Stenay ville du diable

Inor, le Roi N ? à Stenay ville du diable

Me voilà donc vendredi soir à Inor après avoir traversé Stenay ville du diable. Première impression de ce pays qui bien qu’au « Nord » est étonnamment beau, serein, dégageant une impression d’intemporalité et de tranquillité. Comment a-t-on pu, lors des derniers conflits, notamment, s’étriper aussi sauvagement ici ? !

Je passe devant l’église d’Inor et reste estomaqué par le très beau N inversé au-dessus du porche. On y reviendra.
Petite visite aux bords de la Meuse pour profiter de la dernière lumière.

La Meuse à Stenay, ville du diable
La Meuse à Stenay, ville du diable (© Al Sufi)

La Meuse, ici en son adolescence mais présentant déjà les caractères adultes qu’elle affermira plus loin, m’apparaît sereine et langoureuse. A Inor débutent les premiers méandres de la rivière qui la caractérisent plus en aval. Il s’agit bien d’un des deux fleuves majeurs (avec le Rhin) qui structurent l’ancienne Austrasie. La Meuse qui attire les allitérations : meuh des bovins qui broutent sur ces rives, amusement.
On parle de la Trouée de Stenay, mais le terme me paraît impropre, Stenay étant situé à la fois à la sortie de la « trouée » de Montmédy (vallée du Chiers) et du dernier Thermopyle de l’Argonne (secteur abaissé du Chesne).

Au-dessus du fronton de l’église du village qui présente encore des restes de peinture laissant apparaître l’oeil de Dieu dans le triangle, figure donc le fameux cartouche N. O. D.

Le porche de l'église d'Inor près de Stenay la vile du diable
Le porche de l’église d’Inor (© Al Sufi)
N.O.D. sur la façade de l'église d'Inor avec N inversé proche de Stenay
N.O.D. sur la façade de l’église d’Inor (© Al Sufi)

Je pensais en trouver rapidement la signification, sur la base, par exemple de Noster Omnipotens Dominus (ou même D. O. N.), mais il apparaît que ces trois lettres restent une énigme : aucune abréviation ou acronyme n’existe apparemment dans le latin ecclésiastique. Par contre, je tombe régulièrement sur le Pays de Nod (cf. génèse 4,16) lieu où fut exilé Caïn et où il prit femme. Une recherche avec « Pays de Nod » nous plonge derechef dans une ambiance « satanique » : Lilith, vampires, Lucifer, etc. Le Pays de Stenay colle bien à sa réputation ! Bref ! Premier « mystère » ! Qui pourra m’indiquer la signification de ce NOD ?

Stenay ville du diable ou des diables

Samedi matin, en attendant de rencontrer l’ami Maurice, je vais à la recherche des diables. Les voici :

Hôtel de ville de Stenay, la ville du diable
Hôtel de ville de Stenay, ville du diable (© Al Sufi)
Armoiries de Stenay ville le diable sur le fronton de l'hôtel de ville
Armoiries de Stenay sur le fronton de l’hôtel de ville (© Al Sufi)

Salle des Fêtes de Stenay, le diable en ville, normal vu Stenay ville du diable
Salle des Fêtes de Stenay (© Al Sufi)

Diable sur le fronton de la Salle des Fêtes de Stenay
Diable sur le fronton de la Salle des Fêtes de Stenay (© Al Sufi)

Monuments aux morts de Stenay ville du diable
Monuments aux morts de Stenay (© Al Sufi)

Remarquez leurs expressions toutes différentes : presque joviale de celui de la mairie, ambiguë et méphistophélique de celui de la Salle des Fêtes, plus renfermée et attristée de celui du Monument aux Morts. Stenay ville du diable, donc !

Arphays à Stenay ville du diable

Une fois la jonction faite avec Maurice, nous prenons le chemin de la fameuse fontaine près de Charmoy. Et là, ce ne fut pas une partie de plaisir ! Une dizaine de km aller-retour sous la pluie et dans la boue ! Du moins à l’aller – pour la boue – car on découvrit qu’il existait un itinéraire plus civilisé pour le retour ! On nous expliqua ensuite que le chemin que nous avions suivi était bien le chemin traditionnel de haute antiquité du pèlerinage sur les lieux du meurtre de Dagobert II, itinéraire transmis de génération en génération depuis le IXe siècle – voire avant ; le pèlerinage s’effectuait avec le transport des reliques gardées à Stenay. Mais avec la destruction de quasiment tout ce qui restait attaché à Dagobert (église, relique, etc.) entre le XVIe et le XXe siècle, le pèlerinage ne fut plus assuré après la Révolution.

Mgr. Mangin (on en parlera plus loin) tenta de lui redonner vie au tournant du siècle (XIXe/XXe) mais n’y parvint pas. C’est le Cercle Saint Dagobert qui réussit, dans les années 1980, enfin, à relancer cette tradition en s’étant fait « prêter » une infime partie des reliques de Saint Dagobert, échappées par miracle aux diverses destructions, et conservées dans la cathédrale de Verdun. Depuis, chaque année, le dernier week-end d’août, le pèlerinage a lieu depuis Charmoy jusqu’à la fontaine.

Fontaine Arphays de Stenay
Fontaine Arphays (© Al Sufi)

Fontaine Dagobert à Stenay
ou fontaine Dagobert (© Al Sufi)

La fontaine elle-même est une fontaine d’eau très claire et limpide sous le couvert de quelques arbres qui parsèment la clairière. Du chêne légendaire, il ne reste rien, les essences d’arbres étant surtout limitées au hêtre. Cette fontaine est maçonnée (à priori depuis toujours, semble-t-il, d’après la Présidente du Cercle) et rappelle Brocéliande, le Perron de Merlin en moins.
Un Christ en croix se dresse devant un autel de bois triangulaire pour les cérémonies. Une particularité de ce Christ, de même facture que la croix de Charmoy (voir plus loin), semble-t-il, est d’avoir, incongrument, un bout de pagne qui s’élance à l’horizontale et, avec le jeu des plis du tissu, forme à s’y méprendre le dessin d’une tête d’aigle (cf. Tintin, le Secret de la Licorne et le Trésor de Rackham-le-Rouge : « La Croix de l’Aigle »).

Le Christ de la fontaine Dagobert à Stenay, ville du diable
Le Christ de la fontaine Dagobert (© Al Sufi)

L’assassinat du Roi et le « voyage » de sa dépouille

Le texte le plus ancien sur les évènements de Stenay en 679 est la Viti Wilfridi, ou vie de Saint Wilfrid d’York, le mentor de Dagobert II qui l’a éduqué lorsqu’il était en exil et qui a été l’artisan de sa remise sur le trône d’Austrasie. Cette Viti a été écrite par un disciple de Saint Wilfrid, le chantre d’York, Eddius Stephanus quelques années à peine après la mort de Wilfrid qui eut lieu en 709/710. Mais Eddius ne dit rien de ce que devint la dépouille de Dagobert. C’est encore dans le manuscrit de Gorze qu’est détaillé le devenir de la dépouille du Roi, mais aussi dans d’autres documents : cf. « Histoire du royaume mérovingien d’Austrasie » par M. A. Huguenin, Paris 1862 qui cite la « Vita S. Dagoberti reg. et martyr., auteur anonyme dans les annales ecclésiastiques de Le Cointe, t. IV, p. 547. Cette relation précise : « Qui ibi erant fideles, tollentes sanctum corpus et in sandapilâ ponentes transluerunt illud in locum nunc Satanagus vocatum, et ibi sepelierunt in oratorio S. Remigii ubi diutino tempore mansit humatus in saxeo sarcophago, terrâ ubique cooperto », soit, comme le traduit, en le résumant, Huguenin : « Quelques fidèles serviteurs recueillirent son corps, le portèrent à Saint Rémy de Stenay et le déposèrent dans un cercueil de pierre qu’ils descendirent sous les dalles de l’église. » Semble-t-il (je ne peux vérifier entièrement ce point !), les traditions anciennes, avant le XVIe siècle, plaçaient bien la dépouille de Dagobert II à Stenay ville du diable…

C’est dans un ouvrage de François Eudes de Mézeray, en 1687, qu’il est dit (cf. texte original, repris ici, sur le site de Mario Tomasi) : « Dagobert étant tombé au pouvoir de ces ennemis, soit après la perte d’une bataille, soit par quelqu’autre accident, fut tué ; on porta son corps à Roüen, où l’archevêque Oüin l’inhuma dans l’Eglise de S. Pierre. Je sais bien qu’il y a des Auteurs qui le font vivre plusieurs années & qui lui donnent un fils & plusieurs filles : mais c’est à mon avis sur des preuves fort douteuses. Il y a un Dagobert inhumé à Stenai, dans une Eglise bâtie en son nom, où il est honoré comme martir. Sa Légende le fait Roi & dit qu’il fut assassiné dans une forêt à deux lieuës de là par son fillol. »

De Mézeray, semble-t-il, se fait l’écho de doutes et controverses anciens qui ont surgi après la transformation de la Collégiale de Chanoines Saint Dagobert de Stenay en un prieuré bénédictin dépendant de Gorze par Godefroy de Bouillon au 11e siècle. En effet, dans le privilège par lequel le Duc Godefroy accorde ce prieuré aux bénédictins de Gorze, en 1069, il n’est fait aucune mention du titre de Roi quand est nommé le saint patron de ce prieuré. Ce raisonnement paraît largement « jésuite » ! On ne voit pas quel autre Dagobert célèbre aurait été martyr à Stenay. Cela sent encore la conspiration mise en place pour supprimer toute trace de Dagobert II dans l’Histoire : en 2000 encore ! le Quid ignorait encore ce roi !
Donc de Mézeray semble penser que le Dagobert de Stenay n’est pas le Roi, mais un quidam dont l’histoire a perdu la trace.
Quant à savoir d’où il tire les renseignements qui lui permettent d’affirmer que le corps du Roi est à Rouen, c’est une autre paire de manches !

Reprenons notre périple !

Après son meurtre près de la Fontaine d’Arphays, la dépouille du Roi fut donc, dit-on, transportée dans le château de Charmoy (s’il existait à l’époque). Aujourd’hui, il y a deux châteaux (à cause d’un partage passé et d’une histoire de frère) :
• Dans celui qui est le plus proche de la forêt (château bas, je crois), demeure l’actuelle présidente du Cercle Saint Dagobert et sa famille y fabrique la fameuse bière de Charmoy (délicieuse !) ;
• Celui qui est le plus proche de la route possède une ornementation renaissance (très restaurée au XXe siècle).

Château de Charmoy proche de Stenay, la ville du diable
Château de Charmoy (© Al Sufi)

Autre château à Charmoy à côté de Stenay
Autre château à Charmoy (© Al Sufi)

En poursuivant la route, une croix de carrefour se dresse au croisement de la route et du chemin menant à Charmoy. Sur le socle, on remarque une belle croix de Malte et, en fouillant diverses inscriptions datant vraisemblablement de la guerre ou plus récentes : Swastika, noms de personne comme Delor (!), mais aussi des signes plus intrigants ressemblant aux signes de la Tour du Prisonnier de Gisors ou aux graffitis templiers de Domme : triangles surmontés d’une croix avec tous les « noeuds » du dessin marqué par un point plus profond.

La croix de Charmoy sur le territoire de Stenay ville du diable
La croix de Charmoy (© Al Sufi)

Glyphe des Chevaliers Saint-Jean de Jérusalem dénommé de nos jours Ordre de Malte sur le territoire de Stenay ville du diable
Glyphe des Chevaliers Saint-Jean de Jérusalem dénommé de nos jours Ordre de Malte (© Al Sufi) – Merci à Marc pour la légende !

Plus loin, la royale dépouille fit une nouvelle halte, dit-on, à l’église de Mouzay.

Porche de l'église de Mouzay 1867
Porche de l’église de Mouzay (© Al Sufi)

Je visitai cette église le dimanche ; Maurice ne l’a pas vue. Extérieurement, sans intérêt spécial, cet édifice du XIXe a malheureusement remplacé l’édifice antérieur dont il ne reste rien. Cependant, un bloc calcaire (alors que tout dans la région de Stenay est en grès jaune) situé au coin sud-ouest de l’église a attiré mon attention. La légende locale en fait le Trône de Dagobert.

Trône de Dagobert devant l'église de Mouzay, près de Stenay ville du démon
Trône de Dagobert devant l’église de Mouzay (© Al Sufi)

Par contre, en pénétrant à l’intérieur, les vitraux ne manquent pas d’intérêt ! J’ai même cru un instant tenir LE scoop en constatant que deux vitraux avaient été financés par des gens de l’Eure et de Gisors ! Las, en rentrant, je dus déchanter en découvrant que ce scoop avait été remarqué depuis plusieurs années ! Je me console en me disant que j’ai encore « la vista » ! car je ne suis resté dans cette église que 3 à 4 minutes !

Sur les photos, j’attire également votre attention sur deux points !

Sur le côté gauche de la nef de Mouzay, un vitrail représete Dagobert II
Sur le côté gauche de la nef, un vitrail représente Dagobert II (© Johan Netchacovitch)

A sa gauche, un vitrail représente Louis IX, Saint-Louis.
A sa gauche, un vitrail représente Louis IX, Saint-Louis. Quelle est la ville qui apparaît derrière Saint-Louis ? Quelqu’un a-t-il des lumières là-dessus ? (© Al Sufi)
A droite du vitrail dédié à Dagobert II, un autre représente la Vierge accompagnée par un jeune homme. Il a été offert par Mr. Guilmin Auguste, Chevalier de la Légion d'Honneur, ancien maire à Dangu (Eure) né à Mouzay (Meuse) 1822
A droite du vitrail dédié à Dagobert II, un autre représente la Vierge accompagnée par un jeune homme. Il a été offert par Mr. Guilmin Auguste, Chevalier de la Légion d’Honneur, ancien maire à Dangu (Eure) né à Mouzay (Meuse) 1822. (© Al Sufi)

En bas du vitrail dédié à Saint-Louis, la ville de la bienfaitrice a attiré mon attention : Mme Guilmin Auguste née Louise Fromager à Gisors Eure 1821
En bas du vitrail dédié à Saint-Louis, la ville de la bienfaitrice a attiré mon attention : Mme Guilmin Auguste née Louise Fromager à Gisors Eure 1821. (© Al Sufi)

Inscription troublante sur le vitrail de Jeanne d'Arc à Mouzay
Inscription troublante sur le vitrail de Jeanne d’Arc (© Al Sufi)

« Jeanne d'Arc entend ses voix à la restauration complète de l'esprit chrétien en la noble race des Francs » à Stenay ville du diable
« Jeanne d’Arc entend ses voix à la restauration complète
de l’esprit chrétien en la noble race des Francs » (© Al Sufi)

Continuons à suivre la dépouille du bon Roi. Nous arrivons à Stenay ville du diable, sur le lieu de l’ancienne église Saint Rémy d’abord, puis Saint Dagobert à partir de la canonisation du Roi au IXe siècle. En effet, en septembre 872, les restes de Saint Dagobert sont exhumés du sol de l’église Saint Rémy dans lequel ils reposaient depuis 679. Charles le Chauve convoque alors immédiatement un concile à Douzy (dans son palais situé à 18 km de Stenay où il résidait alors au moment des faits, semble-t-il) et fait procéder à la canonisation du roi qui sera validée par les évêques de Reims et de Verdun, avec fête fixée au 10 septembre, jour de l’invention ou de la canonisation car il me semble difficile de concilier en une seule journée ces deux faits.

Charles le Chauve décide également de la construction d’une collégiale avec installation de chanoine, dédiée au Saint, sur l’emplacement de l’ancienne église Saint Rémy.

Lieu de l'ancienne église Saint Rémy, puis Saint Dagobert à Stenay, ville du diable
Lieu de l’ancienne église Saint Rémy, puis Saint Dagobert (© Al Sufi)

La construction est singulièrement accélérée ou amplifiée ? après 882 où l’invocation du Saint est sensée avoir fait reculer les Normands et épargné Stenay. De même, la renommée et la dévotion à Saint Dagobert prennent une ampleur nouvelle : c’est peut-être de cette époque que datent les débuts du pèlerinage à la source Arphays qui perdura jusqu’à la révolution et rassemblait trente-sept communes des environs de Stenay, ce qui n’est pas une paille ! En 1086, Godefroy de Bouillon délivre Stenay du siège mené par le comte-évêque de Verdun. Godefroy change également à cette époque le statut de l’église Saint Dagobert : il chasse les chanoines et y établit les bénédictins de Gorze. L’église devient alors un prieuré dépendant de Gorze, et ce, jusqu’à la révolution. P. Ferté note malicieusement qu’à Gorze, Sainte Dorothée est spécialement honorée avec Saint Gorgon et que la fête de la sainte y est fixée au 9 septembre, vigile de la fête de Saint Dagobert !

Plus rien ne subsiste aujourd’hui de l’église Saint Dagobert, tout le monde s’étant acharné, depuis La Tour d’Auvergne jusqu’aux Allemands lors de la dernière guerre et aux habitants d’aujourd’hui, à faire disparaître toute trace de cet édifice. C’est grâce aux explications données par Mme Bonnefoy, du Cercle Saint Dagobert, que j’ai pu retrouver le lieu.

Lieu de l'ancienne église Saint Rémy, puis Saint Dagobert à Stenay ville du diable
Lieu de l’ancienne église Saint Rémy, puis Saint Dagobert (© Al Sufi)

Stenay ville du diable se compose en fait de deux villes : la cité haute, ancienne forteresse et la Citadelle construite après la conquête de la Ville en 1591 par Henry de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, sur des principes qui seront repris par Vauban mais qui sont antérieurs. La Citadelle est située en contrebas et au Sud de la Ville haute. L’église Saint Rémy, très ancien établissement, a été édifiée sur le cimetière gallo-romain qui se situait à l’extérieur de la ville. Au moment de la construction de la citadelle, cette église fut traversée de part en part pour former la porte d’accès principale de la Citadelle en venant de la Ville. Bien « amochée », l’édifice restait cependant debout, mais il fut définitivement ruiné par les troupes allemandes en 1944, le 3 septembre, lorsqu’elles durent quitter Stenay, par vengeance et besoin de détruire ou pour d’autres motifs ? (voir plus loin « Pierre curieuse »).

Puis en 1965, le propriétaire du terrain, voulant construire sa maison, retrouva par hasard le portail de l’ancienne église Saint Dagobert, portail transféré et conservé miraculeusement dans la cave de l’Association « Cercle Saint Dagobert » que nous allons maintenant visiter.

A propos de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, j’avais relevé que Turenne, localité du Lot, se situe sur le méridien de Crozant (cf. « L’aiguille creuse ») et que les vicomte de Turenne furent également seigneurs de Bouillon, dont un des premiers duc, le fameux Godefroy, était fils d’Ida de Boulogne également sur le même méridien de Crozant. Cette appropriation de Bouillon par les Turenne eut lieu justement avec Henry de la Tour d’Auvergne qui épousa Charlotte de La Marck le 15 novembre 1591 (elle avait 17 ans !), unique héritière du duché de Bouillon et de la principauté de Sedan. Là où le destin est facétieux, c’est que le jour même, et la nuit !, de ces noces avec Charlotte, la Tour d’Auvergne, plutôt que d’être avec sa nouvelle femme, marcha sur Stenay et la prit d’assaut ! Ce lien donc entre Crozant/Turenne/Boulogne se concrétisa ainsi à Stenay ville du diable !

Découvrir “Les grandes heures de l’histoire de Stenay” de l’abbé C. Vigneron et l’incontournable Gérard de Sède “La race fabuleuse – Extraterrestres et mythologie mérovingienne” !


Madame Bonnefoy présidente du “Cercle Saint Dagobert II” de Stenay

Al Sufy avait rencontré Madame Raymonde Bonnefoy, présidente du « Cercle Saint Dagobert II » de Stenay, lors de son reportage. Il l’a informée de la mise en ligne de l’article ci-dessus. Elle lui a répondu une longue lettre sympathique le félicitant pour son travail et lui indiquant les corrections qu’elle souhaiterait voir apportées. Al Sufi y souscrit volontiers.

En premier lieu, Madame la Présidente souhaite que Stenay et son histoire ne soient plus mêlés au mythe de Rennes-le-Château, souhait que nous ne pouvons qu’approuver !
Les divagations des membres du Prieuré de Sion – 1956 – , et notamment celles de Pierre Plantard sur la descendance de Dagobert II rejoignant le Razès ont été en effet largement démontées.

Madame Bonnefoy confirme qu’en effet, à ses débuts, le Cercle Saint Dagobert II de Stenay, approché par Pierre Plantard, a été « infiltré par ses idées et, partant, croyait à cette fable de Sigebert IV dans le Razès ». Elle souligne cependant que « Louis Vazart s’est rendu compte au bout de quelques années qu’il avait été manipulé et rejeta alors toutes ces théories fallacieuses ». Madame Bonnefoy conclut enfin avec humour : « Le Cercle prit alors une autre direction : on ferait dorénavant de l’Histoire et non des histoires ! »

Pour autant, il me semble qu’au-delà de cet aspect plantardo-mérovingien, on ne peut, ni ne doit jeter le bébé avec l’eau du bain ! Il y a, à mon sens, bel et bien un « mystère Stenay » fait d’interrogations multiples et enveloppé dans les replis lissés de l’Histoire officielle (rappelons-nous tout de même que Dagobert II était pendant des siècles passé à la trappe de cette Histoire !). C’est pourquoi des investigations doivent encore avoir lieu sur ce site qui peuvent concerner, notamment :

• La Pierre curieuse et l’histoire de sa découverte ;

• La personnalité et les activités de Monseigneur Mangin ;

• Les activités du Kronprinz pendant la guerre lorsqu’il résidait à Stenay ;

• La place particulière de la Ville dans certaines figures de « géographie sacrée » française ;

• Le pourquoi de la venue à Stenay de Pierre Plantard et de son intérêt pour cette ville.

A ce propos, le paragraphe d’introduction sur Monseigneur Mangin a, semble-t-il, été mal compris (« Ce protonotaire donc, est en effet Sigebert IV dans le Razès »). Il n’était en effet pas dans mon propos de valider l’hypothèse fausse du rejeton ardent par la correspondance de Monseigneur Mangin. La formulation trop condensée peut en effet être trop ambigüe : je reprécise donc ici ce qui m’avait amené à écrire ces lignes incriminées.
Il convient en fait pour bien comprendre la démarche de commencer par la fin : Plantard, pour asseoir sa fantasmagorie, s’est appuyé, en les trafiquant, sur les écrits de l’Abbé Vigneron et, in fine, sur les actes avérés, supposés et/ou détournés de Monseigneur Mangin. La personnalité et les actes de Monseigneur Mangin se trouvent ainsi, de fait, au centre de la genèse de cette fantasmagorie, non pas par la volonté du Protonotaire, mais bien par celle de Plantard !
Il paraît donc logique et important de bien remettre à plat cette histoire du début du XXe siècle pour trier, définitivement ?, le bon grain de l’ivraie et mieux cerner qu’aujourd’hui – au-delà du simple aspect « rejeton ardent », qui me paraît définitivement éclairci ici : c’est bien une farce grotesque du Prieuré de Sion, version 1956 -, les ajouts, falsifications, mais également les buts cachés et les connaissances des intervenants des années 1960 à Stenay.

Enfin, Mme Bonnefoy corrige certaines inexactitudes du texte dues, j’ai honte de l’avouer, à mon manque d’attention aux propos pourtant fort clairs et intéressants de notre hôtesse.
J’ai en effet confondu deux personnes distinctes :

• D’une part, un Compagnon du Devoir, tailleur de pierre, qui a permis grâce à ses conseils, l’installation et le remontage du Portail dans la crypte du Cercle. C’est lui également qui a réalisé et sculpté la reproduction de la « Stèle du Roi perdu ». Il est enfin l’auteur de la Clé de voûte située à l’entrée de la crypte ; Madame Bonnefoy précise à propos de cette pièce : « L’Alpha et l’Oméga sont de son crû, ainsi que sa signature (règle et compas : insignes des Compagnons). L’Abeille (emblème mérovingien) et le Triangle furent voulus par Louis Vazart et nous assumons son héritage… Sans lui, rien n’aurait été fait : le Cercle n’existerait pas et le Portail dormirait encore là où il fut déposé après son exhumation. Son erreur de jeunesse est bien excusable (il avait 25 ans quand il créa le Cercle) ; nous nous y sommes tous d’ailleurs laissé prendre, l’idée était si enthousiasmante ! » ;

• D’autre part, Monsieur Gino Frua, membre du Cercle à l’époque, lui, n’a réalisé, en 1990, que la reproduction de la « Pierre curieuse » SATOR. Par ailleurs, Madame Bonnefoy précise que l’original de la « Stèle du Roi perdu » qui se trouve aujourd’hui à Metz, ne provient pas de Stenay mais de la région messine. Enfin, après son meurtre en forêt de Woëvre, la dépouille du Roi a été transportée sur le site de la Villa de Carmejacum (nom qui a donné Charmoy), les châteaux étant bien postérieurs à cette villa franque à l’orée de la forêt qui a certainement fait suite à un établissement gallo-romain. L’ordre des châteaux de Charmoy a été également inversé : il faut lire « Château Haut » en lieu et place de « Château Bas ».

Al Sufi, Strasbourg, avril et décembre 2008, mises à jour 14 décembre 2019 et 1er novembre 2021


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