L’Aiguille Creuse

Le Secret de l’Aiguille creuse

Isidore versus Arsène

Beaucoup d’agitation ces derniers temps autour du roman phare de Maurice Leblanc : “L’Aiguille Creuse” ! Aucune avancée significative pour autant. Néanmoins, je relève au sein de cette oeuvre, des éléments
troublants en parallèle de la trame hermétique habituelle chez l’auteur.

L'Aiguille creuse devant les falaises d'Etretat
L’Aiguille creuse devant les falaises d’Etretat – Johan Netchacovitch ©

Commençons par la découverte d’une crypte sous un édifice religieux. Crypte mise au jour par le hasard des travaux. Voilà qui n’est pas sans rappeler une affaire identique, celle de Rennes-le-Château qui précéda d’une douzaine d’années la publication de “L’Aiguille Creuse”. En effet, le roman de M. Leblanc fut édité en 1909. Quant aux travaux de l’abbé Saunière, ils s’échelonnèrent de 1886 à 1897…

Et lorsqu’on découvre les possibles connexions B. Sauniere /
J. Peladan / M. Leblanc / J. Bois / E. Calvé, tout s’éclaire subitement !
Découverte d’une crypte mais aussi d’un parchemin à décoder, tout comme à Rennes-le-Château, qui révèlera son secret en deux mots : “Aiguille Creuse”… Ce roman a la particularité de mettre en lumière une lutte fratricide. Il ne s’agit pas des forces du mal opposées au chevaleresque Arsène Lupin comme à l’ordinaire mais, plutôt, d’un combat fraternel où le
bon et le mauvais échangent leur masque au fil de l’aventure. Combat de coq ou, plus précisément, lutte entre deux dragons : Isidore (Isis d’or) Beautrelet (Beau très laid) / Arsène Lupin.

Tel Jacob avec l’Ange, la lutte engagée par Isidore semble vaine et le jeune étudiant ne semble exister que pour magnifier l’invulnérable et lumineux Arsène Lupin. De victoire en défaite, Isidore ne s’avoue jamais vaincu et lutte jusqu’à la fin de l’aventure. Contre toute attente, *il dévoile même au journal les rouages de l’intrigue avec minutie, ayant rassemblé telle Isis ce qui est épars, pensant à tort mettre un terme à l’affaire de l’aiguille creuse ainsi qu’aux agissements d’Arsène Lupin : “Isidore perça en effet le premier voile de l’énigme grâce à la découverte du château de l’aiguille situé
dans la Creuse. Or, il ne s’agissait que d’un leurre créé jadis par le roi de France Louis XIV afin d’égarer les curieux et préserver ainsi le véritable secret de l’aiguille”.

La présence en filigrane d’Herlock Sholmès, n’a d’autre but, dans cette histoire, que d’achever une oeuvre de mort.

L’aiguille creuse centre du monde

Le château de l’aiguille dans la Creuse interpelle car il se situe au centre de la France (autant dire le “centre du monde” culturel de la “Belle Epoque”) comme le souligne l’auteur, et l’idée de centre est capitale pour qui souhaite découvrir la clef de l’énigme.

L'Aiguille creuse et la porte d'Aval à Etretat
L’Aiguille creuse et la porte d’Aval à Etretat – Johan Netchacovitch ©

Autre indice d’importance, l’adresse de Louis Valméras : 34 (4+3 7) rue du Mont-Thabor. Lieu de transfiguration du Christ, le Mont-Thabor renvoie également à la loge des “Illuminés du Mont-Thabor” fondée en 1784 par l’alchimiste Dom Pernety. Le chiffre 7 a son importance dans le jeu de miroir entre l’adresse de Louis Valmeras et celle d’Arsène Lupin. En effet, Arsène Lupin a élu domicile dans les entrailles de l’aiguille creuse où l’on retrouve également ce chiffre 7. Les deux protagonistes étant une seule et même personne, nous pouvons en déduire que le Mont-Thabor et l’aiguille creuse représentent un seul et même emblème, celui de l’Axis Mundi. Axe du monde autour duquel le serpent cosmique évolue, ici, en tant qu’énergie / kundalini, que l’initié identifiera dans son temple intérieur.

M. Leblanc fait mention d’une roulotte de bohémiens permettant d’accéder à l’entrée du château de l’aiguille sans éveiller l’attention. Sous les traits de bohémiens se dissimulent nos compères, Louis Valméras (Arsène Lupin) et Isidore Beautrelet, qui agissent de paire…

Souvenons-nous des propos d’Ossendowski au sujet des bohémiens qui séjournèrent dans l’Agartha. Là où siège le Roi du Monde et d’où les bohémiens rapportèrent la science des prédictions…

Arsène Lupin roi du monde

Le château de l’aiguille abrite sous son toit la belle et mélancolique Raymonde de St Véran qui deviendra la femme de Louis Valméras, alias Arsène Lupin. Raymonde / Roi du Monde de St Véran / plus haute commune d’Europe. Que faut-il en déduire ? L’idée de domination du Roi du Monde
bien sûr ! De part son mariage, Arsène Lupin devient Roi du Monde. D’ailleurs, M. Leblanc est très explicite : “Et le maître c’était moi ! Roi de l’aventure ! Roi de l’Aiguille creuse ! (1) Royaume étrange
et surnaturel !… Roi du Monde, oui, voilà la vérité ! De cette pointe d’Aiguille, je dominais l’univers ! Je le tenais dans mes (2) griffes comme une proie !” Arsène Lupin est maître de l’Aiguille, il en a la maitrise, il en détient le secret et cela fait de lui le Roi du Monde. Mais quel est ce secret ?

L’Aiguille creuse référence égyptienne

“L’escalier, creusé dans la paroi de l’aiguille, dans son écorce même, tournait tout autour de la pyramide, l’encerclant comme la spirale d’un toboggan.”

Maurice Leblanc décrit l’aiguille comme une pyramide parcourue par un escalier en forme de spirale donnant accès à sept portes. Chacune de ces portes recèlent une salle au trésor, la septième donnant accès à la pointe conique de la pyramide qui recèle le trésor fabuleux.

Fort curieusement, il est aisé, après lecture de l’Aiguille creuse, de comprendre le parallèle avec la géographie sacrée de Pierre Plantard, associée au retour du grand monarque. De forme pyramidale, également, la colonne de cristal est parcourue par une bande zodiacale (autour de l’omphalos) intégrant le Serpentaire. Souvenons-nous du serpent enroulé autour de l’arbre, axe du monde (telle la Kundalini encerclant la colonne vertébrale). Quant au sommet, il est figuré par la capitale de l’alchimie : Bourges (Bitu/Rix : Roi du Monde !).

Ces deux pyramides, celle de M. Leblanc et celle de M. Plantard, sont associées en réalité à l’alchimie intérieure, chère à Robert Ambelain et capables de révéler le trésor précieux dissimulé au-delà des sept portes ou sept chakras. Car, l’énergie lovée, tel un serpent (Kundalini) évolue le long de la colonne vertébrale, traversant sept chakras et produisant chez l’adepte une illumination, trésor des trésors… De cette expérience en résulte l’homme nouveau, éveillé, surhomme. A ce sujet, Isidore Beautrelet avertit : “Avec cet homme-là, devait-on chercher en dehors de l’énorme, de l’exagéré, du surhumain ?” Il s’agit bien d’un retour du “Roi du monde”. Retour puisqu’il convient de redécouvrir en nous la source primordiale, le centre, l’Agartha où demeure ce Roi du monde. Un centre immobile mais tournoyant à l’image du derviche tourneur ou de la petite ourse autour de la polaire, formant un swastika dans sa course, autre symbole du Roi du Monde (lire mon étude “Le Mammouth Bleu”).

Lorsque Maurice Leblanc évoque la terre de Thot, il fait référence à la science d’Hermès. Terre d’alchimie, l’Egypte est omniprésente dans ce roman. Ainsi, l’Aiguille est associée par l’auteur, soit à la pyramide, soit à l’obélisque et l’on y retrouve parmi ses trésors des colliers égyptiens. De plus, l’auteur nous apprend que l’Aiguille creuse est indissociable de l’ancien fort de Fréfossé (lire l’étude sur le fort de Fréfossé NDLR) qui avait la particularité de posséder (3) douze fenêtres en forme de… croix ansée !

Le fort de Fréfossé à Etretat est mentionné dans l'Aiguille Creuse de Maurice Leblanc
Le fort de Fréfossé à Etretat présent dans l’Aiguille creuse

Tous ces éléments nous orientent donc vers l’antique sagesse égyptienne (4) Al Kémia. En parfait initié, M. Leblanc emploie d’ailleurs la “langue
des oiseaux”, ou “langue alchimique” et cela n’est pas un hasard si l’on découvre au détour de multiples péripéties une “Auberge du Lion d’Or”… “Au lit on dort” !

Durant son voyage en Egypte, Aleister Crowley eut une révélation. Fonder un ordre dont l’une des particularités serait l’éveil de la Kundalini. Un rite magique axé sur le tantrisme sera développé à cet effet. A noter que Aleister Crowley fréquenta l’Ordo Templi Orientis, un ordre où l’on pratiquait également l’éveil de la Kundalini. Joséphin Péladan, Stanislas de Guaita, tous les initiés de la “Belle Epoque” avaient connaissance de l’énergie fantastique Kundalini, et il n’est pas étonnant de retrouver ce
thème chez Maurice Leblanc, ami de Jules Bois… (Rappelons que Georgette Leblanc fréquentait les salons du Sâr Péladan).

Maurice Leblanc évoquera par ailleurs un certain “Joséphin” dans son
dernier roman teinté d’hermétisme et de lutte entre sociétés secrètes (lire mon étude à ce sujet). (Cette étude sera bientôt en ligne NDLR)

Le vieil estuaire normand constitue l’un des noyaux primitifs (chakras) qui se complète par deux forces : “L’une en plein ciel, vivante, connue, port nouveau qui commande l’océan et qui s’ouvre sur le monde ; l’autre ténébreuse, ignorée et d’autant plus inquiétante qu’elle est invisible et impalpable.”

Or, les notions de Yin/Yang, ombre/lumière, manifesté/non manifesté, etc., se dévoilent lors de l’éveil de la Kundalini, ce qui tend à confirmer la volonté de Maurice Leblanc d’aiguiller le lecteur vers cette voie spirituelle et sacrée (lire les pages 341, 342, 343, 344 de l’excellent livre “Etats modifiés de conscience” par Sylvie Déthiollaz et Claude Charles Fourrier, Ed. Favre, février 2017).

“Les mêmes ressources d’énergie et de pouvoir alimentent et renouvellent la fortune des Rois et celle de l’aventurier.”

Assurément, cette énergie est d’essence fluidique, magnétique. Et le pouvoir, la fortune qui en découlent d’ordre spirituel. Il existe donc plusieurs niveaux de lecture dans cette aventure. Du reste, Jules Bois affirmera au sujet de cette oeuvre : “Du fantastique exact, l’Aiguille creuse !”

Les trésors de l'aiguille creuse et d'Arsène Lupin
Les trésors de l’aiguille creuse et d’Arsène Lupin

(1) “Un royaume invisible…”
(2) “Les ongles de Beautrelet s’enfonçaient dans le sol comme les griffes d’une bête prête à bondir sur sa proie.” Jeu de miroir à nouveau entre Arsène et Isidore ! “Ses yeux pénétraient dans l’écorce rugueuse du roc, dans sa peau, lui semblait-il, dans sa chair. Il le touchait, il le palpait, il en prenait connaissance et possession… Il se l’assimilait…”
(3) “Cette nuit, onze de ses complices en sont sortis”. Présence de douze larrons au sein de l’aiguille, tels les chevaliers préservant le Graal, Aiguille creuse et symbole de ce qui a été perdu, de ce qui doit être retrouvé ; centre immobile autour duquel gravitent les douze signes du zodiaque. “Le déjeuner était fixé à midi.” A douze heures, invitation destinée au jeune Isidore par le solaire et christique Arsène Lupin. “… il fréta douze barques de pêche.” Assurément solaires !
(4) “L’horizon s’empourprait de tous les feux du soleil disparu, et de longs nuages embrasés, immobiles dans le ciel, formaient des paysages magnifiques, des lagunes irréelles, des plaines en flammes, des forêts d’or, des lacs de sang, toute une fantasmagorie ardente et paisible. L’azur du ciel
s’assombrit. Vénus rayonnait d’un éclat merveilleux, puis des étoiles s’allumèrent, timides encore.”
Pure Alchimie dans le texte. De même, Isidore ne parvient pas à achever l’oeuvre. OEuvre alchimique ? “Il demandait du secours pour achever l’oeuvre“.

23 mars 2020, Christophe Remondiere ©

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