certains curés, moyennant rétribution adéquate par les familles nobles qui se prévalent de détenir le secret ou qui veulent l’obtenir.

Mais aucun secret n’est jamais totalement hermétique. D’ailleurs, comme disait Alphonse Allais, l’importance d’un secret se mesure au nombre de ceux qui le partagent. Des indications filtrèrent, des légendes se créèrent, se dorèrent, tant et si bien que la société en question finit par s’émouvoir du nombre croissant de curieux rôdant aux alentours de la cachette. Il fallait réagir.

Bérenger Saunière entre dans la danse

On décida donc de chercher un curé fiable, que l’on ferait nommer à Rennes-le-Château et que l’on chargerait de déplacer le document pour le mettre en lieu plus sûr, moyennant quoi, il pourrait puiser raisonnablement dans l’argenterie des autres dépôts. Ce fut Saunière.

Malheureusement pour ses commanditaires, François Bérenger Saunière n’était pas inculte. Il se rendit compte de la valeur des documents qu’on lui avait fait découvrir. Il les plaça effectivement dans un lieu parfaitement sûr, mais connu de lui seul et peut-être de Marie Denarnaud, ensuite de quoi, il prévint les dits commanditaires qu’il était hors de question de se contenter des petites cuillères et qu’il allait leur falloir être bien sages, sinon il perdrait la mémoire.

Je rappelle que ceci n’est qu’une hypothèse et qu’il est possible d’en défendre d’autres, notamment celle d’une découverte réellement fortuite ; mais celle-ci me séduit beaucoup à propos de cette fameuse société que j’ai postulée plus haut. Dès que vous aurez l’occasion, examinez bien la huitième station de l’église et demandez-vous pourquoi l’enfant présenté au Christ est entouré d’une écharpe de tissu écossais, à côté d’une femme en noir baisant le genou de Jésus. Y aurait-il quelque part quelque chose comme un Fils de la Veuve au rite Ecossais ? Sachez, pour faire bonne mesure, qu’il existait encore naguère à Liège un énorme panneau publicitaire lumineux représentant une scène similaire qui se lisait comme un rébus “L’Homme essentiel défend les Fils de la Veuve contre la chute du siège de Pierre”. Le sigle de la société en question était P.S.

Otto Rahn sur la piste du trésor de Saunière grâce à la station 8 du chemin de croix de l'église de Rennes-le-Château
Station 8 des chemins de croix des églises de Rennes-le-Château et de Couiza –
© Paul Rouelle

Bref, nous étions de plus en plus persuadés que la fortune de Saunière provenait d’un., je ne dirai pas chantage, le mot est trop vilain. Plutôt d’une négociation. Quelque chose comme : “Vous me versez une rente mensuelle à vie et vous trouverez la solution dans mon testament. A prendre ou à laisser”.

Ce n’est encore une fois qu’une conjecture, mais, à mon sens, elle a le mérite d’expliquer assez bien certaines choses, notamment le fait que Saunière payait ses factures par mensualités. Cela expliquerait assez bien aussi la période creuse que connut le curé vers 1911, qui ressemble étonnamment à une passe d’arme avec ses commanditaires, refusant de continuer à payer indéfiniment, par exemple. Ou encore lui refusant une “augmentation de salaire”, comme on dit dans certains milieux ; voire en refusant de financer sa dernière utopie en date, celle qui comportait la construction d’une tour bibliothèque.

Tout me porte à croire que Saunière finit par gagner son bras-de-fer, puis qu’il en signa le devis quelques temps plus tard, un peu avant de mourir. Ses commanditaires avaient-ils pris le risque de perdre le document ? Pourquoi pas, puisqu’ils savaient pertinemment que le curé avait laissé des indications dans son église ?

Pour ma part, je n’en sais rien et je vous confirme encore une fois que tout ceci n’est que spéculation, même si le faisceau de probabilités devient surprenant. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que si les commanditaires en question se sont fiés aux astuces disposées par Saunière dans son chemin de croix, notamment, ils se sont douloureusement fourré le doigt dans l’oeil. Si, au bout de longues nuits d’étude, de recherches besogneuses et de quelques boîtes de paracétamol, vous parvenez à découvrir l’endroit, votre déception sera la même. L’itinéraire donné par le chemin de croix est exact, il mène bien à l’endroit où Saunière a trouvé ses documents, oui, mais il ne dit rigoureusement rien de l’endroit où il les a déplacés.

Là-bas, quelque part du côté de cette tête de lièvre dont Plantard, de Sède et Chérisey s’étaient si bien moqués en croyant en faire un canular, il n’y a plus rien. Rien de rien. Mais je ne regrette rien.

• Bien, admettons ! me direz-vous l’oeil goguenard. Mais alors, où se trouve actuellement ce fameux document ?

Patience ! Patience. Je vais peut-être y venir. Si vous êtes bien sages.

Un faux édifiant

Je vous ai parlé jusqu’ici des intervenants principaux de cette histoire. Je crois que c’est le moment de tordre le cou à un canard boiteux et d’introduire par la même occasion le personnage que je n’ai pas encore cité.

Un document circule depuis un certain temps sur le net, document en forme de lettre qui me met en cause et dont certains font déjà leurs choux gras. Permettez-moi de vous la lire avant de vous dire ce que j’en pense.

Lettre de Philippe de Chérisey à Pierre Plantard qui permet d'introduire la piste d'Otto Rahn

[Note : J’ai volontairement supprimé les adresses des intéressés. Ce n’est pas à moi, mais à leurs ayant-droits qu’il appartient de les publier s’ils le jugent utile.]

Ce document est un faux, et même un faux grossier, de toute façon malveillant.

• Ce document est apparu après le décès de Plantard et de Chérisey, qui n’ont évidemment pas pu en contester la validité. Et, pour ma part, je trouve plutôt malsain de publier une correspondance privée sans l’accord des personnes concernées.

• Je possède une correspondance avec Philippe de plusieurs dizaines de lettres dactylographiées, mais aucune comportant des fautes de frappe, et moins encore de fautes d’orthographe.

• Philippe avait bien trop d’humour pour adopter ce ton presque pleurnichard ; de plus, cette façon d’évoquer des faits et des dates parfaitement connus de Plantard me semble bien plus une manière de les mettre à la portée des curieux que de les faire valoir à l’interlocuteur.

• La signature de Philippe a été transposée sur le texte, peut-être simplement par copié-collé.

• J’avais appris avec un certain amusement – stupéfait – que j’étais le complice de Philippe pour la création d’une sorte d’avatar du Prieuré. Je constate ici que je faisais partie de l’original et que je m’en suis fait virer.

Et là, ça ne m’amuse plus du tout ! Je crois que si j’en avais fait partie, j’en aurais été le premier averti, non ? Et peut-être même bien que j’aurais été mis au courant de mon éviction ?

Ce torchon est une façon malsaine de prêcher le faux pour savoir le vrai. Eh bien, le vrai, le voici, et je crois que l’explication devrait intéresser Messieurs Lincoln et Baigent s’ils me font l’honneur d’être présent.

C’était l’époque où la compagne de Gérard de Sède faisait le vide autour de lui. Elle avait réussi à écarter Plantard, puis Philippe, puis moi et quelques autres. Cette situation créait une sorte d’ambigüité, de malaise diffus, qui amenait parfois les uns à se méfier des autres. Pourtant, avec Philippe, nous ne sommes jamais rien caché, ni de nos recherches, ni de nos déceptions, ni de nos enthousiasmes.

Un soir où je l’avais invité avec un autre ami, nous sommes restés jusque cinq heures et demie du matin à lui expliquer une théorie selon laquelle les crises financières mondiales, larvées ou non, se succédaient de 22 en 22 ans, qu’elles débutaient toujours fin octobre début novembre, et qu’elles partaient toutes d’une institution financière. dont Messieurs Lincoln, Baigent et Leigh sont allés interviewer un des plus hauts responsables pour de tout autres raisons.

Philippe est allé dormir quelques heures puis a pris le train pour Paris.

Ce soir-là était celui du 8 juillet 1984. Le 10, Pierre Plantard démissionnait de ses qualités de Grand Maître et de Membre du Prieuré de Sion. Quelques jours plus tard, Philippe et sa compagne étaient de nouveau chez nous, mais l’entrain n’était plus le même. Il était rêveur et fumait plus encore que d’habitude. Colette était muette, comme à l’accoutumée, mais mal dans sa peau. Nous ne savions comment ramener l’ambiance habituelle. Finalement, Philippe éclata en écrasant une cigarette à peine allumée.

• Quelle saloperie ! Nous sommes tous manipulés comme des pantins, dans cette histoire ! Plantard et moi comme les autres, et de Sède aussi. Et toi, mais tu n’en sais rien ! Et merde ! Je vais te dire : les manuscrits de Saunière, c’est moi qui les ai faits, et je vais t’expliquer comment !”

Il m’expliqua longuement, en détails, et commit une erreur dans son raisonnement. De sorte que je ne l’ai pas cru, mais j’en avais lourd pour lui.

Hé oui, d’une manière ou d’une autre, mais inconsciemment, nous étions bel et bien une des causes du schisme entre Plantard et Chérisey. Mais de là à me ficher à la porte d’un Prieuré où je n’ai jamais mis les pieds, faut quand même pas pousser !

Comment Otto Rahn entre dans la danse

Mais tout cela nous éloigne de ce personnage dont j’aimerais encore vous parler, et qui va peut-être vous permettre de mieux situer Pierre Plantard. Il y a quand même un fond de vrai dans la lettre que je vous ai lue. Le cercle des Alpha-Galates accueillait bel et bien un Allemand qui est cité une première fois sous le nom de Adolf von Molthe, et une seconde sous celui de von Xolthe. En réalité, il s’agissait de Hans-Adolf von Molkte , membre de l’Ambassade d’Allemagne à Paris, parent des Von Molkte du Cercle de Kreisau qui moururent pendus à des crochets de boucher après l’attentat contre Hitler, et qui finit lui-même assassiné en 1942 alors qu’il était Ambassadeur du Reich à Madrid et que, à l’insu de Berlin, il avait entamé des négociations de paix avec Allan Dulles. Ce qui n’en fait pas à mes yeux un nazi bien convaincu. Décidément, avant même de se confier à un trotskyste, Plantard avait de bien curieuses fréquentations.

Ce que la lettre ne dit pas, c’est que les Alpha-Galates recevaient aussi parfois des amis de von Molkte. Notamment un jeune écrivain et diplomate maurassien sympathisant de l’Action Française, un garçon originaire du Sud-Ouest, d’Alet, très précisément. Un certain Roger Peyrefitte. Lisez “Les Ambassades” et “La fin des Ambassades”, vous identifierez facilement certains personnages.

Ce qu’elle ne dit pas non plus, c’est que von Molkte amenait parfois un des ses secrétaires, qui avait la particularité curieuse bien qu’évidente de n’être pas ailleurs quand il était là. Et c’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille.

Bon, je vous vois un tantinet pantois et je m’explique.

Ce Monsieur s’appelait Rahn, Rudolf Rahn. Et, bizarrement, quand il était absent de Paris – où il ne faisait alors que de brefs séjours – apparaissait dans les Pyrénées un certain Rahn, Otto Rahn, un jeune écrivaillon allemand passionné par le catharisme au point de devenir le bras droit d’Antonin Gadal dans ses recherche au sein des grottes de Lombrives, Ussat et Ornolac. Un garçon qui disparaissait parfois en voiture pendant plusieurs jours sans que l’on sût jamais où il allait. Un garçon qui était toujours chaperonné par un certain Nat Wolff, un peintre américain qui parlait français avec l’accent teuton, que tout le monde appelait Karl et qui ne connaissait pas le moindre mot d’anglais. Je me suis évidemment mis à chercher tout ce que je pouvais trouver sur ces différents personnages, et question de pain sur la planche, j’avais toute une boulangerie à ma disposition.

J’épluchai les romans de Peyrefitte, je me forçai même à lire “La croisade contre le Graal” et “La cour de Lucifer“, d’Otto Rahn, et là, croyez-moi, il me fallut pas mal de paracétamol. Puis, en flânant dans une librairie, je tombai sur “Le Mystère Otto Rahn – Du catharisme au nazisme”, une étude magistrale de Christian Bernadac sur un personnage qu’il avait bien connu enfant. Je dévorai le livre et peu à peu, une idée ahurissante s’imposa, si bien que je pris contact avec Bernadac. “Je ne sais pas qui de nous deux a raison, me dit-il, mais à nous deux, nous tenons la solution.” Et pourtant, j’en étais encore fort loin.

Parallèlement, je lisais “Les Clés de Saint-Pierre”, de Peyrefitte. Un passage retint mon attention, celle où il parle de Dom Joseph Alardeau, un prêtre liégeois qui avait décliné la proposition d’être le successeur de l’Evêque de Liège pour devenir Père Abbé à Clervaux, dans le Grand-Duché de Luxembourg, et par la même, précepteur d’Otto de Habsbourg. Ce qui me mit sur des charbons ardent, ce fut la visite – relatée par Peyrefitte – que lui fit un peu avant l’invasion un civil allemand, pour lui dire: “Mon Père, vous êtes sur la liste noire de la SS. Si la Wermacht entre dans le Grand-Duché, vous serez une des premières personnes arrêtées. Fuyez ! Fuyez avec le dépôt de la Maison d’Autriche !”

Ce qui fit le Père Alardeau. Il hypothéqua tous les biens de son abbaye auprès d’une banque allemande, biens qui juridiquement et à l’époque lui appartenaient en propre, et disparut dans la nature avec la Mère Supérieure du couvent d’Hurtebise, qui avait pris les mêmes précautions en plus d’un héritage de 10 à quinze millions de francs belges de 1939. On les crut disparus dans un naufrage, et on les pleura.

En fait, ils avaient ouvert un petit restaurant dans la région de Cros-de-Cagnes après s’être affiliés à une petite église protestante qui reconnaît la validité des sacrements romains, mais autorise le mariage des prêtres, ce qui leur permit de s’épouser en tant de Père Abbé et Mère Abbesse et de publier leurs bans de mariage dans la localité du dernier domicile antérieur à l’état religieux de l’Abbé.

Cerise sur le gâteau, on m’apprit bientôt que le Père Abbé serait mort dans la misère, ermite dans la région de Laroche-en-Ardenne. Quant à la Mère Abbesse, j’ai perdu sa trace, bien que m’étant laissé dire qu’elle aurait réintégré son couvent comme simple moniale. Je précise que je n’ai pas de confirmation irréfutable de ces points. Il n’empêche que les deux institutions religieuses, devenues Lebensborn à Hurtebise et centre pour Hitlerjügend à Clervaux, furent entièrement remises en état et les hypothèques remboursées sans que l’on empruntât le moindre franc.

Je vous l’ai dit plus haut, j’avais l’habitude de beaucoup parler avec mes patients durant leurs soins, simplement pour les distraire des tortures raffinées que je leur faisais subir. Vous comprendrez aussi que je parlais plus ouvertement de certains sujets avec des personnes sympathiques et fiables. C’est ainsi que je racontai un jour ce que je savais alors de cette histoire à un Monsieur en qui j’avais toute confiance et qui m’écouta religieusement, mais avec un certain sourire vaguement ironique. Quand je le libérai enfin, son sourire devint franchement amical. “Figurez-vous, me dit-il, que votre histoire, je la connais bien. Le Père Alardeau était un parent par alliance. Ce soir, vous dînerez chez nous et je vous raconterai.”

J’avais une frousse bleue de rompre l’enchantement en lui demandant si je pouvais apporter un enregistreur, mais c’est avec beaucoup d’amitié qu’il me donna son accord. C’est ainsi que j’appris l’identité du civil allemand: un curieux bonhomme qui était déjà mort quand il vint prévenir le Père Abbé. Un dénommé Otto Rahn.

Bon, je vois que je vous ai suffisamment intrigués, voire déroutés. Je vais donc reprendre l’histoire par l’autre bout, celle d’Otto Rahn, ou de Rudolf si vous préférez, car c’est le même personnage.

Je vous passe sur les détails de son enfance et de ses études, ainsi que sur celles que Rudolf se donne dans ses mémoires, curieusement similaires : vous les trouverez en détail dans un magazine bien connu.

Otto Rahn en Ariège

C’est donc en 1931 qu’Otto prend pension dans un établissement tenu par la famille Bernadac. Muni d’une recommandation de Maurice Magre, qu’il avait connu à Paris, Otto Rahn se lie d’amitié avec des érudits locaux dès son arrivée dans l’Ariège : Antonin Gadal, Déodat Roché, Arthur Cassou, Madame de Pierrefeu et la Comtesse de Pujol-Murat, cercle d’intellectuels convaincus de l’existence du Graal et persuadés de ce que les Cathares l’avaient détenu. Sous leur houlette, et parfois en leur compagnie, il se met à explorer les grottes du Sabarthès à la recherche des vestiges des Cathares qui s’y seraient réfugiés après la chute de Montségur, en particulier celle de Lombrives où 510 malheureux auraient été emmurés vivants par l’Inquisiteur Jacques Fournier en 1328.

Il est bientôt rejoint dans ses pérégrinations par un certain Joseph Widegger, qui passe pour son domestique, et par le “Nat” Wolff dont je vous ai parlé précédemment. C’est aussi l’époque où il reçoit de nombreuses visites de gens inconnus dans la région – spéléologues avertis, semble-t-il – avec lesquels il effectue des relevés topographiques extérieurs aux sites souterrains dans lesquels il est censé poursuivre ses recherches, et avec lesquels il disparaît parfois sans prévenir pour des expéditions de plusieurs jours en voiture, expéditions dont on ne sait rien.

Dont on ne sait rien ? Voire..

J’ai eu la chance de rencontrer un jour dans les rues d’Alet un charmant vieux Monsieur, tiré à quatre épingles, propriétaire d’une des plus belles maisons de tout le Languedoc et remarquablement érudit. Malgré son âge plus avancé qu’il n’y paraissait, Monsieur Edmond Larade avait conservé une telle vivacité intellectuelle que ses anciens confrères dans les milieux bancaires lui téléphonaient encore régulièrement pour lui demander son avis. Nous avons sympathisé au point de nouer une véritable amitié.

Un jour que nous discutions avec son Epouse et lui, la conversation a dévié sur mon dada. Les soupçons qui me venaient sur Otto Rahn me firent citer son nom à propos du Catharisme.

M Larade : Otto Rahn ? Ha ha ! Nous l’avons rencontré à plusieurs reprises, ma femme et moi. Nous l’avons même bien connu. Un drôle de bonhomme ! Il se fichait éperdument des Cathares qu’il prétendait étudier avec ce pauvre Gadal…

Mme Larade : C’était même un farfelu : il s’intéressait à l’affaire du curé, qui vous amuse tant.

M Larade : Certes, mais c’était loin d’être un imbécile.

Mais j’eus beau insister, louvoyer, finasser; je ne parvins pas à tirer rien de plus de mes vieux amis, sinon…

Mme Larade : Pour moi, toutes ces histoires ne sont que des racontars.

Ainsi donc, le véritable intérêt d’Otto Rahn était Rennes et ses recherches sur le Catharisme n’auraient été qu’un prétexte, une couverture ? Cela mérite réflexion, non ? Et pourquoi pas ? Examinons les faits tels que vous pouvez les vérifier par vous-même.

Biographie d’Otto Rahn

Otto Rahn a fait d’assez solides études notamment sur la littérature du moyen-âge, celle des troubadours et des minnesänger.

• Le 12 mars 1936, il est incorporé comme homme de troupe au sein de la Schutz Staffel, la SS, et affecté comme rapporteur à la section principale Weisthor, c’est-à-dire l’état major personnel de Himmler.

• Le 20 avril 1936 – un mois plus tard – il est nommé S.S.-Untersturmführer (sous-lieutenant).

• Le 30 janvier 1937, il devient Obersturmführer.

• Le 20 avril 1937, il repasse au grade d’Untersturmführer.

• En août 1937, Otto Rahn semble avoir un problème d’alcool. Il est incorporé comme simple homme de troupe parmi les S.S.-Totenkopf du camp de concentration de Dachau. Alors qu’il devait y passer quatre mois, il y reste du 23 novembre au 21 décembre avec un comportement irréprochable.

• En janvier 1938, il s’avère incapable de présenter son certificat d’origine raciale.

• Le 28 février 1939, par simple lettre adressée au chef de l’état major personnel du Reichsführer SS, il demande sa libération immédiate de la SS “pour raisons d’une nature si grave qu’elles ne peuvent être expliquées qu’oralement.”

• Le 17 mars 1939, il est licencié de la SS avec effet immédiat. La lettre est signée par le SS Gruppenführer de la section Weisthor.

• Le 18 mai 1939, le Berliner Ausgabe publie l’encadré suivant :

“Lors d’une tempête de neige en montagne, en mars dernier :

Le S.S.-OBERSTURMFUHRER

OTTO RAHN

a perdu tragiquement la vie.

Nous pleurons dans ce camarade défunt un S.S. honnête

et l’auteur d’excellentes oeuvres scientifiques d’histoire.

Le chef de l’état-major personnel du Reichsführer S.S.

Wolff

S.S.-Gruppenführer”

D’après la légende, Otto Rahn se serait laissé mourir de faim et de froid à la manière de l’Endura Cathare sur un plateau à vaches à proximité de Kitzbühel. Il fallait être drôlement romantique ! Pour d’autres, il serait mort, tiré comme un lapin en essayant de passer en Suisse. Toujours est-il que l’on n’a jamais retrouvé son corps, que pour la municipalité de son patelin natal, il est toujours juridiquement en vie, et que Rudolf Rahn apparaît sur la scène diplomatique; encore que ceux qui le fréquentent l’appellent “Monsieur le Conseiller Otto Rahn”, notamment Madame Jeanne de Schoutheete, épouse du ministre de Belgique en Egypte de 1938 à 1942, qui rapporte une de leurs conversations:

• Pardonnez-moi, mais je trouve étrange que vous vous fassiez appeler Otto Rahn alors que, me dit-on, votre prénom est Rudolf.

• C’est vrai, Madame. Mais j’avais un frère que j’aimais beaucoup. Il s’appelait Otto. Il est mort alors que nous étions enfants. C’est en souvenir de lui. (Jeanne de Schoutheete, in La Nouvelle Revue des Deux Mondes , septembre 1973).

Rudolph ou Otto Rahn ?

Tenons-nous en là pour ce qui concerne cet exposé. Sachez seulement qu’il deviendra le dernier Ministre plénipotentiaire du Reich à Rome, qu’il vivra la débâcle fasciste et que, à l’insu de Berlin, il interviendra – il l’écrit dans ses mémoires – dans des négociations avec Allan Dulles pour une reddition séparée de l’Italie via l’Obergruppenführer responsable des Waffen S.S. en Italie, un certain Karl Wolff. C’est peut-être le moment de se souvenir de Hans-Adolf von Molkte ?

Wolff et Otto Rahn passèrent en jugement à Nürnberg. Wolff eut le culot de s’y présenter en grand uniforme de général S.S. avec décorations et insignes de son grade. La justice alliée ne s’acharna manifestement pas sur eux. Rudolf Rahn termina son étonnante carrière en 1975 comme PDG de la filiale allemande d’une société “de boisson gazeuse non alcoolisée qui est devenue un peu le symbole des Etats-Unis” selon les mots de Christian Bernadac, tandis que, d’après mes sources, Wolff terminera la sienne en 1962, PDG d’un important bureau d’études à Londres.

Je ne vais pas m’attarder ici à discuter l’identité exacte de Rahn. Otto ou Rudolf, qu’importe ? D’autant plus qu’elle est abondamment et remarquablement étudiée dans le livre de Bernadac et dans certain magazine. Je vais plutôt essayer de vous rapporter ce qui s’est réellement passé.

Otto Rahn sur la piste de Bérenger Saunière

Issus des Wandervogelgruppe, sorte de groupement scout où ils s’étaient connus, Otto Rahn et Wolff se virent recruter par la Sturm Abteilung, la S.A. où ils obtinrent quelques médailles sportives. Ils furent choisis pour échapper à la Nuit des Longs Couteaux et furent incorporés à la Schutz Staffel, la SS, au sein de laquelle ils firent une carrière d’abord discrète, puis remarquablement rapide et brillante dans la section Weisthor.

Cependant, contrairement à Bernadac, je suis convaincu que, même s’ils étaient sincèrement nationalistes et socialistes, Wolff et Otto Rahn n’étaient pas nazis, et qu’au lieu de fuir leur pays comme d’autres le faisaient, ils décidèrent de rester au risque de leur peau afin de – passez-moi l’expression – truander le nazisme de l’intérieur. La place et le temps me manquent pour vous exposer mes arguments, il faudrait une conférence entière. Si ce que je vous dis vous intéresse, lisez attentivement les ouvrages d’Otto et les mémoires de Rudolf. Cherchez-y les anomalies de logique ou de chronologie, les similitudes aussi, parfois. Vous y trouverez certainement de quoi concevoir au moins un doute sérieux.

Or, Himmler avait eu vent de l’histoire de ce petit curé d’un patelin perdu dans les Pyrénées, un petit curé fabuleusement riche, ce qui ne l’intéressait que secondairement, mais surtout un petit curé qui semblait avoir tenu tête au Vatican, ce qui l’intéressait diablement plus. Lui vint donc l’idée de découvrir comment, par quel moyen, ce petit curé avait pu détenir une telle forme de pouvoir face à l’Eglise. Avoir barre sur le Vatican, cela pouvait toujours servir.

Coup de chance, il y avait parmi les membres de la SA un jeune érudit qui semblait se passionner pour les mythologies locales. Bien. On le fait passer dans la SS, on l’incorpore à la section Weisthor, on lui envoie deux sbires pour le surveiller, et, sous couvert de ses recherches locales, on lui enjoint de chercher le secret de Saunière.

Et Otto Rahn, qui était loin d’être un imbécile, comme le disait Monsieur Larade, finit par découvrir quelque chose. Quoi exactement, je n’en sais rien, sinon qu’il comprit qu’il s’agissait de documents explosifs et qu’il sut qui en était le dépositaire. Et qu’il prit sa décision : il lui était impossible humainement de laisser une telle arme entre les mains de Himmler. Il donna quelques éléments de satisfaction à ses patrons, se fit dédouaner de la SS, mourut et alla prévenir le Père Alardeau avant de devenir Ambassadeur à Rome sous le prénom de Rudolf.

• Mais, me direz-vous avec finesse, en admettant que tout ceci soit vrai, qu’y avait-il donc dans ce sacré document ?

Sacré document, le terme est exact. J’en ai longuement disserté ailleurs et l’aventure de ce document doit faire l’objet d’une prochaine publication. J’espère donc que vous ne m’en voudrez pas de ne rien trop dévoiler ici, sinon que, j’en suis convaincu mais je peux me tromper, il s’agit d’une version claire de l’Apocalypse selon Saint Jean, en d’autres termes, une version intelligible et non bidouillée de l’enseignement pur et dur du Christ. Quelque chose comme sa Véritable Image, que certains appellent le Saint Graal. Je vous prie de m’en excuser, mais je n’en dirai pas plus aujourd’hui. Avec un peu de chance, d’ici la fin de l’année, ce sera publié.

Mais j’aimerais à mon tour vous poser une question.

En tant qu’Ambassadeur en poste à Rome, Rudolf Rahn a nécessairement eu des contacts avec le Vatican de Pie XII. Alors imaginez un instant que, lors d’une audience privée, Rahn ait eu les mots suivants :

• Très Saint Père, je sais de source sûre que Berlin, et notamment Himmler, vont essayer de prendre le contrôle de l’Eglise en vous menaçant d’un argument terrible. Si vous ne pouvez faire autrement, contentez-vous de leur donner quelques apaisements, en attendant la fin de la guerre, mais ne craignez rien. Cet argument existe, mais ils ne le détiennent pas. Je le sais pertinemment, c’est moi qui ai fait l’enquête et qui l’ai mis en sûreté.

A votre avis, que resterait-il du “Vicaire”, de Rolf Hochhut, de “l’Amen”, de Costa-Gavras ?

Et serez-vous étonné si je vous dis que je cherche de ce côté-là aussi ?

Alors, au moment de terminer cet exposé en vous remerciant sincèrement pour votre attention, je crois que ce serait chouette de me souhaiter bonne chance.

Merci à toutes et à tous.

Paul Rouelle, 07.07.2006, mise à jour 25 juillet 2021

PS : le titre et les sous-titres sont de la rédaction.


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