“L’Arc de Roseline” Au cœur des arcanes du Tarot dit de Marseille

Gazette de Rennes-le-Château : Kris Darquis, co-auteure avec Jacques Lefranc de “L’Arc de Roseline, le secret templier de Rennes-le-Château”, a répondu aux questions de la Gazette de RLC.

Kris Darquis : Bonjour Johan. Nous devions nous entretenir au sujet de l’Arc de Roseline lors de sa sortie en janvier dernier. L’interview n’a pu se faire au moment opportun mais je ne le regrette pas car, ces cinq mois de décalage, m’amènent à en parler sous un angle différent. Grâce à sa distribution nationale, le livre est accessible à un large lectorat. L’Arc de Roseline déployant plusieurs cordes thématiques, j’ai été surprise de constater que les Templiers et le Tarot de Marseille suscitent autant d’intérêt que Rennes-le-Château.

Kris Darquis au pied du diable, Asmodée, de l'église de Rennes-le-Château
Kris Darquis – JLG ©

Origine du tarot de Marseille

Gazette de Rennes-le-Château : Quelle est l’origine du Tarot ?

Kris Darquis : Le Tarot dit de Marseille est le tarot le plus diffusé et pratiqué de par le monde. Il se compose de 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs avec plusieurs degrés de lecture et sert de support aux médiums pour la divination, et d’inspiration aux artistes. Son origine orientale est communément admise mais nul n’a percé le mystère de sa conception, de sa finalité et de son appellation « de Marseille ».

Il faut rappeler que les premiers tarots commercialisés l’ont été en Italie du Nord (tarot des Visconti-Sforza en 1450). Ils figuraient des personnages publics et s’appelaient simplement tarocchi. Les premiers jeux de tarot dit de Marseille ont fait leur apparition non pas à Marseille mais à Paris et à Lyon comme celui de Jean Noblet en 1650 au dos duquel figure – ce n’est pas pour nous surprendre – des croix de Malte. Un des premiers cartiers a s’installer à Marseille fut François Chosson (1736), ensuite viendront Nicolas Conver, Paul Marteau et Grimaud…

Jacques Lefranc

Gazette de Rennes-le-Château : Vous avez rencontré Jacques Lefranc et, très vite, des liens entre le Tarot, les Templiers et… Rennes-le-Château apparaissent !

Notre-Dame de Marceille à Limoux
Sanctuaire Notre-Dame de Marceille – lieuxsacres.canalblog.com

Kris Darquis : Tout a débuté en 2006 par une conversation anodine échangée avec mon co-auteur Jacques Lefranc (auteur d’un ouvrage en 1997 – le Monde du Tarot) sur ce tarot que nous pratiquons tous les deux mais de manière différente. Connaissant mon intérêt pour les Templiers, Jacques me disait être récemment convaincu que certains arcanes du Tarot comportaient des éléments templiers et que ce jeu pouvait avoir été une création templière.

C’est alors que je lui ai alors parlé du sanctuaire de Notre-Dame de Marceille situé à 10 kilomètres de Rennes-le-Château sur un domaine appartenant jadis à l’Ordre du Temple et qui faisait l’objet depuis le Moyen Age d’un pèlerinage renommé par la vénération d’une vierge noire. De fil en aiguille, nous nous sommes posé la question à savoir s’il pouvait exister un lien entre le jeu de Tarot dit de Marseille (avec un S), le lieu templier de Marceille (avec un C) et le mystère de Rennes-le-Château de part sa proximité géographique. Nous avons effectué nos recherches dans un premier temps à distance, puis avons validé les repères topographiques et la réalité des éléments décelés dans les arcanes du tarot en nous rendant sur place.

Vierge noire de Notre-Dame de Marceille
Vierge noire de Notre-Dame de Marceille, photo prise en 2006 : son manteau a été dérobé et sa tête décapitée en 2007. Sa statue reconstituée est aujourd’hui protégée par une grille. Son regard particulier à la « Mona Lisa » n’a malheureusement pu être restitué – JLG/Lefranc ©

Gazette de Rennes-le-Château : Comment avez-vous découvert Notre-Dame de Marceille et le Razès ?

Kris Darquis : L’élément déclencheur de l’intérêt pour le lieu et pour la région fut l’émission de radio animée par Jean-Claude Carton sur laquelle je suis tombée par un pur hasard en rediffusion.

Le domaine de Saunière et le tarot

Gazette de Rennes-le-Château : Le Domaine de l’abbé Saunière est-il en rapport avec le Tarot ?

Une tour surmontée d’une serre avec vingt et un escaliers qui descendent au jardin du domaine où se situe une autre serre, soit deux serres
Une tour surmontée d’une serre avec vingt et un escaliers qui descendent au jardin du domaine où se situe une autre serre, soit deux serres – Johan Netchacovitch ©

Kris Darquis : Le processus de notre raisonnement est détaillé dans le livre. Ce n’est pas la décoration de l’église probablement inspirée par des commanditaires mais la configuration du domaine, œuvre à nos yeux personnelle de l’abbé Saunière, qui nous a menés sur la piste du tarot. Outre le fait que le nombre 22 est récurrent, nous avons constaté que ces aménagements faisaient écho à certains éléments figurés dans les arcanes majeurs. Le Tarot a servi de fil conducteur pour reconstituer un puzzle et comprendre les informations qui s’y trouvent codées. L’association des arcanes deux par deux s’est avéré un outil précieux.

La chapelle privée de l'abbé Saunière dans son domaine de Rennes-le-Château
Autre tour de verre – Johan Netchacovitch ©

Gazette de Rennes-le-Château : Mais vous ne restez pas à Rennes-le-Château, les informations récoltées vous conduisent à quelques kilomètres de là !

Croix templière au-dessus de la porte des morts de l'église de Serres
Croix templière au-dessus de la porte des morts de l’église de Serres – Johan Netchacovitch ©

Le village de Serres et l’Arc de Roseline

Kris Darquis : Nous en avons conclu que l’abbé Saunière par le biais de ses constructions dirige les esprits avertis en direction du village de Serres dont l’église renferme une double croix unique en son genre peinte au plafond, une croix templière singulière située sur le mur donnant sur l’ancien cimetière et des fresques médiévales latérales difficilement déchiffrables aujourd’hui.

Double croix peinte au-dessus du chœur de l'église de Serres
Double croix peinte au-dessus du choeur – Johan Netchacovitch ©

Kris Darquis : Ces éléments n’ont été mis à jour qu’en 2001 lors de travaux de rénovation et ont été précautionneusement recouverts par un badigeon et non effacés à l’époque de l’abbé Boudet. L’église fut rallongée au Moyen Age et se positionne selon notre théorie au centre d’un codage topographique mis en place par les Templiers et les Hospitaliers pour localiser une cache destinée à abriter un dépôt précieux (documents et/ou objets) ramenés de Terre sainte. Ce rapatriement dans le Razès fut planifié vers 1280 sous Guillaume de Beaujeu et organisé après la chute de Saint-Jean-d’Acre (1291) par les deux derniers grand maîtres templiers qui comptaient dans leurs cercles rapprochés des chevaliers catalans. Nous avons été à même d’en retracer la chronologie et les possibles initiateurs par recoupement. 

Fresque de l'église de Serres
Fresque – Johan Netchacovitch ©

D’autres ordres…

Gazette de Rennes-le-Château : D’autres Ordres gravitent autour du secret !

Kris Darquis : Les Templiers sont les atouts majeurs de cette affaire ; toutefois, nous faisons également intervenir l’Ordre de Saint de Jérusalem ou Ordre de l’Hôpital. On l’oublie trop souvent mais celui-ci était fortement implanté dans le secteur avec des possessions placées sous l’égide de la commanderie de Magrie. Celle de Laval-Dieu (Vallis Dei) faisait dix-sept kilomètres de pourtour et fit l’objet d’une cession en emphytéose perpétuelle de l’Ordre aux seigneurs de Voisins (et non l’inverse) en 1290.

Gazette de Rennes-le-Château : Un grand maitre hospitalier vous a guidée et rappelle aux chercheurs la “Rose Ligne”.

Hélion de Villeneuve

Kris Darquis : J’ai particulièrement été inspirée par le grand maître hospitalier de Provence, Hélion de Villeneuve, frère cadet de la future Sainte Roseline qui, nous le pensons, a inspiré le nom d’une ligne méridienne – la fameuse Rose ligne – conçue bien le Méridien de Paris. La famille de Villeneuve (Villanova), originaire de Catalogne, s’est installée aux Arcs-sur-Argens (Var) au XIIe siècle. Hélion fit partie de la dizaine de templiers et hospitaliers rescapés d’Acre. J’ai de bonnes raisons de penser qu’il a joué un rôle important dans la préservation de certains secrets du Temple car il sera chargé par le pape Jean XXII de gérer l’épineux dossier du transfert des biens et archives templiers. De part des origines familiales, il était proche des grandes familles de la région qui resteront par la suite très liées à l’Ordre de Malte.

D’aucuns considèrent les Hospitaliers comme les rivaux des Templiers ; pourtant, tout nous porte à croire que les dignitaires des deux ordres pouvaient œuvrer ensemble lorsque les circonstances l’exigeaient.

Les Templiers et le tarot

Gazette de Rennes-le-Château : Les Templiers auraient-ils alors “adapté” des cartes du Tarot pour véhiculer un grand secret ?

Le Pape arbore une croix spécifique sur les mains dans la plupart des versions du Tarot. Les deux moines représentent ici les deux ordres du Temple et de   l’Hôpital placés sous sa tutelle.
Le Pape arbore une croix spécifique sur les mains dans la plupart des versions du Tarot. Les deux moines représentent ici les deux ordres du Temple et de l’Hôpital placés sous sa tutelle – Lefranc ©
Tableau disparu de l'église de Rennes-les-Bains : Le Pape
Le Pape de Rennes-les-Bains : Selon JP Deloux/J Brétigny, ce tableau, inspiré visiblement de l’arcane de Wirth qui se trouvait dans l’église, a disparu. Il ressemble en tout point à celui peint par Pierre Plantard (ref. Le Cercle) à la différence qu’ici le Pape se positionne à droite.

Kris Darquis : D’autres détails figurés dans le Tarot indiquent une connaissance de la rotondité de la terre par les Templiers ainsi que celle du Nouveau Monde. Il faut prendre en compte que le monde lettré oriental à l’époque où sévissait l’inquisition en Europe disposait de livres et de cartes très élaborées touchant à l’astronomie, la géographie, la médecine et la spiritualité.

Les Templiers étaient soldats mais également moines à la recherche de certaines vérités qu’ils ont pu acquérir sur place. Ils ont pu avoir l’idée de s’inspirer des cartes à jouer alors en circulation en Orient pour créer leur propre jeu sous forme d’images afin d’y coder des indications ou des connaissances qu’il était trop dangereux à cette époque d’exprimer en écrit. L’art pictural a souvent été utilisé par les initiés pour véhiculer certains messages à destination de ceux qui avaient des yeux pour voir. De plus, il constitue un langage visuel universel. Confucius ne disait-il pas qu’une image vaut mille mots.

La tarot templier et l’Arc de Roseline

Gazette de Rennes-le-Château : Qui a mis en forme le Tarot templier ?

Carte du tarot templier
Ce jeune homme possède les attributs de la royauté. Il se tient à la jonction de deux lignées et son chariot s’est fixé dans une cité – Lefranc ©

Kris Darquis : A proximité de Notre-Dame de Marceille se situait la célèbre abbaye de Saint Hilaire où œuvraient nombre de moines copistes et enlumineurs dans des scriptoriums qui ont pu fournir les infrastructures nécessaires pour la fabrication des premiers arcanes dont l’iconographie évoluera au fil des siècles pour parvenir jusqu’à nous sous différentes formes mais basés sur le même principe. De plus, les Templiers ont pu être assisté d’érudits juifs pour la représentation d’éléments propres à la culture hébraïque comme celle du diable ressemblant à la déesse Astarté/Astaroth qui tenta le roi Salomon. Cette proximité entre Templiers et Juifs a pesé lors de la fondation de l’Ordre et probablement dans l’appellation Tarot.

Gazette de Rennes-le-Château : Qu’avez-vous trouvé dans le Tarot en rapport avec le Razès ?

Kris Darquis : Nous avons décelé dans le Tarot l’évocation de l’énergie de l’Arche d’Alliance ainsi que l’information d’une lignée particulière ayant fait souche dans le Razès.

Pierre Plantard et le tarot sur l’Arc de Roseline

Gazette de Rennes-le-Château : Autre information qui n’est pas dans votre livre, vous avez découvert que Pierre Plantard s’intéressait au Tarot !

L'arcane du pendu
L’arcane LE PENDU figure ici un codage topographique – Lefranc ©

Kris Darquis : En effet, cette information n’est pas mentionnée dans le livre car elle n’entre en rien dans ces recherches. Pierre Plantard se passionnait pour le Tarot et l’un de ses livres de chevet se trouvait être le Tarot des Imagiers du Moyen Age d’Oswald Wirth. Or, ce dernier fut le premier à faire remonter l’origine du Tarot aux temps des constructeurs des cathédrales porteurs, dit-il, d’une sagesse secrète. Plantard évoque le tarot dans sa préface de la Vraie Langue Celtique aux Editions Belfond.

Il a même peint 22 tableaux entre 1956 et 1981 figurant les 22 arcanes du Tarot avec en arrière plan les paysages de la région de Rennes-les-Bains. Seuls quatre arcanes sont figurés (en noir et blanc de mauvaise qualité) dans les documents déposés par Thomas Plantard dans le Cercle en 1992 en page 3. Où sont les dix-huit arcanes manquants ? Avait-il compris que le Tarot était une clef de compréhension ou bien a-t-il utilisé ce support, à l’instar des Templiers, comme une mer pour y jeter un message qu’il tenait en bouteille ?

L'Arc de Roseline - Le secret templier de Rennes-le-Château
L’Arc de Roseline

Gazette de Rennes-le-Château : Kris Darquis, nous vous remercions pour la présentation de l’Arc de Roseline, la clarté de vos réponses et en profitons pour rappeler aux lecteurs votre nouvelle édition colorisée et augmentée de “Claudia Procula – épouse de Ponce Pilate et Amie de Marie-Madeleine”, incluant des extraits de la lettre que Claudia aurait écrite à son amie Fulvia Hersilia et qui fut publiée par l’archevêché de Carcassonne en 1886 à lire en cliquant ICI !

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25 mai 2016, màj 20 juin 2017 et 28 aout 2019, Johan Netchacovitch ©

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