Arsène Lupin : l’As de Rennes

Tipeee

Aronnax livre aux lecteurs de la Gazette de Rennes-le-Château une étude sur Arsène Lupin et les liens soi-disant distillés par Maurice Leblanc avec les mystères de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains !

Arsène Lupin et « Les Deux Rennes »

Plusieurs auteurs s’étant penchés sur la mystérieuse affaire dite « des Deux Rennes » se sont particulièrement attachés à étudier les possibles correspondances, littéraires et thématiques, pouvant être relevées dans l’œuvre de l’écrivain normand Maurice Leblanc et certains éléments relatifs au trésor de l’abbé Bérenger Saunière… le célèbre curé du village de Rennes-le-Château.

Je dois reconnaître d’emblée ne pas être particulièrement en phase avec les hypothèses de ces écrivains, mais reconnais volontiers que certains des arguments qu’ils ont développés ne peuvent que nous inciter à mener une étude sérieuse sur le sujet et une prise en compte détaillée de leurs travaux. Ne serait-ce que pour les confirmer ou, au besoin, les infirmer.

En effet, il est étrange de constater que nombre d’allusions, d’analogies et de correspondances thématiques entrant en résonance avec notre belle énigme parsemaient l’œuvre de l’illustre écrivain Cauchois.

Et, si elles n’étaient pas le fruit du hasard… ni le jeu de coïncidences.

L’étude approfondie de l’affaire des prêtres du Razès m’a ainsi amené à réévaluer cette problématique à l’aune de l’ensemble des informations, vraies ou fausses, habilement instillées dans l’énigme par Pierre Plantard de Saint-Clair.

Car il est désormais avéré que ce fut bien cet étrange personnage, véritable deus ex machina, qui amena la thématique « Arsène Lupin » dans une affaire déjà bien encombrée d’apports divers et variés, plus ou moins fantaisistes, il convient de le reconnaître. De fait, cet apport correspondait à une volonté précise et un plan fort bien défini… mais, ceci est une autre histoire.

J’ai donc relu l’ensemble des aventures du Bel Arsène et, après avoir recensé les divers passages présentant des similitudes (plus ou moins évidentes) entre la saga de Maurice Leblanc et l’affaire des « Deux Rennes », j’ai ainsi estimé, sous un angle rationnel et logique, que Pierre Plantard de Saint-Clair avait trouvé suffisamment « sympathiques » – voire symboliques – certains éléments romanesques parsemant les aventures du « Cambrioleur de l’Histoire » pour les prendre à son compte et les « injecter » dans le superbe montage qu’il mit en place, avec la collaboration de Gérard de Sède et Philippe de Chérisey.

Je suis même allé, poussant mon analyse à l’extrême, jusqu’à imaginer que le romancier normand en personne avait pu s’inspirer de faits réels s’étant produits dans la région du Razès à la fin du 19° siècle… voire de personnages y ayant évolué. Je pense même avoir découvert un élément déterminant pour accréditer définitivement cette hypothèse.

Je vous livre donc le résultat de mes investigations occitano-normandes.

1°) Où l’on suppose que Pierre Plantard de Saint-Clair s’est inspiré de Maurice Leblanc et d’Arsène Lupin

Quelques exemples « d’emprunts littéraires » effectués par Pierre Plantard que je juge probants.

« La Comtesse de Cagliostro » avec Arsène Lupin

L’implantation géographique des abbayes du pays de Caux, approximativement calquée sur la constellation de l’Ourse, ainsi que la mise en évidence de l’étoile ALCOR, sous forme d’un acronyme astucieux, imaginée par Leblanc dans « La Comtesse de Cagliostro » (1924), fut reprise in-extenso, par Pierre Plantard de Saint-Clair, dans le titre d’un chapitre du livre : « Les Templiers sont parmi nous » signé par Gérard de Sède en 1962, puis, plus tardivement par un autre auteur, Jean-Luc Chaumeil, pour désigner une « pierre curieuse », totalement imaginaire, sur le secteur de Rennes-les-Bains ( Cf. Le Trésor du Triangle d’Or – 1979).

La pierre Alcor présente dans les aventures d'Arsène Lupin et dans l'énigme de Rennes-le-Château

« L’Ile aux trente cercueils »

De la même manière, l’histoire de la « Belle Endormie » apparaissant dans « Le Serpent Rouge », l’une des brochures apocryphes, opportunément déposées à la Bibliothèque Nationale de France quelques temps avant la sortie, en 1967, du célébrissime : « L’Or de Rennes… » de Gérard de Sède, semble étrangement proche de l’épisode d’une aventure de Lupin, se déroulant à la fin de « L’Ile aux trente cercueils », dans lequel quelques protagonistes de l’affaire découvrent, dans un cromlech souterrain, une femme endormie pour l’éternité et reposant sur un autel de pierre.

« Dans mon pèlerinage éprouvant, je tentais de me frayer à l’épée une voie à travers la végétation inextricable des bois, je voulais parvenir à la demeure de la BELLE endormie en qui certains poètes voient la REINE d’un royaume disparu. Au désespoir de retrouver le chemin, les parchemins de cet Ami furent pour moi le fil d’Ariane. » (Extrait de l’apocryphe « Serpent Rouge » attribué à Pierre Plantard et déposé à la BNF en février 1967)

Et les 30 coffres prétendument découverts par Roger Lhomoy, dans une crypte située sous le donjon du château de Gisors… ils ressemblent fort aux trente cercueils du roman de Maurice Leblanc, non ? Même un débutant en latin sait bien que le mot « Arca » signifie à la fois : « Coffre » et « Cercueil ». Ci-après, deux extraits des dictionnaires de Félix Gaffiot, 1936 (pour Pierre Plantard de Saint-Clair) et d’Emile Pessonneaux, 1880 (pour Maurice Leblanc).

Arca le coffre aux trésors de Jumièges
Gaffiot – 1936
Pessonneaux – 1880

2°) Où l’on imagine que Maurice Leblanc s’est inspiré de personnages réels du Razès

Allant plus loin dans mon analyse cartésienne de ces curieuses analogies littéraires, j’ai considéré que, même si Pierre Plantard de Saint-Clair avait effectivement pioché, çà et là, dans les aventures du Gentleman Cambrioleur pour imager la superbe « forgerie » dont il nous gratifia au milieu des années 1960, Maurice Leblanc, lui-même, aurait pu, sans arrière-pensées, évoquer quelques détails relevant d’évènements ayant eu lieu dans l’Aude de la fin du 19° siècle pour agrémenter ses romans. Pourquoi pas, après tout. Les romanciers aiment souvent s’inspirer de l’actualité pour donner du « corps » à leurs fictions, bien que les avertissements placés en exergue de leurs récits proclament le contraire… légalité oblige !

Abbé Gélis

Le nom de l’abbé « Gélis », apparaissant dans la nouvelle « Herlock Sholmes arrive trop tard » (1907), aura pu lui être suggéré par la relation de l’assassinat du curé de Coustaussa, parue dans la rubrique « faits divers » de l’édition du Figaro en date du 3 novembre 1897. Antoine Gélis était assez proche de Bérenger Saunière, le curé de Rennes-le-Château, et il se murmure que son assassinat serait lié au fabuleux dépôt découvert par ce dernier.

Assassinat de l'abbé Gélis, curé de Coustaussa

Leblanc avait 33 ans et demeurait à Paris au moment des faits. Il devait certainement lire le Figaro en tant que journaliste. Mais, petit problème, il ne sortira le premier opus des aventures de Lupin que 10 ans plus tard ! Imaginons alors, qu’il aura consigné le nom du pauvre curé dans son carnet de notes, dans l’espoir de s’en servir à l’occasion. Jean d’Ormesson n’indique-t-il pas : « Ecrire…c’est inventer avec des souvenirs » ? D’autant que c’est bien dans son tout premier roman : « Arsène Lupin Gentleman-Cambrioleur » (1907), qu’apparaît le nom, bien peu normand, de Gélis !

Arsène Lupin, Gentleman Cambrioleur

Cependant, il me semble important de nous arrêter un petit moment sur cette fameuse année 1897 car, en me penchant plus particulièrement sur les divers articles du Figaro parus au cours de cette année précise, j’ai incidemment mis en évidence que, outre le nom d’origine occitane de « Gélis », ce ne sont pas moins de quatorze identités, publiées dans les tirages de cette année-là, qui apparaissent également dans le roman de Maurice Leblanc : « Arsène Lupin, Gentleman Cambrioleur », paru en 1907. Le tableau synoptique ci-après se passe de commentaires :

Liens entre Arsène Lupin et le Figaro de 1897

Or, c’est bien au cours de l’année 1897 qu’apparaitra, pour la première fois, le fameux qualificatif de « Gentleman Cambrioleur », et cela dans le quotidien « Le Temps » du 23 juillet 1897. Il s’agissait, en l’occurrence, d’un article en rubrique « faits divers » concernant les agissements d’un élégant cambrioleur nommé Iturritrotch, un « monte-en-l’air » dont l’apparence n’est pas sans rappeler celle du futur Lupin… qu’on se le dise !

L’affaire Iturritrotch, dévoilée par Le Temps, était suffisamment sensationnelle pour être reprise par tous les journaux de l’époque… dont, on s’en doute bien, Le Figaro.

Article initial : Journal « Le Temps » du vendredi 23 juillet 1897
Un gentleman cambrioleur crée Arsène Lupin
Première occurrence du qualificatif « Gentleman Cambrioleur »

Dans le Figaro, naissance du personnage d'Arsène Lupin
Le Figaro du 23 juillet 1897

J’avais imaginé, tout d’abord, que Maurice Leblanc avait eu un « déclic » en parcourant les numéros du Figaro de 1897 et avait alors composé son premier opus, dix ans plus tard, en puisant dans les articles qu’il devait avoir à sa disposition en qualité de journaliste car, convenons-en, il y a énormément de similitudes entre les noms apparaissant dans son « Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur » de 1907 et les éditions du Figaro de 1897 !!!

Pour la petite histoire, même les Américains du New York Herald tribune relaieront l’information.

Cependant, les investigations particulièrement poussées d’une documentaliste passionnée par « l’affaire des Deux-Rennes », aussi efficace que discrète, permirent d’établir quasi-formellement de quelle manière Maurice Leblanc aura été mis au fait de l’affaire du basque Iturritrotch… le véritable « Gentleman Cambrioleur ». Et pourquoi il s’en inspira.

Car, à l’instar de toute la presse de l’époque, le journal Gil Blas relata, à son tour, le fait divers relatif à l’interpellation de l’élégant cambrioleur de la rue de la Bienfaisance. Et, il le fit en temps réel…

Naissance d'Arsène Lupin
Article du Gil Blas en date du vendredi 23 juillet 1897

Or, ainsi que l’indique de si belle manière Jacques Derouard, dans sa monumentale biographie de l’écrivain normand intitulée « Maurice Leblanc, Arsène Lupin malgré lui » (Librairie Séguier 1989), Leblanc était un chroniqueur régulier du journal « Gil Blas », et cela depuis 1892. Le vendredi 10 décembre 1897, précisément, il était ainsi décrit dans ce quotidien tendance « républicain conservateur » : « Parmi les collaborateurs du Gil Blas qui, depuis longtemps et à juste titre, jouissent de la faveur du public, M. Maurice Leblanc se distingue plus particulièrement par la grâce et la souplesse de son talent ».

Le sommaire du quotidien, rédigé le lendemain de cet éloge mérité, atteste bien de la totale collaboration de Leblanc à ce journal

Nous terminerons sur ce sujet en ajoutant que c’est au cours de la « fameuse »  année 1897 que Maurice Leblanc fera une rencontre décisive, celle de Pierre Lafitte, ainsi que le mentionne Jacques Derouard dans la somme qu’il a consacrée à l’écrivain cauchois : « Cette année 1897, Pierre Lafitte, homme du monde, journaliste à L’Écho de Paris crée un cercle cycliste réservé aux écrivains. Maurice en fait partie. Rencontre importante : Lafitte, bientôt, va engager notre écrivain dans la voie lupinienne » (Maurice Leblanc, Arsène Lupin malgré lui – pages 202-203).

N’en doutons point, le fait divers relatif au cambriolage de la rue de la Bienfaisance à Paris, en juillet 1897, fut certainement l’élément déclenchant qui conduisit Maurice Leblanc sur les voies du roman policier en général et sur la « geste lupinienne » en particulier. En tout cas… les dates coïncident bigrement !

Cardinal de Bonnechose

Pour le Cardinal de Bonnechose, qui est cité fictivement dans « La Comtesse de Cagliostro », mais joue un rôle important – et totalement véridique – dans l’affaire de « Rennes-le-Château », il n’y aura pas de soucis particulier pour retrouver une référence biographique. En effet, ce fut bien ce prélat, lorsqu’il était archevêque de Rouen, qui donna la « confirmation » au jeune Maurice. Celui-ci aura vraisemblablement voulu, plus tard, lui rendre la politesse à sa façon.

Poursuivons…

3°) Où l’on considère, encore, que deux autres analogies thématiques sont des coïncidences

Une fois cet ensemble de correspondances évacué et ces tentatives d’explications formulées, restent encore, dans le reliquat des « curiosités lupiniennes » que j’avais relevées, trois occurrences relatives au mystère des Deux Rennes qui présentent, selon moi, des similitudes factuelles assez « bluffantes ».

Cependant, dans un parti pris d’analyse rationnelle, et par souci d’objectivité, j’irai jusqu’à tenter d’en expliquer, plus ou moins valablement, encore deux, quitte à invoquer le hasard… qui fait souvent si bien les choses.

« La Barre-y-va »

Dans son roman « La Barre-y-va », datant de 1931, Maurice Leblanc nous entraîne dans une aventure où la recherche d’un trésor mythique se mêle à des intrigues familiales… le tout sur fond de rapt et de coups de révolvers. À un moment, l’un des protagonistes est assassiné alors qu’il se rendait dans un endroit secret… son nom : Guercin.

Il faut avouer que les deux mots : « Guercin tombe » évoquent étrangement le tableau de Giovanni Francesco Barbieri, dit « Le Guerchin » (ou Guercino en italien, ce qui signifie « le louche »), et son tableau peint en 1621 : « Les bergers d’Arcadie » où figure un tombeau antique supportant la phrase en latin « Et In Arcadia Ego », locution éminemment fondatrice du légendaire de l’affaire de « Rennes-le-Château ».

Le Guerchin et Arsène Lupin dans le Razès
Les Bergers d’Arcadie de Giovanni Francesco Barbieri, dit « Le Guerchin »

Mais, encore une fois, faisons l’impasse sur l’analogie Guercin / Guerchin et tombe / tombeau car, sans autres preuves formelles que cette unique similitude de noms, tout cela relève de la « belle histoire » donc, se doit d’être tenu comme peu probant et pur produit de l’imagination.

« le Signe de l’Ombre »

Enfin, pour en terminer avec ce « jeu des différences », je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement entre la description d’un monument décrit dans la nouvelle « le Signe de l’Ombre », faisant partie du roman « Les confidences d’Arsène Lupin » (1913), et une certaine statue figurant en bonne place dans l’église de Rennes-le-Château.

Explications : Dans « Le Signe de l’Ombre », Maurice Leblanc nous conte l’histoire passionnante d’un trésor caché lors de la Révolution. Un trésor fabuleux composé de dix-huit diamants énormes. L’emplacement de la cache ne peut-être découvert qu’au travers de tableaux cryptés dont les dates ont été codées. Il est peu de dire que toute cette procédure romanesque procure un sentiment de « déjà vu », puisqu’elle sera reproduite abondamment lors de la résurgence de l’affaire de Rennes-le-Château en 1967.

Ce qui est plus curieux… c’est la description du cadran solaire où Lupin finira par découvrir les diamants.

Extrait du récit : « Je le regardais avec une curiosité ardente. Mais quelle devait être l’émotion des héritiers d’Ernemont ! Certes, ils n’avaient pas, dans le capitaine Janniot, la foi que j’avais en Lupin. Cependant leurs figures étaient blêmes et crispées. Lentement le capitaine Janniot se dirigea vers la gauche et s’approcha du cadran solaire. Le piédestal en était formé par un homme au torse puissant, qui portait, sur les épaules, une table de marbre dont le temps avait tellement usé la surface qu’on distinguait à peine les lignes des heures gravées. Au-dessus un Amour, aux ailes déployées, tenait une longue flèche qui servait d’aiguille. »

Beaucoup de similitudes entre les décorations de ce cadran solaire et le bénitier se trouvant à l’entrée de l’église, que l’on a communément (et à tort) l’habitude de nommer Asmodée.

Arsène Lupin est  le lien avec l'abbé Saunière qui a commandé le diable de son église

Mais, comme je l’ai indiqué au début de ce paragraphe, nous considérerons, pour une dernière fois, que ces analogies de formes et ces ressemblances artistiques ne relèvent que du hasard.

Donc, convenons-en, cette analyse critique de tous les éléments pouvant apparaître comme communs entre l’œuvre de Maurice Leblanc et l’énigme des « Deux Rennes » aura été rigoureuse et impitoyable. Tous les arguments pouvant expliquer, peu ou prou, les similitudes thématiques entre les aventures d’Arsène Lupin et celles de l’abbé Bérenger Saunière auront été rigoureusement développés, dûment examinés et âprement discutés, avec, en plus, le soupçon de mauvaise foi rationaliste qu’il convient… puisqu’il est le garant d’une étude objective et impartiale.

Alors, il nous reste la « dernière occurrence »… celle qui, à mon sens, demeure la plus difficilement explicable, même par les cartésiens les plus farouches et les sceptiques les plus acharnés.

4°) Où l’on constate que l’intrigue d’une certaine aventure du Gentleman Cambrioleur à Paris ressemble fort à une histoire de tombeau fantôme… dans le Razès.

C’est, une fois encore, l’un des épisodes contés dans le roman « Les confidences d’Arsène Lupin » qui constitue le support d’une série d’éléments pouvant être étrangement comparés à l’affaire de Rennes-le-Château et, plus précisément, à l’énigme de la stèle de la Marquise de Nègre d’Ables, épouse du dernier seigneur de Rennes-le-Château.

Et, pour cette unique fois, je dois reconnaître que des explications rationnelles sont difficiles à avancer au regard des péripéties qui constituent la trame de ce récit et, en particulier, au sujet d’un code secret menant à la fortune… et à la mort.

Nous allons donc passer de l’ombre à la lumière et, après avoir étudié la nouvelle «Le Signe de l’Ombre » et son mystérieux cadran solaire, c’est la première nouvelle du recueil, paru en 1913, sous le titre « Les Confidences d’Arsène Lupin » qui méritera un examen approfondi.

Les confidences d'Arsène Lupin mènent au secret de Bérenger Saunière de Rennes-le-Château

Cette nouvelle, déconcertante pour le moins, est intitulée : « Les Jeux du Soleil ».

L’intrigue est, selon la recette normande de Leblanc, à la fois palpitante et effrayante. Je la résume en quelques mots. Lupin, une fois n’étant pas coutume, se « met à table », tel un malfrat ordinaire, et partage avec son biographe, Maurice Leblanc en personne, neuf confidences relatives à son activité de « Cambrioleur de l’Histoire ».

Celle qui nous intéresse commence par une idée saugrenue de Lupin qui demande subitement à Leblanc, alors qu’ils se trouvent agréablement occupés à discuter, de noter toute une série de chiffres. Quelqu’un, de l’autre côté de la rue, semble s’amuser à réfléchir des rayons de soleil avec un miroir. Ce jeu d’enfant est en réalité, et notre héros l’aura compris immédiatement, un appel au secours passé selon un code. Lupin décode le message… bien évidemment, et cela le mène jusqu’à un certain Baron Repstein dont la femme a disparu.

Arsène résoudra brillamment la terrible énigme mais n’y trouvera, cette fois, aucun bénéfice. Superstition ou dégoût… il semblerait que « l’or des morts » ne convienne pas à notre distingué voleur.

Le message codé et, surtout, son décryptage doivent faire l’objet, à mon sens, d’une attention toute particulière, car c’est bien là que se situe la troublante mise en perspective de deux histoires de tombeaux où gisent, pense-t-on, de Nobles Dames. Arsène Lupin, avec l’aide de Maurice Leblanc, parvient donc à noter l’intégralité du message passé au moyen des éclats de lumière car il a compris que le décodage consiste à compter le nombre de signaux lumineux, entre deux intervalles, puis à remplacer chacun des chiffres obtenus par la lettre de l’alphabet qui lui correspond en comptant A comme 1, B comme 2, etc. De la « télégraphie optique » en quelque sorte.

Le message décrypté est alors retranscrit comme suit : « « Surtout il faut fuire le danger, éviter les ataques, n’affronter les forces enemies qu’avec la plus grande prudance, et… ». Bien évidemment, et même sans correcteur automatique, les deux amis se rendent bien compte que la phrase comporte quatre fautes d’orthographe. Lorsque Lupin s’aperçoit que la personne ayant envoyé les signaux n’est autre qu’un certain Lavernoux, le secrétaire du Baron Repstein, il comprend alors que les fautes étaient bien intentionnelles et commises à dessein par un homme cultivé.

La suite de l’énigme constitue une remarquable démonstration lupinienne. Le Prince des voleurs s’attache, dans un premier temps, à mettre en évidence les fautes de français, puis, en assemblant de manière cohérente, par anagramme, les quatre lettres « fautives », il finit par découvrir le mot « ETNA »… qui n’est rien d’autre que la combinaison du coffre du Baron Repstein. Dans le coffre… horreur ! Le cadavre de la Baronne, voisinant avec or et bijoux.

Récapitulons : Un message crypté par des fautes d’orthographe qui donnent en anagramme un mot codé, qui permet l’ouverture d’un coffre/tombe (souvenons-nous du double sens d’Arca) où se trouvent le cadavre d’une Noble Dame et un trésor. Eh bien, tout cela ressemble très étrangement à la procédure, prétendument divulguée par Gérard de Sède, Philippe de Chérisey et Pierre Plantard de Saint-Clair à compter de 1967 dans « L’Or de Rennes », le livre fondateur du mythe de Rennes-le-Château.

En effet, les trois comparses nous expliqueront – laborieusement – que c’est en relevant les fautes figurant sur la vieille pierre tombale d’une aristocrate locale, autrefois présente dans le cimetière du petit village audois, puis en anagrammant l’ensemble des lettres de l’épitaphe et en les plaçant ensuite sur deux échiquiers en utilisant la méthode dit « du saut du cavalier », que l’on sera alors en mesure – enfin – de trouver une phrase capitale pour la résolution de l’affaire.

Même si beaucoup de « chercheurs » tiennent encore cette théorie comme authentique et capitale…, elle ne demeure en réalité qu’une superbe construction romanesque.

Nous savons maintenant que celui qui aura inspiré Pierre Plantard de Saint-Clair, le génial inventeur de cette redoutable « forgerie », n’est autre que Maurice Leblanc… le non moins génial écrivain cauchois. Mais, la stèle truffée de fautes de la marquise de Rennes-le-Château datait, elle, de 1781 et, trésor caché, il y a bien, dans ce village !

En l’occurrence, je pense que c’est le nom de famille de la maîtresse du Baron Repstein (en réalité, le véritable meurtrier de son épouse) qui doit être pris en compte pour tenter d’établir une correspondance entre les deux affaires. En effet, la demoiselle se nomme DARBEL, un patronyme formé de cinq lettres se rapprochant fort de DARLES, inscription fautive apparaissant sur le croquis de la vieille stèle de Marie de NEGRE D’ABLES, telle que les archéologues de la Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude l’auront relevé en juin 1905.

Mieux que cela, le patronyme de l’intéressée qui pourrait être qualifiée de « catin » au vu de son mode d’existence, comporte successivement les lettres R et B qui, précisément, constituent l’une des fautes majeures participant du prétendu« cryptage » de l’épitaphe de Marie de Nègre d’Ables, si l’on en croit les tenants du message funéraire caché.

Relevé de l’épitaphe de la stèle de Marie de Nègre-d’Ables tel que paru dans le bulletin de la Société d‘Études Scientifiques de l’Aude de 1906

Le R à la place du B dans le patronyme « DABLES » de la « stèle de papier » de Rennes-le-Château semble, effectivement, mis en évidence dans le nom choisi par Maurice Leblanc pour la maîtresse du Baron… nommée DARBEL. Mais, ce n’est pas tout.

Dans une autre aventure d’Arsène Lupin, seize ans plus tard, Maurice Leblanc recommence le même genre de « plaisanterie patronymique ». Il s’agit, cette fois, d’un « signe » glissé subrepticement dans le roman « La Demeure Mystérieuse », édité en 1929.

La demeure mystérieuse où Arsène Lupin décrypte l'énigme de Rennes-le-Château

Cette fois-ci, c’est Patrick Ferté, dans son sympathique ouvrage « Arsène Lupin, Supérieur Inconnu » (Trédaniel 1992), qui m’a mis la puce à l’oreille. Il signale, en effet, que dans « La Demeure Mystérieuse », il est de nouveau évoqué une substitution de lettres dans un nom et, là encore, ce sont les lettres R et B qui sont permutées.

Jugez plutôt au regard du passage superbement mis en évidence par Patrick Ferté à la page 339 de son livre. On notera au passage le « un R pour un B » de René Descadeillas (l’un des premiers historiens à avoir écrit sur « l’affaire de Rennes-le-Château ») mentionné dans son ouvrage « Mythologie du trésor de Rennes-le-Château ».

Deux coïncidences de ce type concernant les deux mêmes lettres, dans un alphabet en comportant 26, l’erreur portant sur des noms de femmes et cela à 16 ans d’écar ! Honnêtement, avec tout le recul qu’il faut prendre dans le cadre de notre affaire, je ne peux considérer cela comme relevant du hasard.

Conclusion sur Arsène Lupin à Rennes-le-Château

Que conclure de tout cela ?

Si l’analyse critique et resserrée de toutes les analogies et correspondances relevées par les exégètes entre l’énigme des Deux Rennes et les aventures d’Arsène Lupin m’amène à en éliminer objectivement la quasi-totalité, pour ma part, « l’occurrence DARBEL » des « Jeux du Soleil » et son double « Arlette-Ablette » de la « Demeure Mystérieuse » restent une énigme difficilement explicable, surtout lorsqu’on met ces éléments en comparaison du croquis de l’épitaphe présumée de la sépulture de la Marquise de Blanchefort, telle qu’exécutée par la société savante audoise en 1905. Cette extraordinaire analogie ne peut-être, en toute honnêteté intellectuelle, balayée d’un simple revers de main. D’autant que, si l’on veut pousser l’étude encore plus loin, outre la « catin DARBEL », la pauvre Baronne REPSTEIN est, également, dotée d’un patronyme éloquent. STEIN, en Allemand, signifie « pierre », quant au REP il m’évoque, peut-être à tort, le « Repose En Paix » des épitaphes funéraires que l’on traduit en latin par « RIP » soit « Resquiescat In Pace », d’où REPSTEIN : Pierre REP.

Tiré par les cheveux… sans doute, mais, la toute dernière « anomalie » que j’ai relevée dans la nouvelle qui décline cette énigme agaçante concerne le prénom de la « catin » DARBEL, et je la trouve très « parlante » ! Jugeons-en. Dans le récit, Maurice Leblanc ne cite que deux fois le prénom de la « théâtreuse » pour qui le Baron aura occis son épouse. Hors, la première fois il l’appelle « Nelly » et la seconde fois « Nancy » !!!

Incroyable tout de même qu’avec le nombre phénoménal de rééditions de tous les romans de Leblanc, la quantité de lecteurs assidus qui en épluchaient chaque virgule, les dizaines de correcteurs s’étant successivement attachés à la révision de ses textes, l’omniprésence attentive de son éditeur Pierre Lafitte, cette faute soit passée… à l’As.

À moins que l’écrivain Normand n’ait insisté pour que la « faute » soit prise en compte comme telle, et qu’elle fasse partie intégrante du roman… et de tout ce qui lui est subséquent !!!

L’enquête continue…

Arsène Lupin signe ses vols !

Equinoxe de printemps 2022, Aronnax, pour la Gazette de Rennes-le-Château le 20 avril 2025 ©

Aronnax nous signale « de mentionner qu’il s’agit d’un travail transmis, pour info, à Michel Bussi, auteur du « Code Lupin » et qu’il fut constitué de deux articles publiés chez Jean-Claude De Brou et Philippe Duquesnois dans des versions différentes. » Qu’ils en soient remerciés ! (NDLR)

La Gazette de Rennes-le-Château vous donne les dernières news sur Maurice Leblanc et Arsène Lupin.

Pour garder le décalage par rapport à Arsène Lupin, nous vous conseillons l’escape game consacré à « Arsène Lupin et le trésor de l’abbé » au château de Rennes-le-Château. Des conférences sont consacrées au secret du triangle audois avec les romans de Maurice Leblanc.

Par contre, la date du 6 juin est récurrente dans notre affaire.


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