בראשית La Vraie Langue Celtique
Cette étude porte sur « la Genèse » de cette affaire et, selon moi, elle permet de comprendre le cheminement intellectuel de l’abbé Boudet quand il a créé LVL Celtique. (La Vraie Langue Celtique)
Mais déjà toute personne qui étudie « La Vraie Langue Celtique » doit se poser une question : Pourquoi l’abbé ne parle-t-il jamais de LVL Dieu dans LVL Celtique, alors que ce lieu-dit figure sur sa carte, et qu’en tant que prêtre, il passe son temps à parler de Dieu ? A priori cela n’a pas de sens , sauf si…
Au commencement dans La Vraie Langue Celtique
Au commencement, il y avait une direction qui partait d’Arques et aboutissait à Lavaldieu (diagonale de lettres M sur la stèle), puis « l’information » s’est déplacée à Rennes-le-Château, et une deuxième direction est apparue (diagonale de lettres T de la stèle). Mais c’est de la première direction dont je vais vous parler car…
Au commencement, il y avait un lieu sur la carte de LVL Celtique dont l’abbé ne donna aucune explication dans son livre, il s’agissait de LVL Dieu.
Je vais partir « d’une solution probable » afin d’expliquer comment Boudet eut l’idée d’évoquer ce que j’ai appelé « la croix de Dieu ». Les « Boudétistes » le savent car l’abbé a toujours affirmé : Il y a des croix gravées dans son cromleck.
Un hameau au nom particulier
Le hameau de Lavaldieu possède une double particularité :
– Le début de son nom commence par le palindrome LAVAL. L’abbé peut donc évoquer ce palindrome en utilisant des mots anglais qui commencent par VAL ou par LAV. C’est en utilisant la traduction d’un mot anglais commençant par LAV que Boudet le fera dans le cas de « la croix de Dieu ». Le Sadler explique que to lave (prononciation « léve ») signifie notamment « soulever, élever en haut ». « Soulever, élever, lever » sont les déclinaisons que l’on trouvera dans LVL Celtique. Rappelons qu’étymologiquement , « la résurrection » (mot qu’on trouve dans l’avant-propos du livre) vient du latin resurgere qui signifie « se relever, se lever une nouvelle fois ».

– la fin du nom se termine pas « Dieu », ce qui qui constitue à priori une aubaine pour un prêtre dont la fonction première est d’en parler constamment.
Une histoire de prononciation
Boudet était prêtre, et durant toute sa vie, rien n’était plus important pour lui que de nous parler de Dieu ; il évoqua ce mot plus de 80 fois dans son ouvrage.
Ensuite, l’abbé avait une véritable passion pour la linguistique (particulièrement le dialecte languedocien), et donc, pendant toute sa vie d’adulte, il fut sensible à la prononciation des syllabes dans chaque mot, notamment ceux qui concernent les lieux se trouvant autour de Rennes-les-Bains.
Au XIXe siècle, le hameau de LVL-Dieu se prononçait en occitan « Laval-d-iou » (https://fr.forvo.com/word/dieu/) et c’est très probablement pour cette raison que l’abbé décida d’évoquer ce lieu dans son livre, par des mots contenant le son « you ».
Comment YOU fut mis en exergue
Il lui fallait dans un premier temps nous donner cette piste et la façon la plus évidente était de commettre une erreur remarquable, totalement incompréhensible sur cette prononciation. C’est en page 34 que l’abbé nous parle du nom de Dieu et commet « cette erreur impardonnable » : « Le second i, ye qui se prononce yi, correspond au nominatif pluriel de la seconde personne Vous ; le thou ou Toi du singulier, n’exprimant qu’une familiarité peu respectueuse, n’est point usité en anglo-saxon, comme d’ailleurs en français, dans le langage poli. »
Le Sadler nous apprend que Ye est le pluriel de Thou qui signifie « toi » et qui exprime justement la familiarité.
Donc, si l’on suit le raisonnement de l’abbé, on trouverait Ye (qui exprime une familiarité irrespectueuse…) dans le nom sacré de Dieu, au lieu de You se prononçant « you-iou », qui lui exprime le respect ! C’est inconcevable !
About the engraved crosses of the cromleck (graver : to engrave , to grave)
Maintenant qu’un « focus » est fait sur le mot « you », il faut s’intéresser à sa traduction anglaise : « to hew ». « To hew » [you] signifie « tailler », mais il existe un synonyme anglais, To Grave qui signifie aussi tailler et graver1. Le « mot relais » Hew2 va lui permettre d’évoquer le tracé d’une croix.
La technique de « codage »
Le procédé est simple : associer à certains lieux du cromleck la notion de « graver/tailler », de « lever, soulever, élever », et de « croix ». Il reste à repérer les lieux-dits qui portent cette notion et constater qu’ils forment bien une croix. Le but recherché par l’abbé est de montrer que cette croix est plantée sur un lieu particulier : LVL Dieu.
Les cugulhous
L’un d’eux est réel, celui de l’ouest (page 233), et l’autre à l’est, est une invention de l’abbé (page 242). Le nom utilisé pour le désigner était Cuguillou en 1781.

On retrouve aussi cinq fois cette appellation dans le bulletin de la SESA de 1911 (pages 68-74-77-91-165).
L’abbé les définit de la façon suivante dans la LVL Celtique, pages 233 et 242 : « – to cock, redresser, – ugly (eugli), difforme, – to hew (hiou), tailler –. »
Il faut lire la définition complète de chaque mot dans le Sadler afin retrouver le lien :
* COCK, signifie aussi girouette, objet qui comporte une croix indiquant les quatre directions cardinales. C’est aussi l’entaillure , mot incluant le mot « taille ».
* To COCK, signifie « relever », soit un verbe qui sera décliné dans les lieux qui concernent cette « croix de Dieu »
*UGLY signifie « Laid » , homonyme de LAY ( voir1 en fin d’étude)
* et enfin le mot Hew2 qui se prononce « you ».
Le deuxième lieu, appelé aussi Cugulhou, va permettre à l’abbé de construire la première branche de sa croix. Vous constaterez que le segment reliant les cugulhous, passe exactement sur l’église de Rennes-les-bains. Je n’ai pas à vous expliquer le lien entre une église et la croix .
Prenez alors une équerre et tracez une droite perpendiculaire passant par l’église… Au nord, nous trouvons « les crossés » et au sud la « maison gauloise », puis LVL-Dieu. Nous sommes sur la direction historique de l’affaire de Rennes-le-Château (ligne de lettres M sur la stèle et le petit parchemin, côté droit du triangle dans la pierre de Coumesourde, direction PS sur la dalle).
→ Lés crossés : Ce mot signifie « croix », tout est dit !
Les mots « élevés » et « levées » que l’on trouve dans la description du lieu sont en relation avec COCK. LVL Celtique , page 243 : « Les pierres, taillées d’après l’angle déterminé par l’inclinaison du soulèvement de la masse rocheuse. » « Soulever » est une déclinaison de « lever » , « relever » et « élever ».
→ La maison gauloise
L’abbé nous en parle dans le sous-chapitre consacré à « la pierre à trou ou hache3 celtique ». Il explique alors que le « silex taillé » n’est pas une pierre à trou mais il possède la même fonction4.
LVL Celtique, page 257 : « Nous avons en notre possession un silex de quatorze centimètres de longueur sur trois centimètres de largeur, offrant de nombreuses dentelures sur les bords, trouvé dans le terrain de l’Haum-moor, tout près de l’emplacement d’une ancienne maison gauloise. »
Il faut savoir que la dentelure est synonyme d’entaille (indent).
LVL Celtique, page 259 : « Remarquons que ces silex étaient fabriqués chez les Turones, et le nom seul de cette tribu – tour, voyage, – hone, pierre taillée – »
En fait dans le Sadler, HONE signifie « pierre à affiler les rasoirs », mais Boudet change la définition afin de faire apparaître le mot « taillée ».
LVL Celtique, page 259 : « Pressigny, représente, signifie la demande et la prière s’élevant vers les hauteurs des cieux – to pray (pré), prier, demander, – to sign, représenter, signifier, – high (haï), haut, élevé –. »
« Se signer » signifie en français faire le signe de la croix et ce mot se trouve associé avec un autre qui signifie « élevé » (voir COCK dans Cugulhous).
En conclusion

Le son YOU est à l’origine du tracé de cette croix dont la branche verticale est limitée par les deux seuls lieux du cromleck que l’abbé ne va jamais expliquer : LVL-Dieu et le Cardaoussel . L’église de Rennes-les-Bains se trouve exactement au centre de cette branche .
La branche horizontale est limitée par les deux Cugulhous dont l’un fut inventé afin de pouvoir construire cette croix. Enfin, on retrouve la même notion de « tailler=hew= you », ainsi que les déclinaisons du mot « lever » dans toutes les traductions de lieux qui permettent de tracer cette croix.
1 – le mot anglais « grave » signifie notamment « posé » et « tombeau ». La pose, soit LAY en anglais, permet à l’abbé d’évoquer LAV, soit la base du palindrome LaVaL. LAV n’est pas un mot anglais, même si comme nous l’avons vu, il existe quelques rares mots anglais qui commencent par LAV. L’abbé ne peut donc pas l’utiliser, mais il sait qu’à l’origine, la lettre Y provient de la lettre V, c’est probablement pour cette raison qu’il utilisera abondamment les nombreuses définitions du mot LAY. Le mot « allay » est une déclinaison de LAY utilisée par l’abbé, il est associée à « hew » en page 157.
2 – Le mot « hew » est associé à d’autres mots dans certaines définitions. Il est possible qu’en page 149, l’abbé fasse allusion à Arques, et qu’en page 154, il nous invite « à tailler » le mot cheval en deux afin de mettre en évidence ce qui constitue la base du palindrome Laval, soit LAV, mais rien n’est certain.
3 – Dans les définitions des Helvii et des Helvetii de la page 178, l’abbé associera « la hache » au mot Hew.
4 – Cette pierre emportée dans les voyages (page 260) est donc en relation avec la maison gauloise. Dans la définition de Montferrand, on trouve aussi et uniquement là, le mot « voyages » (page 295) : nous sommes sur la branche verticale de la croix, le mot voyage est aussi « un mot-relai ».
Août 2025, Edouard Jauclin ©
La Ferrière
La Vraie Langue Celtique reste le document le plus difficile à étudier, et ceci pour différentes raisons. D’abord il faut reconnaître qu’elle présente les caractéristiques « de l’auberge espagnole », dans le sens où il est facile pour tout lecteur d’y chercher ce qu’il souhaite y trouver ou y apporter.
Ensuite, le document est constitué de 310 pages contenant un texte difficile à lire, à comprendre, voir à retenir. Il faut donc réaliser plusieurs lectures avant de commencer à pouvoir l’étudier sérieusement. Mais il est pour ma part « Le » document principal concernant notre affaire, et c’est pour cette raison que je m’astreins à « y replonger » régulièrement.
Etudier la Vraie langue celtique
Alors est-il possible de rendre cette étude plus abordable en pensant aussi à la biographie de Henri Boudet ?
Je répondrai que c’est faisable. Sachant que l’objet principal de l’abbé Boudet concerne le cromleck, tout chercheur débutant ne peut s’intéresser qu’aux deux derniers paragraphes : il ne reste donc que 82 pages à lire plusieurs fois et à étudier. Mais il est possible de faire encore plus simple !
Il faut alors se limiter à l’étude de la carte…
Vous constaterez qu’elle possède des erreurs volontaires, des inventions de l’abbé Boudet, des lieux-dits intentionnellement omis et des déformations, soit autant d’angles d’attaque pour découvrir à quel point ce prêtre était intelligent.
LVL Celtique, page 240
L’étude que je vous présente ne concerne qu’un peu plus d’une page :
« Aux pieds de la Garosse, se déroule un tout petit vallon arrosé par le ruisseau de Goundhill ; et sur les bords de la Blanque, une métairie fixe l’attention. La bergerie placée tout près de la maison d’habitation, est bâtie sur les fondements fort anciens d’une forge dont les marteaux étaient certainement actionnés par un moteur hydraulique, comme dans les forges dites catalanes. On peut aisément s’en convaincre par l’inspection de la voûte surbaissée,qui laissait à l’eau du bassin supérieur un écoulement facile dans la rivière (1). Un gué fort commode existe en cet endroit, et permet au voyageur descendant de la Garosse de poursuivre directement sa route sans se détourner.
Cette métairie est connue sous le nom de la Ferrière. Dans cette appellation habilement combinée, les Celtes ont compris, soit le gué, soit la forge du maréchal-ferrant qui habitait ces parages, car ferry signifie un lieu où l’on traverse une rivière, et farrier (farrieur) désigne un maréchal-ferrant. Les maréchaux-ferrants gaulois fabriquaient-ils eux-mêmes le fer dont ils avaient un besoin journalier ?
C’est fort probable, et ce ne serait point là une hypothèse inadmissible. Il est possible encore que la petite forge catalane ait succédé, dans la suite des temps, à celle d’un maréchal-ferrant gaulois.
(1) Un excellent vieillard du hameau de la Hille nous a déclaré avoir trouvé, lui-même, dans le terrain situé au-dessus du bassin, des scories de fer, traces évidentes de l’industrie exercée dans cette maison. »
Remarque générale
Nous sommes à l’extérieur du Cromleck !
Malgré cela, l’abbé pense qu’il est utile d’en parler. On constate que « son obsession » est alors de nous démontrer que ce lieu possédait à une époque, une ancienne forge catalane. Il ira jusqu’à nous expliquer dans le paragraphe suivant qu’une meule découverte à Borde-neuve provenait certainement de cette forge.
Une particularité géographique
Après avoir situé la zone géographique (aux pieds de la Garosse, sur les bords de la Blanque) en utilisant un pluriel qui pose question, l’abbé Boudet va citer trois lieux qui ont la particularité d’être alignés : la Ferrière, le Gué et la Hille. Si vous tracez une droite qui passe par ces lieux, vous remarquerez qu’elle aboutit légèrement au nord-est de Lavaldieu. Cette particularité n’est rendue possible que parce que la carte est déformée dans sa partie sud-ouest :



Cette déformation lui avait aussi permis d’évoquer le tracé d’un carré dont l’une des diagonales est parallèle à la droite jaune FGH que nous venons de tracer : la Ferrière, le Gué et la Hille.

L’écoulement
Bien qu’à première vue, ce mot ne semble pas attirer l’attention, il possède une caractéristique remarquable. On le trouve uniquement évoqué à deux endroits de LVL Celtique : d’abord sur cette page 240, puis aux pages 290 et 291.
Par expérience, je sais que l’abbé Boudet utilise certains mots (mots que j’avais qualifiés de « mot-relais ») afin de relier des parties de texte entre elles car ces parties concernent un même sujet.
Ces mots ont la particularité d’être rarement utilisés et c’est le cas pour « écoulement » car on le trouve uniquement dans la définition de « rash ». Remarquez comment l’abbé va « incorporer » ce mot dans une définition anglaise dans laquelle il ne se trouve pas. Dans un premier temps, il explique à propos du mot « rajole » que dans le dialecte languedocien, « rash » signifie écoulement (en parlant de la tuile). Puis à la page suivante, il décompose le mot « scarrajols » et nous traduit « rash » par écoulement, sous-entendant ainsi que ce mot se trouve dans la traduction anglaise du mot « rash » !
Quand l’abbé aménage ainsi une définition à sa convenance, c’est qu’elle présente un intérêt certain.
La scarrajols
Ce mot est apparemment au pluriel !
La scarrajols serait donc le lieu où se trouvait une ancienne tuilerie. Avez-vous remarqué que ce mot en page 291 possède une particularité ?
Ce mot possède deux orthographes, scarrajols et scarajols car il possède deux fonctions.
L’une est d’évoquer le mot carré et l’autre d’évoquer le mot anglais care. Je ne vais pas développer ici car le seul mot care mérite plusieurs études (heed, headgarde, attention , soin… Voir page 423 : https://drive.google.com/file/d/1KUk4JcMji7m8JS5V-Kco77vTOMN-C1SR/view ). Quant au carré, l’abbé enchaîne à la page suivante sur le mot gléizole qui permet de comprendre la construction de cette figure géométrique sur la carte.
En résumé et pour ce qui nous concerne aujourd’hui, l’abbé Boudet utilise le mot écoulement afin de créer un lien entre les pages 240 et 290, lien relatif aux mots tuiles et tuilerie. Pourtant vous constaterez qu’il est nullement question de tuilerie dans le paragraphe qui concerne La Ferrière ! La seule possibilité est que ce lien concerne « la direction jaune » qu’il cherche à nous faire découvrir. Et c’est le cas car cette droite jaune GHF passe le long d’une autre tuilerie, celle qui se trouve dans le bas de la vallée de Lavaldieu, mais qui ne figure pas sur la carte Boudet. Voir l’extrait du cadastre actuel !

Déjà à l’époque de Boudet, cette appellation existait comme le montre cet extrait : rapport du préfet et procès-verbaux des séances du conseil général de l’Aude , session d’août 1885.

Nous avons donc en remontant la droite : la Ferrière, le gué, la Hille, la tuilerie… puis Lavaldieu.
La forge et la voûte surbaissée
Depuis le jour où je me suis intéressé à Lavaldieu, j’ai cherché tous les documents qui y faisaient référence. Une des sources les plus faciles à exploiter se trouve sur Gallica. J’ai donc cherché tous les documents datant d’avant 1886 contenant le mot Lavaldieu. Je fus alors fort déçu car, sur les 70 documents répertoriés, un seul était relatif à Lavaldieu de Rennes-le-château. C’est celui que vous trouvez juste au-dessus (reconstruction du ponceau). Les 69 autres documents parlent d’une abbaye qui porte ce nom et se situe dans le département des Ardennes à Monthermé.
Il est probable, mais non démontré, que l’abbé Boudet en mettant particulièrement en évidence l’expression « voûte surbaissée » avait dans l’idée que ce vocabulaire se rapportait aussi à celui consacré aux abbayes, mais je pense qu’il est certain qu’il connaissait l’existence de l’abbaye de Lavaldieu, portant le nom d’un des hameaux présent sur sa carte.
Si vous regardez où se trouve cette abbaye à Monthermé, vous remarquerez que, juste à l’ouest de cette abbaye, se trouve une entreprise du nom de Forgex France. Historiquement cette entreprise était connue sous le nom de « forges de Lavaldieu ». J’imagine mal l’abbé Boudet s’intéressant aux forges catalanes1 comme celle de Gincla (page 218 de LVC), ne pas connaître l’existence des forges de Monthermé.
1 La forge est « une affaire familiale » chez les Boudet. Le père de l’abbé dirigeait une forge (https://gw.geneanet.org/genrennes?lang= … re+auguste ) et Jean Bernard Huillet, le grand-père maternel de l’abbé, était régisseur de forge. La mère de l’abbé a donc certainement contribué à la « formation » de Boudet dans ce domaine.
Conclusion
La déformation que présente la carte Boudet au sud-ouest, permet à l’abbé d’évoquer entre autre, un alignement de lieux dont la direction passe juste au nord-est du hameau de Lavaldieu. Il est aussi possible que l’expression « PS-Prae-cum » que l’on trouve à la fois sur la dalle de Marie de Nègre d’Ables et sur la pierre de Coumesourde soit en relation avec ce que l’abbé Boudet a évoqué en parlant de la Ferrière.
J’ai montré dans mes différents travaux qu’une direction sud-ouest partant d’Arques, passant par Rennes-les-Bains et aboutissant à Lavaldieu était évoquée dans cinq documents différents (la croix de Dieu de LVL Celtique, la diagonale de lettre M sur la stèle, la diagonale de lettres M sur le petit parchemin, la diagonale sur la pierre de Coumesourde et la direction évoquée sur la dalle ! Voir page 418 à 421 https://drive.google.com/file/d/1KUk4JcMji7m8JS5V-Kco77vTOMN-C1SR/view.
Graver un texte latin sur une pierre ne la rend pas pour autant antique, et je pense que la pierre de Coumesourde date de l’époque de Boudet. Il faut savoir que, lors de sa fondation et très longtemps après, l’abbaye de Lavaldieu de Monthermé abritait l’ordre des Prémontrés. L’abréviation qui représente cet ordre est « Praem ». Je pense que le codage de la pierre de Coumesourde et de la dalle participe à la solution. L’appellation « prae-M » se retrouve sur les différents documents sous la forme « prae » et/ou « M » qui représente le palindrome IaVaI.
Pour conclure, c’est une énigme faite par des prêtres et destinée à d’autres prêtres qui ont les connaissances nécessaires pour comprendre les différentes allusions faites dans les différents documents.
Juillet 2025, Edouard Jauclin ©
L’abbé Boudet était-il celtomane ?
C’est une question que certains se sont posés après avoir lu La vraie langue celtique. Avant d’y apporter des éléments de réponse, il convient de définir ce que signifiait la celtomanie au XIX siècle.
La celtomanie
Définition actuelle
La celtomanie fut un engouement, une mode littéraire, un courant de recherches, qui s’est développée dans certains milieux intellectuels à la fin du XVIIIe siècle et au long du XIXe siècle (voir dès le XVI siècle), essentiellement dans les pays dans lesquels « la langue celtique » était parlée sous forme de différents dialectes.
Côté littérature, on cite François-René de Chateaubriand comme étant un écrivain qui aurait involontairement contribué à son développement, et en ce qui concerne les deux principaux courants de recherches, il sera question d’archéologie et de linguistique.
Pour Marc Decimo, la celtomanie se définit comme l’obsession de voir une trace « celte » un peu partout et, en particulier, dans les langues, les individus, les monuments ou les pierres.
Les références : https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2917&menu=0 ; https://www.lespressesdureel.com/EN/file/ouvrage/2917/extrait_pdf_2917.pdf
Définition au XIX siècle
Larousse définit le celtomane de la façon suivante : CELTOMANE adj. (sèl-to-ma-ne de celte et de manie). Qui a la celtomanie. Le savant Bullet était celtomane.
Encycl. Les antiquités celtiques ont jeté la confusion dans les idées de quelques savants des siècles derniers. Les Pezron, les Pelloutier, les Vallancey, les Court de Gébelin, les Latour -d’Auvergne, les Le Brigant, etc., ont interrogé la profondeur des âges pour arriver à la découverte de la langue primitive ; et ce n’est plus l’hébreu qui, selon eux, a été parlé à l’origine du monde, mais le celtique pur, tel qu’on le trouve encore usité de nos jours, soit en Irlande, soit sur les côtes de la basse Bretagne. La manie de voir en tout et partout la race celtique, la langue celtique, des monuments celtiques a fait donner à ces savants historiens et philologues , la qualification de celtomane. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k507258/f698.item.zoom)
Les principaux celtomanes
On trouve essentiellement des linguistes :
– Paul-Yves Pezron (1640-1706) est un religieux, un théologien et un linguiste français. Il publie un ouvrage (« Antiquité de la nation et de la langue des Celtes ») afin d’établir l’Antiquité supérieure des Gaulois en recherchant de quel personnage de la Bible ils sont issus (d’après lui, ils sont tous les fils de Gomer, fils de Japhet et petit-fils de Noé). En établissant des comparaisons linguistiques, il consolide l’idée de l’origine commune des Bretons et des Gallois en montrant qu’ils ont hérité d’une langue celtique.
– Jean-Baptiste Bullet (1699-1775) est un théologien et historien français. Dans son livre « Mémoire sur la langue celtique », il s’attaque au mythe de Babel : Dieu a dispersé son peuple et c’est le climat qui a fait diverger les parlers. Il faut rechercher la langue commune primitive à partir des langues grecque et celtique qui se sont mélangées pour donner le latin.
– Jacques Le Brigant (1720-1804), qualifié « de prince des celtomanes ». Il prétend que le breton est la langue-mère de tous les idiomes, et que, grâce à elle, il est capable de comprendre d’autres langues. Sa devise était: « Celtica negatur, negatur orbis » (« Qui nie la Celtie, nie l’Univers »). Son extrémisme lui valu d’être ridiculisé dans les salons littéraires parisiens de son époque.
– Théophile-Malo de La Tour d’Auvergne-Corret (1743-1800) à qui l’on doit notamment la formalisation des mots menhir et dolmen à partir du bas-breton (« Origines gauloises »). Selon lui, la langue bretonne serait la plus vieille au monde.
– Jean François Le Gonidec de Kerdaniel (1775-1838), qui fut un grammairien et linguiste de la langue bretonne.Avec Jacques le brigant et Jacques Cambry, il fut membre de l’académie celtique qui ne dura que neuf ans et laissa place à la société des antiquaires de France.
– Jacques Cambry (1749-1807), écrivain, historien et archéologue, il fonda l’académie celtique. Il pensait à tort que les mégalithes étaient d’origine celtique !
Le trait commun à toutes ces personnes est d’être passionné à l’excès par la culture celtique et de considérer que le breton était la « langue mère » (le breton est une des langues d’origine celtique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_celtiques. Les plus anciens celtomanes (Pezron, Bullet, le Brigant…) ajoutent une dimension biblique à leur travail.
La celtomanie dans LVL Celtique
Que nous apprend ce livre, tant au point de vue littéraire, religieux et linguistique ?
L’aspect littéraire
L’abbé Boudet nous parle bien de Chateaubriand sans mettre de référence en bas de page (page 159, chapitre V – Langue celtique). L’abbé cite cet écrivain afin de décrire la Bretagne : « Région triste et solitaire, enveloppée de brouillards, retentissant du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers étaient battues d’un Océan sauvage. » Cette phrase est extraite du livre Les martyrs (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86266780/f9.image# ; livre IX, page 298).
Apparemment, rien dans cette phrase n’exalte le celti(ci)sme. Cependant, il faut lire le livre pour s’apercevoir que, quelques pages plus loin, il est question d’un rite celtique dans lequel une druidesse prononce l’expression « au-gui-l’an-neuf » (livre IX, pages 303-305). Pour ma part, l’abbé crée ici un lien avec le sous-chapitre VII-IX de La vraie langue celtique intitulé « le guy sacré ».
L’aspect religieux
Cet aspect est très présent dans La vraie langue celtique. Tout un chapitre est consacré à ce que l’abbé appelle « la langue hébraïque ». Il conclut en page 81 que : « Ces exemples nous paraissent devoir suffire pour offrir un appui solide à cette assertion que la langue celtique est en réalité la langue primitive. »
On ne peut que constater que l’abbé Boudet est un prêtre « qui marche dans les pas » des anciens celtomanes religieux.
L’aspect linguistique
L’abbé Boudet rejette rapidement l’idée d’utiliser le breton dans le but d’expliquer la langue celtique, et il nous explique pourquoi :
- « Il est donc certain, par quelques exemples, que des mots celtiques se retrouvent dans le langage des descendans des Celtes en Bretagne et en Languedoc ; aussi nous n’hésiterons pas à faire l’épreuve du dialecte languedocien, pour tâcher de découvrir la vraie langue celtique parlée par nos ancêtres. Néanmoins, il doit paraître bizarre que nous choisissions le dialecte languedocien plutôt que le breton pour nous mettre sur la voie … » (page 12)
- « La langue bretonne est, croit-on, la vraie langue celtique parlée par nos aïeux. Que les Bretons aient conservé un nombre très considérable d’expressions gauloises, c’est incontestable ; mais ils n’ont point gardé cette langue dans sa pureté, et il suffit de jeter un coup d’œil sur leurs pronoms pour juger de l’altération profonde de leur langage. » (page 150)
Puis il cite Le Godinec et Lehuerou (Julien Marie Lehuërou 1807-1843) qui ne parviennent pas à déterminer l’étymologie du mot Britanni. Non seulement l’abbé rejette les travaux de Le Godinec, mais par deux fois dans son livre, il met en avance les travaux de M.A. De Chevallet :
- « Les noms bretons, irlandais, écossais et gallois sont pris de l’ouvrage de M. A. de Chevallet : origine et formation de la langue française. Ier Vol » (note en page 12)
- « M.A. de Chevallet, dans son magnifique ouvrage, Origine et formation de la langue française, écrit : … » (pages 178-179)
Il faut savoir que dans son livre (page 216), M.A. De Chevallet dénonce les erreurs commises par les celtomanes : « Les ouvrages publiés dans le siècle dernier par Pézeron, Bullet, Le Brigant et autres celtomanes, ont été l’objet d’une juste défiance de la part des savants leurs contemporains, et sont encore aujourd’hui la cause d’un certain discrédit dans lequel sont tombées les études celtiques. Parmi les innombrables erreurs dont fourmillent ces ouvrages, une des plus fréquentes consiste à donner pour celtique un mot provenant d’une autre langue, introduit dans un des patois celtiques, comme il s’en introduit un grand nombre dans tous les patois. »
En résumé, l’abbé Boudet ne fera jamais référence à l’un des écrits publiés par un celtomane. Au contraire, il réfute l’utilité du breton pour expliquer ce qu’est la langue celtique et va jusqu’à « encenser » le magnifique ouvrage de Chevallet qui pourfend les erreurs des celtomanes.
Il est très probable que l’abbé Boudet ne souhaite pas s’inscrire dans ce mouvement.
La place de la langue celtique dans les travaux de l’abbé Boudet
Souvent, les personnes qui survolent LVL Celtique pensent que l’objectif premier de ce livre est de démontrer que l’anglais moderne est la langue-mère, alors que ce n’est pas le cas du tout. Dans ses observations préliminaires l’abbé est parfaitement clair : l’objet principal de sa recherche concerne le cromleck : « .. .avant de nous servir du langage des Tectosages pour expliquer la signification des monuments mégalithiques de Rennes-les-Bains, objet premier de nos recherches… »
En fait, la langue celtique est l’outil qu’il met en place dans le but d’expliquer « son cromlech ». Ayant une formation d’anglais moderne, il utilise cette compétence afin d’atteindre son objectif. Pour cela, il cherche dans un premier temps à justifier son utilisation, et c’est pour cette raison qu’il commence par présenter deux arguments.
Le premier est fallacieusement historique. Pour simplifier à l’extrême sa démonstration, il explique qu’une partie des Volques Tectosages (tribus Belges, appartenant à la confédération celte des Kimris, qui s’étaient installées dans le Languedoc en 300 av JC), ont rejoint « leurs frères » en 281 av JC, dans la forêt Hercynie. Beaucoup plus tard (près de sept siècles après !), ils reparaissent sous le nom de Saxons ! C’est en compagnie des Angles qu’en 416 après J.-C., ils traversent la mer du nord afin de secourir le chef des Bretons. Après avoir trahi ce chef, ils fondent le royaume anglo-saxon en Angleterre. Quelques années plus tard, les Bretons seront chassés et iront se réfugier en Bretagne.
Donc, d’après Boudet, la langue s’est conservée entre ces peuples (Volques et Angles/Saxons !), ce qui a pour conséquence que le languedocien et l’anglais moderne « c’est la même chose, CQFD » !
Le second argument, à peine plus convaincant, consiste à comparer quelques dizaines de mots du dialecte languedocien avec ceux de la langue anglo-saxonne afin de constater à quel point ils se ressemblent.
Enfin il teste son hypothèse sur différents langages afin de vérifier que tout cela n’est pas que le « fruit de son imagination », car comme il dit : … nous avons tenté de la faire réfléchir par les miroirs des langues hébraïque, punique, basque et celtique. Le résultat nous a paru sérieux…
→ Alors à quel point l’abbé Boudet était-il convaincu par sa démonstration ?
Difficile de répondre, mais il devait au moins penser qu’il y avait « un fond de vérité suffisant » dans tout ce qu’il disait, car il est vrai que chaque langue contient des éléments du passé, puis évolue dans le temps (notamment en subissant l’influence d’autres langues).
→ Est-il utile de savoir à quel point il était convaincu ?
Je pense que non, parce que le premier objet de ses recherches n’est pas là. Au lieu de s’intéresser à l’outil, il est plus utile de savoir ce que l’abbé souhaite en faire.
Conclusion
Il est clair qu’à aucun moment l’abbé Boudet ne nous dit dans son ouvrage que la langue celtique peut s’expliquer par le breton (dialecte qui lui est considéré comme celtique). Au contraire, toute sa démonstration consiste à expliquer que cette langue celtique se retrouve chez les envahisseurs anglo-saxons, et non chez les Bretons chassés de leur île. De plus, il met en doute l’intérêt d’utiliser le breton et ne se réfère jamais à un celtomane. Enfin, par le biais de de Chevallet, il semble s’inscrire dans le courant « anticeltomane ».
Alors pourquoi certaines personnes qualifient-elles Boudet de celtomane ?
Je vois deux explications. D’abord, il partage avec les celtomanes un véritable intérêt pour la culture celtique. L’abbé est sans aucun doute celtophile. Ensuite le mot celtomane possède un caractère péjoratif qui dénonce les dérives de leur travail, et il en est de même pour les travaux de l’abbé Boudet dans LVL Celtique qui souvent nous paraissent à juste titre délirants. Si sa volonté principale était de démontrer à tout prix que l’anglais moderne était LVL Celtique, alors il faudrait peut-être inventer un terme du genre « celtophile anglomane » qui serait plus adapté dans le cas de Boudet ! Mais quand on sait que l’intérêt premier de l’abbé est ailleurs, doit-on encore chercher à l’affubler d’un qualificatif négatif ?
2 mai 2025, Jauclin ©
Merlin Delrieu, le nouveau président de l’association castelrennaise Terre de Rhedae, considère le livre de Boudet, « La vraie langue celtique ou le cromleck de Rennes-le-Château » comme un livre fondateur dans le mystère des deux Rennes. (NDLR)
La phonétique du dialecte languedocien
Le sujet de cette étude porte sur les « remarques sur la phonétique du dialecte languedocien », mais le but de mon propos est de comprendre un peu mieux la position réelle de l’abbé Boudet sur les sujets qu’il aborde dans La Vraie Langue Celtique. Je vais donc vous proposer de faire le tri entre ce qu’il écrit et ce qu’il pense réellement.
L’idée de ce travail m’est venue suite à l’écoute d’un « debriefing » relatif à notre histoire. Dans ce dernier, l’un des intervenants expliquait : « L’abbé Boudet est limité dans sa recherche par plusieurs éléments qui est une connaissance historique à l’époque du monde celtique… Il croit encore que ce sont les Celtes qui édifient les mégalithes ».
La méconnaissance des travaux de l’abbé Boudet en général, et de La Vraie Langue Celtique en particulier, ne peut conduire qu’à des points de vue ayant toutes les chances d’être erronés ! Alors « Non », à l’époque de l’abbé, les gens ne croyaient pas que les Celtes avaient édifié les mégalithes, et en ce qui concerne Boudet, le problème est un petit peu plus complexe. Mais, dans un premier temps, rectifions cette erreur que commettent souvent toutes les personnes qui survolent La Vraie Langue Celtique.
Trois pages de LVL Celtique nous prouvent le contraire :
→ page 161 : Il est intéressant de connaître la pensée de la science moderne sur ces monuments, pensée que M. Louis Figuier a parfaitement rendue et traduite dans l’Homme Primitif. […] En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme on l’avait toujours pensé, aux temps historiques, c’est-à-dire aux temps des Celtes ou des Gaulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l’époque antéhistorique de la pierre polie.
→ page 162 : Il est parfaitement prouvé aujourd’hui que les dolmens ne sont que des tombeaux de l’époque antéhistorique.
→ page 164 : Ces monuments de pierre, nous l’avons déjà dit, ne sont pas plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques. Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et, sans doute, ils les considérèrent avec autant d’étonnement que nous-mêmes . Ils en tirèrent parti, lorsqu’ils leur parut avantageux de les utiliser.
Cependant, je comprends parfaitement qu’on puisse penser que l’abbé ne soutenait pas cette thèse car, pour cet exemple, il nous précisait en page 164 : L’opinion de la science moderne touchant les dolmens, diffère étrangement des idées suscitées par l’interprétation des noms que portent les grandes pierres…
En fait, après avoir donné le bâton pour se faire battre (les mégalithes n’ont aucune origine celtique), l’abbé ne remet pas en cause l’opinion de la science moderne, mais il élude toute confrontation d’idées en constatant très simplement « que cela diffère étrangement » de l’interprétation qu’il nous donne des noms !
Alors Boudet pensait-il vraiment à toutes les inepties que l’on trouve dans son ouvrage et que l’anglais moderne était la langue originelle ?
Cette étude ne donnera pas de réponse définitive et chacun se fera son opinion, mais c’est en mettant en exergue quelques contradictions rencontrées dans ses écrits que nous pourrons avoir une idée plus juste .
Dans « Les remarques sur la phonétique », il sera question de la lettre « H » ainsi que d’un lieu du cromlech, je vais donc commencer par rappeler ce que l’abbé en dit dans La Vraie Langue Celtique.
La lettre « H » dans La vraie langue celtique
Comme nous venons de le voir, la source essentielle d’information qu’utilise l’abbé sur ce sujet est le livre de Louis Figuier : « L’homme primitif » (il utilisera aussi « L’Histoire de France » d’Henri Martin). Dans tous les cas, trois mots importants seront présentés dans un premier temps, en utilisant l’orthographe des auteurs :
– cromlecH (page 163, puis crom leckh en page 166)
– neimheidH (pages 25 et 166)
– menHir (pages 163 et 156)
Puis, dans le reste du livre, ces trois mots auront perdu la lettre « H » pour devenir :
– cromleck (57 occurrences)
– neimheid (39 occurrences)
– ménir (46 occurrences)
Le mot crom-leckh est une invention de l’abbé (Dans son « histoire de France », H .Martin écrit en page 48 les mots lekh et crom-lekh).
Le cas du « ménir » est particulièrement intéressant car une recherche sur Gallica faite sur ce mot nous apprend qu’avant 1900, il existait 235 documents utilisant le mot « menhir » pour un seul « beni ménir » présent dans un journal de Tlemencen ! En fait, l’orthographe « ménir » est une pure invention de l’abbé.
Si vraiment l’intention de l’abbé est de nous expliquer que l’anglais moderne est mère de toutes les langues, et qu’il existe un cromlech à Rennes-les-bains , alors quel intérêt a-t-il à enlever les lettres « H » de ces mots alors qu’il eut été plus facile de conserver l’orthographe proposée par les auteurs sans en inventer une autre ?
Le Cardaoussel et le ruisseau du Coural dans La Vraie Langue Celtique
Le Cardaoussel (situé au nord-est de la carte Boudet) et LavalDieu (situé à l’opposé, c’est-à-dire au sud-ouest de la carte) sont les seuls lieux indiqués sur la carte Boudet qui seront ignorés dans le texte de LVL, et qui ne bénéficient donc pas de « traduction anglaise ». Comme tous les mots de LVL Celtique présentant des erreurs orthographiques, il est nécessaire d’identifier si possible le type d’erreur : erreur typographique, orthographe différente et admise à l’époque, autres hypothèses…
Actuellement, le mot Cardaussel est utilisé sur toutes les cartes géographiques, mais à l’époque de l’abbé, l’instituteur de Serres qui réalisa l’enquête proposée en 1887 par Julien Sacaze a bien proposé les deux orthographes, il n’y a donc pas de mystère relatif à ce nom !

Le ruisseau du Coural est évoqué page 243, actuellement il est connu sous le nom de Coudal. C’était aussi le cas sur les cartes d’état-major (1820-1866)…

… ainsi que dans l’enquête Sacaze réalisée par l’instituteur de Rennes-les-bains.

L’abbé a bien donc transformé intentionnellement ce nom de ruisseau dans La Vraie Langue Celtique comme il l’a fait dans les « Remarques sur le dialecte languedocien ».
Sur la carte, d’autres transformations posent question, je n’en citerai que deux : au nord-est, le ruisseau de la Dous devient ruisseau de la Coume et, à l’opposé, au sud-ouest, le ruisseau de Coume-sourde devient ruisseau de l’Homme mort.

Alors en quoi le fait de modifier ces noms de ruisseau que l’on trouve sur cette directions nord-est/sud-ouest, explique-t-il que l’anglais moderne est mère de toutes les langues, et qu’il existe un cromlech à Rennes-les-Bains ? A propos de la carte d’Edmond Boudet, nous en conseillons les études par Lucain et Rudy, ainsi que le DVD de Philippe Brunel sur « Les Secrets du Razès » où il aborde les secrets de Boudet ! (NDLR).
Remarques sur le dialecte languedocien
Etude de l’abbé Henri Boudet parue dans les Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne de 1894, IIe partie, pages 42 à 65 ; pdf 117/492.
Le sujet du « dialecte languedocien » fut évoqué dès la page 17 de LVL Celtique, mais vous constaterez très vite que la méthode et le point de vue sont complètement différents, au point de se demander si ces deux écrits proviennent de la même personne. Pourtant, à l’époque de LVL Celtique, l’abbé possédait les mêmes références, les travaux de François Bopp (LVL Celtique, page 10) y étaient déjà évoqués.
Dans ce nouveau travail, le languedocien est essentiellement comparé au latin, et ce languedocien a bien été influencé par quelques mots germaniques, mais il n’est presque plus question d’anglais moderne dans tous les mots étudiés. C’est un travail de linguiste où chaque catégorie de lettres est bien distinguée, les voyelles d’une part, puis les consonnes qu’il classe logiquement en gutturales, dentales, labiales, sifflantes, liquides.
Les textes de LVL Celtique et « Les remarques sur le languedocien » semblent être si différents tant au niveau contenu qu’au niveau style, qu’ils nous interpellent et nous obligent à nous questionner sur ce que pensait réellement Boudet !
Pourtant, par deux fois, l’abbé Boudet « va déraper » :
→ La gutturale aspirée « H » (page 50)
La lettre aspirée « H » peut s’adoucir en « C » nous explique alors l’abbé, et il cite pour exemple le nom du ruisseau Coural qui trouve son origine dans le verbe latin Curro, qui lui-même par la loi de Grimm correspondrait à l’anglais Hurry ! Nous y revoilà, l’abbé Boudet rechute…
Il enchaîne en expliquant que les mots Card-aoussel et Car-cassonne sont des termes dont le premier élément semble se rapporter à l’anglais Hard. (Hard est défini une seule fois dans LVL Celtique en page 201, sa définition fait suite à celle de la double erreur remarquable Head-Heed de la page précédente).
En une phrase, il contredit sans aucune autre explication ce qu’il affirmait dans LVL Celtique en page 223 à la fin du chapitre VI : Cette ville pouvait donc être un entrepôt de bois de construction ; néanmoins, comme elle était aussi le marché destiné à la vente des épées, des haches, fabriquées par les Atacini, ce dernier motif a surtout pesé dans la balance du Neimheid gaulois, et lui a valu le nom de Carcassonne, cark, soin, souci, – axe, hache, – to own (ôn), posséder –.
En quelques années, « hard » (pénible, difficile) a remplacé « cark » (soin, souci).
Notons que d’autres mots importants de LVL Celtique, concernant la lettre « H » vont suivre : Hall , Hallow et surtout Hew . C’est donc une nouvelle contradiction qui doit nous interpeller.
(Pour information , la notion de « hâte » et de « précipitation » se trouve dans les définitions des verbes anglais Rash et Haste de La Vraie Langue Celtique. Dans les sous-chapitres relatifs à la carte, c’est-à-dire le VII-I et le VIII-I, on les trouve associés à trois lieux : les roulers, la rajole et la scar(r)ajols).
→ La toute dernière remarques en bas de page
On peut y lire : II n’est peut-être pas inutile de mentionner l’échange que les labiales font avec les dentales dans les mots suivants :
Baloun « Vallon », lat. Vallis « vallon », angl. Dale « vallon »
Berbo « verbiage », lat. Verbum « parole », angl. Word « parole »
Herbo « herbe », lat. Herba « herbe », angl. Wort « herbe »
Barbo « Barbe », lat.Barba « barbe », angl. Bard « barbe »
Cerf « cerf », lat. Cervus « cerf », angl. Hart « cerf »
Cap. « tête », lat. Caput « tête », angl. Head « tête »
Si le premier exemple est un échange entre une labiale « B » et une dentale « D », que penser du second et du troisième exemple ? On cherche où se trouve l’échange dans le quatrième (sinon l’anglais de « barbe » est « beard » et non bard* qui signifie autre chose), mais on est certain que les deux derniers se rapportent au précédent dérapage de l’abbé où la lettre « H » s’échange avec une autre gutturale, la lettre « C » .
Enfin l’abbé Boudet conclut sur le mot tête = Head* que l’on retrouve dans plusieurs définitions importantes de LVL Celtique.
* bard : Dans la civilisation celtique, le barde appartient à la classe sacerdotale tripartite des druides qui se compose des « druides théologiens » , des ovates et des bardes.
« Head » et « bard » font allusion à une page essentielle de LVL Celtique : la page 170 : https://drive.google.com/file/d/1KUk4JcMji7m8JS5V-Kco77vTOMN-C1SR/view !
En conclusion de La Vraie Langue Celtique
Exclure toutes ces contradictions, ces revirements, ces changements de nom, c’est perdre l’occasion de comprendre ce que pensait réellement l’abbé Boudet.
Faites l’expérience simple suivante : proposez à l’un de vos proches d’essayer de déterminer l’étymologie du mot « Locmariaguer » (LVL Celtique, page 156). Il y a de grandes chances qu’en moins d’une minute, il identifiera le mot « maria », et peut-être même qu’il l’associera à celui de la vierge Marie. Alors pensez-vous sérieusement qu’un abbé reconnu pour son intelligence ne l’ait pas remarqué, et qu’il pensait sérieusement que ce village était un lieu celtique datant d’avant JC signifiant « lac qui empêche les chasseurs » ?
Si l’abbé est convaincu que l’anglais moderne est la langue primitive, alors pourquoi choisir un exemple qui va à l’encontre de ses convictions religieuses, et dont la stupidité peut être si facilement démontrable ? N’était-il pas plus judicieux d’éviter cet exemple ?
Pour en finir, La Vraie Langue Celtique est-elle « codée » ? A chacun de penser ce qu’il veut, mais pour essayer d’y répondre, un travail long, rigoureux et sérieux sur ce livre sera plus utile que toute capacité à résoudre des problèmes logiques : même mes meilleurs élèves de TS étaient incapables de performer sur un sujet de spécialité en ayant simplement survolé l’énoncé.
Comme je l’avais annoncé en introduction, cette étude ne vous donne pas « La » bonne réponse, mais je reste persuadé qu’elle vous permettra de vous poser les bonnes questions.
Johannus s’est interrogé également sur Le secret de Boudet. Il délivre une piste Rose+Croix. Rudy s’explique aussi sur le secret de Boudet dans une interview donnée à la Gazette de Rennes-le-Château en février 2025. Et JM Karli associe Bérenger Saunière et Henri Boudet pour délivrer son message codé. Enfin, Annick Grassi nous délivre « Le titre secret de La vraie langue celtique » ! (NDLR)
Livres cités dans l’étude de l’abbé Boudet
Encyclopédie moderne au mot langue https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62608003/f21.item
Grammaire comparée de Bopp François https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57740248?rk=21459;2
Arbois de Jubainville, études grammaticales CELTIQUE page 100 (pdf 122/224) https://archive.org/details/tudesgrammatic00arbo/page/n7/mode/2up
Etudes sur La Vraie Langue Celtique
Pour être informé des nouveaux articles sur La Vraie langue celtique, nous vous conseillons les infos de la Une de la Gazette de RLC.
Johannus l’étudie par rapport à la peinture de Poussin « Les Bergers d’Arcadie ». Il s’interroge également sur toutes les références et les sources de la VLC !
Jean-Marie Villette étudie les liens entre Nicolas Poussin Henri Boudet et Edgar Poe !
Johannus aborde dans cet article Le K du mot cromlech / cromleck dans la VLC.
Al Sufi cite des extraits de La Vraie Langue Celtique dans l’étude « CIRCUIT de Philippe de Chérisey tombeau christique – méridiens ».
ULPIAN analyse d’autres codages dans Les secrets de la stèle de Marie de Nègre !
Une autre énigme se situe sur le bénitier de l’église de Rennes-le-Château avec le BS.
6 avril 2025, Jauclin ©
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